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IoT, IA, 5G, vers une accélération incontrôlée du numérique ?

41,2 milliards.

Ce sera le nombre d’objets connectés, IoT et non-IoT en activité en 2025, le double de 2020.

Des objets qui échangeront tous les jours des millions de données à travers différentes structures de télécommunication. Le numérique va connaître une véritable accélération pour atteindre son apogée.

Plusieurs technologies seront au cœur de cette accélération : l’IA, le cloud computing, les réseaux LPWAN, l’edge computing et le petit dernier de la famille, qui crée des émois, le réseau 5G.

Dans un monde qui semble vouloir prôner la transition écologique et énergétique, il est légitime de se demander, si le passage au tout numérique, n‘est pas un danger pour cette transition ?

Au programme :

📡 Qu’est ce que l’IoT et la 5G ?

🔋 Au coeur de la question énergétique

⚡️ Le danger de l’accélération de la transition numérique

🌍 Conclusion

📡 Qu’est-ce que l’IoT et la 5G ?

Avant de tenter de répondre à cette interrogation, un petit passage par des aspects techniques est obligatoire. N’ayez crainte, tout va bien se passer ! Et puis ça me fait plaisir de vous partager mes connaissances dans ce domaine ! Pour ce faire, focalisons-nous sur deux termes : l’IoT et l’épineuse 5G.

L’IoT est un terme que l’on entend depuis déjà plusieurs années : c’est le cœur même de nos systèmes connectés. L’IoT désigne l’Internet of Things. Il s’agit de tous les objets pouvant être connectés au sein d’un même réseau. Mais par n’importe quels objets ! Ce sont des objets qui, par essence, n’ont jamais été connectés ensemble. Les téléphones, les tablettes, les ordinateurs, les imprimantes sont arbitrairement exclus de la catégorie des objets IoT. Cela peut paraître surprenant car nos ordinateurs et téléphones sont connectés à internet. Ils devraient légitimement faire partie de cette catégorie. Ceci constitue la première grande confusion autour de l’IoT.

Dans le terme IoT, c’est le sens premier de l’Internet qui est considéré : l’Inter-net (signifiant “entre les réseaux”). Ainsi, deux parcs distincts d’objets connectés, appartenant à la catégorie des objets IoT, peuvent échanger des informations sans passer par le réseau mondial internet. Il s’agit de réseaux privés, là où le réseau internet est un réseau public.

L’IoT englobe donc tous les systèmes de communication permettant à des objets d’échanger des informations entre eux.

Pour une définition plus formalisée retenons celle donnée par l’Union Internationale des Télécommunications : « une infrastructure mondiale pour la société de l’information, qui permet de disposer de services évolués en interconnectant des objets (physique ou virtuels) grâce aux technologies de l’information et de la communication interopérables existantes ou en évolution ».

La deuxième grande confusion est sur la nature même du business autour de l’IoT. Les médias se focalisent sur les réseaux et sur la partie hardware. Or l’objet principal de l’IoT est la data. L’objectif étant le suivant : collecter automatiquement des données, par l’intermédiaire de capteurs, pour en générer de la valeur puis des services. Ainsi, des questions essentielles autour de la sécurité des données sont souvent ignorées… Notamment par des entreprises à la clientèle grand public qui veulent s’insérer rapidement dans ce marché. Petit tip du jour offert par la maison : acheter des objets connectés grand public abordables est vivement déconseillé pour votre sécurité et “accessoirement” pour la planète (encore plus ceux proposés sur Amazon).

Deux catégories se distinguent :

  • L’IoT simple. Cette catégorie se focalise sur des services destinés aux consommateurs (grand public), les professionnels d’industrie et le secteur public.
  • L’IIoT (Industrial Internet of Things) se focalise uniquement pour des activités industrielles par des professionnels (industrie 4.0).

L’IIoT faisant partie de l’IoT, les deux peuvent être utilisés au sein d’une même usine industrielle.

Parmi ses deux catégories, trois autres catégories, selon le type d’application visée:

  • L’IoT bas débit
  • L’IoT haut débit
  • L’IoT critique

Jusque-là je pense que vous avez tenu le coup. Allons creuser un peu plus en profondeur !

