La Bioclimatique dans le bâtiment : faire du neuf avec du vieux

Le bioclimatisme (ou la bioclimatique suivant les ouvrages) regroupe l’ensemble des techniques et méthodes permettant une gestion plus frugale de l’énergie dans le bâtiment en tirant parti de son environnement et du climat, tout en améliorant sensiblement le confort de vie.

Dans cette boite à outils, les stratégies les plus souvent évoquées sont l’orientation Nord/Sud des bâtiments, avec de larges baies vitrées façade sud pour profiter de l’ensoleillement hivernal, l’utilisation de puits provençal ou canadien pour la ventilation intérieure du logis, mais aussi l’utilisation de la masse thermique du bâtiment pour restituer la chaleur/la fraicheur du bâtiment avec le déphasage temporel qui convient. Les techniques en jeux sont parfois des plus simples : la mise en place d’un arbre à feuilles caduques (qui tombent en période hivernale), protégeant ainsi son logement des rayons du soleil lors de la saison estivale.

Principes de base du bio-climatisme, entreprise e-rt2012

Comme vous l’aurez remarqué, la bioclimatique ne repose pas sur des technologies récentes liant l’I.O.T (Internet of things), data ou matériaux très innovants : les « recettes » présentées sont en effet vieilles pour certaines de plusieurs millénaires ! Ce n’est que par l’étude historique du bâtiment ancien et grâce aux progrès en modélisation thermique dynamique que nous avons pu démontrer l’efficacité des bâtiments de nos ancêtres. Suite à des processus d’essai/erreur qui ont duré plusieurs siècles, certains de nos bâtiments historiques sont des bijoux de frugalité, complètement adaptés au climat local et à leur environnement.

Ce savoir-faire a failli disparaître, non sans raison : l’énergie permettant de se chauffer ou de rafraîchir nos logements n’était pas aussi accessible il y a quelques décennies. La construction y était donc faite « à l’économie », en essayant de maximiser les apports extérieurs tout en diminuant les pertes. L’énergie peu chère est depuis passée par là, facilitant grandement l’accès au chauffage pour tous.

Ce faisant, la sobriété n’a plus été un enjeu pour les propriétaires, cherchant surtout un logement accessible financièrement et rapidement constructible (conséquence logique suite aux bombardements de la seconde guerre mondiale et au phénomène de Baby boom). C’est la naissance des grands ensembles, véritable progrès social à l’époque.

Grands ensembles de Sarcelles, Photo Henri Salesse.

L’intérêt pour ces méthodes revient cependant au goût du jour, pour des raisons aussi bien économique qu’écologique (2 chocs pétroliers, augmentation constante de la part de l’énergie sur les revenus des ménages, et plus globalement le constat que la meilleure énergie est celle que nous ne consommons pas).

Ce que la bioclimatique implique

Mais alors pourquoi ne sommes-nous pas spectateurs d’un retour massif de ces bonnes pratiques ?

Tout d’abord, insistons ce sur le fait que toutes les typologies de bâtiments ne se prêtent guère au bioclimatisme : les bâtiments en zone urbaine dense en sont de bons exemples, où l’orientation du projet sera dictée par la disposition des bâtiments adjacents.

De plus, cette méthodologie va à contre -courant des tendances en termes d’innovation dans le secteur du BTP : profiter pleinement de l’environnement rend désuet un ensemble conséquent de produits, parmi lesquels la domotique ou les systèmes de climatisation élaborés. Difficile dans cette situation de trouver des sponsors à cette démarche.

Si on prend un peu de hauteur, la volonté de réaliser ce type de bâtiment nécessite de repenser complètement la phase de conception. La bioclimatique ne peut être appliquée « à moitié » : l’intégralité des bénéfices énergétiques des solutions mises en place risque d’être perdue, en rendant le bâtiment invivable : si les baies vitrées orientées Sud peuvent être d’un grand intérêt en période hivernal, cela peut transformer l’été votre salon en four si aucun masque n’a été prévu à cet effet ! De ce fait, Le bioclimatisme ne peut être un bloc supplémentaire de conception que l’on vient ajouter au schéma classique : c’est l’architecture-projet que cette mécanique remet en cause. En effet, l’impact de cette démarche implique l’ensemble des partenaires, des services publics qui pourront imposer une orientation de bâtiment, jusqu’à l’ingénieur thermicien qui va dimensionner l’épaisseur des parois en fonction de l’ensoleillement à accumuler, en passant bien évidemment par l’architecte. Cela va cependant à l’encontre de l’organisation de la filière BTP : cette dernière est très séquentielle, limitant préalablement au projet l’alignement des intérêts des différents partenaires. Les expertises de chaque intervenant arrivent au fil du projet de construction, et c’est bien souvent trop tard.

Sur ce dernier point, la conception bioclimatique ou plus généralement l’écologie peut être appréhendée comme une magnifique opportunité pour repenser les relations entre les acteurs de la filière ; habitués à être liés contractuellement, ce qui facilite la gestion des contentieux, la performance bioclimatique du bâtiment dépend quant à elle de la capacité de coopération du collectif : base qui semble beaucoup plus saine pour des relations apaisées.