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L’histoire extraordinaire du Microbiome

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Avant de commencer cette petite histoire, je tenais à préciser que cet article a pour but d’informer et d’instruire sur des notions élémentaires du microbiome. Ainsi, celui-ci n’a pas vocation d’être un article scientifique d’une rigueur irréprochable. Maintenant que les bases sont posées, commençons…

Les microbes sont omniprésents. Ce fait est immuable. Et donc aujourd’hui, nous allons parler du microbiome.

Microbiome ? Mais c’est quoi le microbiome Tonton ? Alors pour faire simple, imaginons Paris un matin de semaine, les trottoirs inondés de personnes se pressant pour aller au travail. Maintenant, imaginons cette « belle » vision à un niveau microscopique. Et voilà, nous avons une idée de ce à quoi peut ressembler le microbiome à l’intérieur de notre corps. Celui-ci est composé de trilliards de micro-organismes de milliers d’espèces différentes : les bactéries, les champignons, les parasites mais aussi les virus. Chez une personne en bonne santé, ces organismes coexistent paisiblement, le plus grand nombre se trouvant dans l’intestin grêle et le gros intestin. Généralement, il faut jusqu’à deux ans pour qu’une communauté de microbes en bonne santé se forme et chaque être humain possède un microbiome unique. Grossièrement, nous avons trois catégories de microbes. La première représente les passagers silencieux. Ils font leurs propres petites affaires et en étant là, ils prennent de la place, tenant en échec des intrus plus agressifs. La deuxième correspond aux invités qui nous sont nocifs. On peut diminuer et réduire leur effet négatif mais malheureusement, nous ne pouvons pas nous en débarrasser totalement. Et le meilleur pour la fin, la dernière catégorie, les compagnons amicaux qui nous font du bien et que notre corps veut garder en lui.

Mais Tonton, le système immunitaire ne tue pas le microbiome ? Il est vrai que notre intestin représente un point d’attaque idéal pour les intrus et qu’il est ainsi protégé par notre armée personnelle : le système immunitaire. Mais pas de problème ! Certains micro-organismes produisent des substances messagères qui aident à éduquer notre système immunitaire, lui demandant de ne pas les tuer. Pour survivre, notre microbiome a co-évolué avec nous et ainsi être capable de communiquer avec notre corps.

Co-évolué avec nous ? Mais ça a commencé quand tout ça Tonton ? Et bien il y a des millions d’années, nous avons conclu une sorte de pacte avec ces petits êtres. Le contrat est simple : nous leur donnons un abri ainsi que de la nourriture, et en retour, ils doivent travailler pour nous. Et c’est ainsi que durant des millions d’années, nous avons évolué main dans la main avec eux pour tirer le meilleur de cette relation. Le microbiome est parfois même qualifié d’organe de soutien ! Il joue en effet un rôle clé pour le bon fonctionnement du corps humain.

Trop cool ! Mais alors, il fait quoi pour nous ? En quoi peut-on dire que c’est un organe de support le microbiome Tonton ? Ce sont de très bonnes questions. Et nous pouvons dire beaucoup de choses. Lors de l’accouchement par exemple, lorsque nous traversons le canal de naissance de notre mère, des milliards de bactéries d’origine maternelle vont venir couvrir notre corps. Et ça, c’est essentiel pour notre santé. Certaines études montrent que les enfants nés par césarienne présentent un taux plus élevé d’asthme, de maladies immunitaires et même de leucémies. Les micro-organismes intestinaux peuvent aussi nous aider à digérer les aliments et à trier des calories supplémentaires de choses que nous ne pouvons pas digérer nous-mêmes. Il y en a même qui produisent des substances qui stimulent les cellules de l’intestin pour qu’elles se régénèrent plus rapidement. Mais au cours des dernières années, il est apparu que l’influence du microbiome de notre intestin va bien plus loin. Il pourrait même parler directement à notre cerveau.

Notre cerveau ? Tu délires Tonton ! Mais non, les scientifiques ont pu observer qu’entre 80 à 90% de la sérotonine de notre corps, une substance messagère importante pour les cellules nerveuses, est produite dans l’intestin et non dans le cerveau. Certains pensent ainsi que le microbiome fait cela pour communiquer des informations de notre système nerveux. En 2004, des scientifiques de l’université de Kyushu au Japon ont découvert que l’exposition à certains types de microbes avait des effets spectaculaires sur les niveaux chimiques du cerveau. Pour cette étude, les scientifiques ont utilisé des souris sans germes, nées par césarienne, et immédiatement placées dans une cage super propre, de sorte qu’elles n’ont quasiment pas été exposées à des microbes. En les comparant avec des souris qui ont été exposées à un ensemble connu de microbes, on a observé que les souris exemptes de germes étaient beaucoup plus stressées. Il semble donc que les bactéries présentes dans les souris aident à contrôler leur niveau de stress. L’équipe a également découvert que le cerveau des souris sans germes contenait moins de BDNF (Brain-derived neurotrophic factor), une protéine appelée facteur neurotrophique dérivé du cerveau. La BDNF est importante pour l’apprentissage et la mémoire. On a pu remarquer que les souris sans microbiome en possédaient moins dans les régions du cerveau qui déterminent la réaction d’un animal au stress. Mais on ne sait pas exactement comment les microbes pourraient affecter les niveaux de BDNF. Un autre exemple : une étude menée en 2017, a même établi un lien entre le microbiome et de meilleures aptitudes motrices et linguistiques chez l’homme.