Une solution IoT s’articule autour de cinq éléments :

  • Les objets
  • Le réseau (gateways, serveurs etc…)
  • Les données
  • Les informations exploitables
  • Les applications / services (cloud computing)

Afin de faire échanger des informations, plusieurs types de réseaux sont disponibles.

Cinq grandes familles de réseaux se distinguent. Dans chacune d’elle se trouve différents protocoles de communication

  • WAN (Wide Area Network) correspondant à un réseau de plusieurs km². Généralement, ce sont les réseaux cellulaires (2G, 3G, 4G, 5G haut débit et critique). La voiture autonome “utilisera” ce réseau par l’intermédiaire de la 5G critique.
  • LPWAN (Low Power Wide Area Network) correspondant à un réseau de plusieurs km² mais utilisant très peu d’énergie par l’intermédiaire d’une bande passante limitée. Ainsi, les réseaux appartenant à cette famille sont des réseaux à ultra bas débit. Ils sont communément appelés réseaux 0G. Ils ont l’avantage de transporter l’information sur de très longues distances et de pénétrer en profondeur de grandes infrastructures sans que les informations soient grandement dégradées. La France compte deux entreprises pionnières dans l’émergence de ce type de réseau pour l’IoT : LoRa (racheté récemment par l’entreprise américaine SemTech) et Sigfox. Ces réseaux sont dits “libres” car ils utilisent des fréquences libres d’utilisation. Ainsi, le client ne paye que le matériel compatible avec ces réseaux (puce LoRa ou puce Sigfox). Il existe également des réseaux LPWAN cellulaires. Ce sont des réseaux gérés par des opérateurs pour lesquels des bandes de fréquences allouées ont été achetées. Le client paye un abonnement à l’opérateur pour utiliser les fréquences associées.
  • PAN (Personal Area Network) correspondant à un réseau de quelques mètres, voire de quelques centimètres. Les plus connus sont le Bluetooth, le BLE (Bluetooth Low Energy), la RFID, le NFC (technologie utilisée pour nos pass Navigo) ou encore Zigbee. Ce dernier protocole de communication est le moins connu. Il est l’équivalent du Bluetooth et concurrence directement le BLE. Il est le plus adapté à l’IoT, notamment pour la domotique.
  • LAN (Local Area Network) correspondant en grande partie au réseau internet dans un cadre privé, maison et entreprise. Il s’agit du protocole de communication WiFi. Ce protocole repose aujourd’hui très largement sur une couverture de fibre optique.
  • Le réseau satellite permettant de connecter des zones très reculées que les autres réseaux ne peuvent atteindre.

Pour résumer le positionnement de chaque protocole de communication, selon les propriétés associées, un petit graphe s’impose :

Parmi les technologies citées précédemment, une seule attire toute l’attention médiatique depuis plusieurs mois maintenant. Il s’agit de la 5G.

Sans être l’avocat du diable, il est fort intéressant de noter que, lors des débats actuels, aucune distinction n’est faite entre la technologie intrinsèque de la 5G et les applications relatives à l’utilisation du réseau 5G.

Le réseau 5G, ou plus communément nommée la 5G, est un ensemble de technologies, avec notamment différents protocoles de communication, qui forme un réseau avec un objectif de déploiement total sur 10 ans (de 2020 à 2030). Ce dernier va pouvoir s’adapter à tous les besoins des systèmes connectés, pour les professionnels, en apportant une solution d’interopérabilité. Plus besoin de choisir entre plusieurs réseaux, la 5G est universelle. Ainsi, le réseau 5G se décompose en trois catégories :

  • Le massive IoT (bande 700 MHz) : cette catégorie permet la connexion de plusieurs milliards de capteurs sur la base des protocoles Nb-IoT et LTE-M. Ce sont des protocoles LPWAN cellulaires. Ils permettent d’échanger des informations avec une faible consommation énergétique et par de très faibles débits.
  • Le mobile broadband (bande 3400–3800 MHz): cette catégorie correspond à la fameuse 5G vendue par les opérateurs à destination du grand public. Il s’agit de la 4G améliorée pour les terminaux cellulaires (téléphones portables en majorité) permettant un peu plus de débit et moins de latence.
  • L’Ultra Low Latency High Reliability (bande 26 MHz) : cette catégorie correspond à l’IoT critique. Elle consiste à s’appuyer sur des protocoles de communication fiables à 99,99% associés à une latence très faible. Cette catégorie concerne des secteurs industriels ayant besoin d’échanger des informations en “temps réel”.

La 5G intègre également une innovation technologique particulière : le “slicing”.

Il s’agit de pouvoir découper, virtuellement, la bande passante allouée en sous bandes afin de rendre la 5G multi-services. Chaque sous bande fournira des performances différentes à destination d’objets spécifiques.

🔋 Au coeur de la question énergétique

Depuis le début de la phase de spécification de la 5G, par l’organisme international 3GPP, la problématique de la consommation électrique est prise en compte. Que ce soit au niveau hardware ou software. L’efficacité énergétique du réseau 5G est donc au cœur des débats.

Pour un même volume de données traitées, la 5G semble être énergétiquement plus efficace que la 4G. Sauf que, paradoxalement, la 5G va permettre de supporter la connexion d’un million d’objets/km² dont certains seront dédiés à des applications IoT haut débit et IoT critique. De même, toute l’infrastructure du réseau 5G va s’additionner à l’infrastructure du réseau 4G dans un premier temps. La consommation électrique globale ne peut qu’augmenter malgré les efforts consentis. D’autant plus lorsque tous les réseaux de télécommunications sont pris en compte.

Le problème n’est donc pas la technologie de la 5G en elle-même mais plutôt les types d’utilisation du réseau 5G. Il y a donc un double discours et un manque notable de transparence de la part de tous les acteurs concernés.

Par ailleurs, si la partie Massive IoT de la 5G est majoritaire cela n’empêchera pas l’augmentation du nombre d’objets connectés ni l’augmentation des données transmises et stockées dans des serveurs. Mais elle a l’avantage d’être moins gourmande en énergie que les applications d’IoT haut débit et d’IoT critique. Ces dernières catégories sont à fortement limiter.

De ce fait, il s’agit d’en limiter les usages en les consacrant à certains secteurs spécifiques et pour des solutions proposant un réel gain environnemental et énergétique à long terme.

Un certain nombre de systèmes connectés peuvent proposer un réel gain environnemental et énergétique. Les systèmes connectés implémentés dans le cas des “smart” buildings ou des “smart” factories vont permettre de réduire considérablement la consommation électrique en optimisant l’utilisation des machines. L’apport positif d’une maintenance prédictive est considérable. Les machines défaillantes, et donc consommant davantage d’énergie, seront instantanément détectées pour les optimiser ou les réparer. Dans le cas des objets connectés, la partie la plus sensible concerne la santé des batteries. Ces dernières sont constituées de plusieurs métaux rares. Leur production a une empreinte carbone non négligeable. Pouvoir détecter une défaillance et optimiser leur durée de vie au maximum constitue un gain énergétique et environnemental considérable. La maintenance prédictive est donc intéressante. Par exemple, la technologie connectée de la startup française PowerUp permet de maîtriser et d’exploiter durablement un parc d’objets fonctionnant sur batterie lithium. Des mesures régulières, par un réseau LPWAN, sont réalisées pour évaluer en temps réel l’état de santé des batteries ainsi que des optimisations, concernant l’usage de chaque batterie en fonction des besoins, sont réalisées automatiquement. La maintenance et la durée de vie de chaque batterie sont optimisées au maximum.

Ainsi, les industriels économiseront de l’énergie et donc de l’argent. Pour rappel, c’est approximativement un milliard de tonnes de Co2 qui est rejeté au niveau mondial par la perte d’électricité.

De même, l’association d’IA et de l’IoT (appelée AIoT) dans les cas des smart grids (réseaux intelligents) est pertinente d’un point de vue énergétique et environnemental. En effet, de plus en plus de sources de production d’électricité intermittentes s’ajoutent au réseau la rendant difficilement prévisible. A cela s’ajoute l’impossibilité de stocker en grande quantité l’énergie électrique : tout ce qui est produit doit être instantanément consommé. Ces systèmes connectés vont permettre une distribution intelligente de l’électricité tout en régulant les points de surconsommation en temps réel. Le réseau de distribution gagnera en efficacité. Ceci est également valable pour le réseau d’eau.

Cependant, d’autres projets connectés semblent vouloir suivre l’idée d’une ultra consommation. Le plan de l’industrie automobile en est une illustration : électrification des voitures, puis transposition du concept des smartphones au niveau des voitures (électronique embarquée de hautes performances) pour enfin atteindre l’étape finale d’une industrialisation des voitures autonomes. Une autonomie possible grâce à l’utilisation de la 5G critique, celle demandant la plus grande puissance de calcul pour pouvoir échanger et traiter en temps réel de nombreuses données. Ce type de projet est un exemple de projet à reconsidérer pour mieux l’adapter aux besoins et, au passage, au concept même d’une voiture. Toutefois, la 5G critique n’est pas totalement à prescrire. Elle sera utile pour des services moins destinés au grand public : la VR industrielle pour des maintenances et des opérations délicates est pertinente.

Globalement, les secteurs basés sur des services grand public sont à restreindre très fortement : cloud gaming, réalité virtuelle de loisir, plateformes de vidéos en streaming, réseaux sociaux, montres connectées, TV connectées etc…

L’augmentation des flux de données va être également propice à une augmentation de l’utilisation des technologies basées sur de l’intelligence artificielle, notamment le machine learning et le deep learning. Leur association avec l’IoT doit être strictement réglementée pour certains secteurs. Des secteurs qui, par essence, sont voués à promouvoir l’ultra consommation. En effet, le deep learning et le machine learning sont très gourmands en données. Pour arriver à des premiers résultats satisfaisants, une très grande quantité de données est nécessaire. Il est donc plus raisonnable d’appliquer ces technologies pour des secteurs essentiels notamment ceux liés au médical, à la défense, à la chimie ou encore à l’énergie.

⚡️ Le danger de l’accélération de la transition numérique

L’IoT, la 5G ou encore l’IA sont des technologies qui ne doivent pas servir à créer davantage de services dédiés à booster une nouvelle fois la consommation. La pertinence d’une technologie ne doit pas s’arrêter à des règles générales mais doit être mise en perspective selon le type d’application.

C’est donc là que réside le grand danger de l’accélération du numérique avec l’émergence de l’IoT et la 5G : le manque de gouvernance numérique. Les entreprises se digitalisent toutes en même temps et en parallèle de nouveaux services de loisir numériques sont proposés au grand public sans outils de contrôle. Les nouvelles technologies arrivent trop vite et peu de temps est disponible pour prendre du recul par rapport aux enjeux énergétiques et environnementaux. Tel une addiction à la mal bouffe, une véritable obésité numérique marquera les prochaines années si rien n’est fait pour la limiter. Une obésité qui aura des conséquences énergétiques et environnementales désastreuses : une augmentation de 9% par an de l’empreinte carbone du numérique est estimée dans un monde déjà trop carbon (The Shift Project).

Car oui, le numérique a un effet pervers. Un effet dont les conséquences n’apparaissent que sur le long terme. Dans l’esprit de la grande majorité des populations, le numérique est associé à une entité qui n’a pas de réalité physique et qui n’est pas matériel. L’emploi abusif des termes “dématérialisé” ou de “cloud” par les médias a joué un rôle important dans cette confusion collective. Le “nuage” est uniquement un moyen très simple d’éviter de trouver un nom, par les ingénieurs, à toute l’infrastructure matérielle complexe qui se cache derrière. Cette infrastructure se compose des terminaux, des infrastructures réseaux et des data centers. Les data centers permettent de stocker une quantité astronomique de données et des logiciels dans des espaces “limités” grâce au principe de virtualisation. Ce principe permet de partager un serveur physique en plusieurs serveurs virtuels. Il s’agit d’allouer les ressources et les données d’un serveur physique, ou d’une machine, à différentes instances dématérialisées sur ce même serveur. Les données s’y trouvant peuvent être exploitées à distance, par Internet, sans qu’elles soient stockées physiquement dans la mémoire morte des ordinateurs ordinaires. Le cloud computing est donc un ensemble de services à distance accessible par tous les terminaux ayant une connexion Internet.

Tous les éléments que constitue le cloud ont nécessité de l’énergie pour extraire les métaux qui les composent ainsi que pour leur phase de production. Cette énergie est nommée énergie grise. En France, cette énergie grise est majoritairement une énergie d’importation. De plus, ces éléments contiennent du matériel électronique passif et actif : une source d’énergie électrique est nécessaire. Ces composants électroniques convertissent une partie de l’énergie électrique reçue en énergie thermique. C’est le principe de l’effet Joule. Cette énergie thermique a besoin d’être dissipée pour que les différentes structures concernées puissent correctement fonctionner. Des systèmes de refroidissement sont donc nécessaires. Des systèmes qui eux-mêmes consomment de l’énergie électrique… Une forte augmentation de la consommation des données implique donc une augmentation de la demande en énergie électrique qui elle-même implique une augmentation du Co2 émis dans l’atmosphère. Pour rappel, la production mondiale d’électricité est actuellement très majoritairement carbonée (centrales à charbon) et le restera malheureusement encore pour quelques années. Certes à l’échelle de la France l’électricité produite est peu carbonée mais la majorité des datacenters utilisés se situent dans des pays électriquement carbonés.

De plus, la production mondiale d’électricité est vouée à subir des contractions au cours des prochaines années. Le production de pétrole est en déclin et certains pays ont entamé une transition énergétique périlleuse. Prenons l’exemple de la France. La politique énergétique menée a pour objectif d’arriver à une production d’électricité nationale composée à 50% d’énergies renouvelables et à 50% d’énergie nucléaire. Pour ce faire, des centrales à fission nucléaire viennent de fermer et d’autres fermeront progressivement. Actuellement, les énergies renouvelables ne sont pas fiables (avec en prime beaucoup d’énergie grise) et aucun moyen de stockage d’électricité performant n’est disponible. Une augmentation brusque de la consommation d’électricité va nécessiter l’ouverture en urgence des centrales à charbon. La transition énergétique et écologique est donc compromise. Qui plus est, avec un risque d’une augmentation du prix de l’électricité. Un espoir réside en un stockage efficace de l’électricité et à une industrialisation rapide des centrales à fusion nucléaire (ce qui n’arrivera pas avant 2050).

Alors faut-il bannir à tout prix la transition numérique ? Non. Ne soyons pas dans ce mode de pensée qui anime les débats actuels dans lesquels aucun entre deux n’est envisagé. Aujourd’hui, seules les pensées extrêmes sont au cœur de débats qui, étymologiquement, n’en sont pas (débat vient de dé-battre, signifiant ne pas se battre). L’idée n’est pas d’arrêter du jour au lendemain la transition numérique, qui reste un acteur intéressant dans la transition énergétique et écologique. Mais de prioriser et de raisonner notre consommation afin de la freiner puis de l’optimiser pour nos besoins réels, en lien direct avec les enjeux énergétiques et environnementaux. Il s’agit de développer une sobriété numérique en passant d’une transition numérique instinctive à une transition numérique pilotable basée sur une gouvernance transparente et démocratique.

Aujourd’hui les efforts, réalisés par les ingénieurs, pour améliorer l’efficacité énergétique des différentes structures évoquées précédemment ne pourront pas compenser l’explosion imminente de la consommation de données. Cela pour une raison simple. Les (micro)processeurs actuels, toujours basés sur le principe proposé par Alan Turing en 1936, ont presque atteint des performances et des optimisations maximales (fin de la loi de Moore — limite avec le quantique). Et ce malgré l’innovation des équipes d’Intel, en collaboration avec les équipes du CEA-LETI, avec la méthode de superposition des transistors.

Cependant, une sobriété numérique implique moins de consommation. Moins de consommation implique moins de production. Moins de production implique une baisse du PIB. Une baisse du PIB sur plusieurs années implique une tendance de récession. Est-ce que le modèle économique mondial est adapté ? Non. Par essence, ce modèle ignore les lois de la physique et ne cherche que la croissance. Tout l’enjeu sera de réussir à s’adapter efficacement à cette situation en passant d’une société de consommation à une société collectivement résiliente.

Cette sobriété numérique doit donc concerner plusieurs acteurs, dont les actions sont liées les unes aux autres. Chaque effort réalisé par un groupe d’individus, ou d’une région, pour réduire leurs émissions sera bénéfique pour tout le monde. Il s’agit de réagir rapidement en prenant des mesures fortes pour les acteurs suivants :

  • Les citoyens
  • Les politiques
  • Les entreprises
  • Les opérateurs
  • Les ingénieurs

Cela peut paraître utopique. Mais avons-nous le choix ? Oui, celui de ne rien faire en profitant de la vie à l’instant présent puis de subir des changements très difficiles, ou d’agir maintenant pour avoir une vie bien plus profitable sur le long terme.

A l’image de la gestion de la crise sanitaire actuelle, la gestion de la crise énergétique et écologique semble suivre malheureusement le même chemin : détection de signaux faibles, déni collectif, agir dans l’urgence puis vivre sous des contraintes pas agréables sur le long terme. Cependant, dans le cas du Covid-19, les contraintes sont très légères par rapport à celles de la crise énergétique et écologique.

Ok merci pour cette belle dose de pessimisme au tout début de la nouvelle année. Mais alors que faire ?

Il semblerait que ce soit au niveau des citoyens que le plus gros potentiel de changement se trouve mais également le plus grand danger. Dans le cas des réseaux de télécommunications, plus la bande passante proposée est importante, plus la consommation de données va augmenter. Il s’agit d’endiguer le phénomène de création de consommation par l’offre. En effet, le numérique le plus polluant est celui de loisir : 60% du trafic Internet en France provient des vidéos en streaming. Une prise de conscience individuelle est nécessaire. Cela passe par une prise de recul en s’intéressant de plus près aux sciences : réaliser un tri objectif dans les diverses informations prélevées est nécessaire. Il s’agit de développer un esprit critique et de sortir de son confort personnel. Est-ce vraiment utile d’acheter une montre connectée, une TV 4K connectée, d’avoir un abonnement sur plusieurs plateformes de vidéos en streaming, de regarder une vidéo en 1080p sur un ordinateur de 14 pouces ou sur un smartphone, de jouer aux jeux vidéo en ligne par le cloud ? Les citoyens forment la base de cette structure pyramidale de la consommation. Si la base change, toute la structure est modifiée. Les entreprises, notamment celles proches d’une clientèle grand public, ne changeront pas de business plan tant que les flux de trésoreries seront positifs et importants. Il est donc impératif que les citoyens se responsabilisent en développant une curiosité scientifique afin d’appréhender au mieux les enjeux environnementaux et énergétiques autour des nouvelles technologies numériques. Il s’agit d’être plus enclin à avoir du poids dans les prises de décisions. Une aide par l’intermédiaire d’une politique publique forte et structurée est nécessaire. Cette politique publique doit permettre de prévenir l’ensemble des catégories d’âges : par une éducation continue jusqu’à des campagnes de prévention massives. Notamment en suivant la dynamique récente insufflée par l’ADEME qui vient de sortir un calculateur intuitif permettant d’estimer à chacun son empreinte carbone, dont celle associée au numérique, et avec des conseils pour la réduire. Je vous laisse le soin d’estimer votre empreinte carbone : https://nosgestesclimat.fr/

Du côté des entreprises, il est presque impossible d’arrêter le processus de digitalisation actuelle. Le numérique fera partie intégrante de leurs activités. Il s’agit donc de pouvoir évaluer précisément l’impact écologique et énergétique des transformations numériques tout en incluant l’évaluation de l’énergie grise. Être capable de l’évaluer c’est pouvoir visualiser concrètement l’impact de la stratégie adoptée par les directions des entreprises. Or aujourd’hui aucun système n’est mis en place ni aucune action de politique publique. Il est urgent d’instaurer des méthodes d’évaluation et de contrôle obligatoires lors de tels projets de transformation pour reprendre la maîtrise sur la transition numérique.

Aujourd’hui, les entreprises sont majoritairement conseillées dans cette transition uniquement dans l’objectif de réaliser encore plus de bénéfices à court terme, de posséder un avantage concurrentiel pour assurer leur pérennité. Il ne s’agit pas d’interdire une telle transition mais plutôt de prendre du temps en amont pour l’optimiser selon les objectifs des entreprises et les enjeux énergétiques/envrionnementaux. Il faut réussir à endiguer cette idée de croissance infinie qui gâche le potentiel du numérique sur des enjeux plus importants. Pour cela, de nouvelles lois, à l’instar de plusieurs articles de la loi Pacte, doivent renforcer la responsabilisation énergétique et environnementale des entreprises tout en préservant des activités économiques satisfaisantes et rationnelles. Cette initiative, en parallèle, permettrait aux ingénieurs de se libérer et de concentrer leur travail dans l’intérêt, non plus exclusif des entreprises, mais collectif. Les progrès techniques, qui ont amené à la forme des sociétés actuelles, proviennent des efforts de la communauté des ingénieurs. Il s’agit pour les nouvelles générations d’ingénieurs de s’intéresser activement aux conséquences de ces progrès et à contester des futurs projets technologiques risquant de les amplifier. Plus que jamais les ingénieurs ont un rôle majeur dans la lutte contre la crise énergétique et environnementale.

Au niveau des politiciens, il s’agirait qu’ils puissent ouvrir un minimum les yeux sur la situation en commençant à réfléchir plus sérieusement sur la question d’une économie décarbonée et en décroissance subie. Malheureusement trop de politiciens n’ont pas une culture scientifique suffisamment solide. Prendre des engagements climatiques c’est un bon point mais si, en parallèle, ces engagements ne s’appliquent pas au niveau de l’économie, ils disparaissent.

🌍 Conclusion

En conclusion, à l’échelle du numérique, l’un des objectifs prioritaires des prochaines années est donc de réussir à concilier une sobriété numérique avec l’émergence des nouvelles technologies tout en maintenant une vie économique satisfaisante, et ce collectivement. Aujourd’hui, le numérique est globalement perçu comme un moyen d’augmenter la croissance économique au détriment d’enjeux plus importants.

Néanmoins, il reste un outil très intéressant pour pouvoir faire face aux enjeux écologiques et énergétiques. La transition d’un numérique instinctif vers un numérique pilotable est la clé. L’accélération du numérique semble encore contrôlable si des actions rapides sont effectuées.

C’est à nous, en tant que citoyen, étudiant ou salarié, de prendre nos responsabilités et de développer un esprit critique associé à une curiosité scientifique pour comprendre en profondeur tous les enjeux. Il s’agit de chercher à comprendre techniquement, et en profondeur, une technologie spécifique pour ensuite avoir le recul nécessaire d’en discuter rationnellement autour de son implémentation et de son utilisation au sein de la société. Que ce soit entre amis ou au travail.

Les nouvelles technologies arrivent très vite, voire trop vite, peu de temps est alloué pour pouvoir discuter efficacement sur les enjeux qui les entourent. Ce temps précieux est gâché par des prises de positions inutiles, par un manque de connaissances évident, par une défiance envers les experts scientifiques et par un modèle économique incompatible. Ce processus empêche toute rationalité tout en créant des ruptures au sein des sociétés. Une technologie, intrinsèquement, n’est pas créée pour faire du mal. Ce sont nos « choix » d’utilisation qui la rendent dangereuse et contre productive.

Pour éviter toute dérive, enclencher un processus collectif permettant l’organisation d’un débat démocratique en continu est impératif. Objectiver les débats de sociétés provoqués par certains choix technologiques est une étape essentielle pour faire face aux enjeux futurs. Le système qui doit se construire est un système résilient. Comme évoqué précédemment beaucoup de solutions, basées sur l’IoT, la 5G et l’IA, peuvent proposer un réel gain environnemental et énergétique tandis que d’autres n’ont pas cette capacité. En discuter permet de les identifier, de les analyser puis de les sélectionner. Il est injustifié d’avoir une attitude de rejet généralisé ou une attitude de croyance aveugle envers certaines solutions technologiques. Les enjeux futurs sont l’affaire de tous. Cela passe par une prise de conscience individuelle et raisonnée.

Avoir la curiosité d’apprendre, de rechercher des informations, de les trier, d’aller à contre-courant de ses propres intuitions ou croyances pour ensuite construire son propre avis est une démarche qui doit être naturelle. Certes, c’est une démarche qui prend du temps mais qui à la fin sera bénéfique pour tout le monde.

Un article écrit pas Jean-Baptiste Le Magueresse

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