C’est dingue ! Ça veut dire que le microbiome nous contrôle ? Contrôler je ne pourrai pas dire, mais il est possible que le microbiome pourrait nous influencer dans notre vie quotidienne, oui. En effet, le microbiome peut affecter la production de cytokines, qui sont des protéines produites par les cellules du système immunitaire. Et certaines de ces protéines, comme celles appelées interleukine-6, sont connues pour influencer le stress. Par exemple, dans une étude réalisée en 2011, un groupe de scientifiques a découvert que l’exposition, de souris exemptes de germes, à des microbes d’autres souris pouvait influencer leur comportement. Ainsi, on a pu observer qu’une souris “timide” sans microbiome allait montrer plus de comportements d’exploration si elle était implantée avec le microbiome d’une souris plus aventureuse. Autre exemple, des tests effectués sur des mouches à fruits ont montré que leur microbiome influençait le type d’aliments dont elles avaient envie. Cela pourrait signifier que nos microbes sont peut-être capables de dire à notre cerveau quels aliments nous devons consommer. Notre intestin est comme un jardin dans lequel nous décidons constamment de ce qui va y fleurir. En effet, la base de notre microbiome provient de notre mère, mais son développement et son évolution sont déterminés par ce que nous mangeons. Dans ce sens, si nous mangeons sainement, nous produisons des bactéries qui aiment ce type de nourriture. Et inversement, si nous consommons beaucoup de fast-food, alors nous élevons des bactéries qui aiment cela.

Mais ce n’est pas grave ça Tonton, on aura juste plusieurs types de bactéries qui aiment différents types de nourriture. Il faut comprendre que les bactéries qui aiment la « malbouffe » vont se multiplier et prendre de plus en plus de place par rapport aux bactéries qui aiment la nourriture saine. Et pire encore, elles vont envoyer des signaux au cerveau pour qu’il nous amène à consommer plus de ce type d’aliments. Nous allons donc nous retrouver dans un cycle néfaste qui nous pousse à manger du fast-food et souvent plus que ce qui est recommandé. Ce cycle d’auto-renforcement pourrait jouer un rôle majeur dans l’obésité.

Ohlala ! Donc si je mange une fois McDo, je serai condamné à manger McDo toute ma vie et je vais devenir obèse ? Non bien sûr que non, il est important de souligner que nous pouvons altérer ce processus et l’inverser en mangeant sainement et en multipliant les bonnes bactéries. Sinon, une autre approche, plus particulière et toujours en recherche peut être envisagée, c’est la transplantation d’excréments.

La transplantation ? Excréments ? Comment ça Tonton ? En transférant des excréments d’une personne saine dans votre intestin. Cette méthode est déjà utilisée pour soigner la diarrhée. La transplantation de fèces de personnes minces à des personnes obèses a permis aux patients en surpoids d’obtenir un microbiome plus diversifié et les a rendus moins sensibles à l’insuline. Deux caractéristiques qui se produisent lorsque les gens perdent du poids.

Mais au-delà de la prise de poids, notre microbiome a également été associé à d’autres maladies graves comme l’autisme, la schizophrénie, le cancer et la dépression. Dans une expérience concernant la compréhension de la dépression, des rats en bonne santé ont été transplantés avec un microbiome de personnes déprimées. Ces rats ont commencé à présenter un comportement anxieux et des symptômes qui ressemblent à la dépression. Et comme vu précédemment, le microbiome pourrait influencer nos niveaux de stress.

Tous ces aspects permettent d’ouvrir un nouveau champ scientifique, et nous sommes seulement aux prémices de comprendre comment ces systèmes et relations complexes à l’intérieur de notre corps interagissent. Il est donc impératif d’effectuer plus de recherches pour réellement comprendre et appréhender ce vaste domaine et comment le microbiome peut-il nous rendre en bonne santé ou à l’inverse nous rendre malades. Nous commençons à peine à apercevoir à quel point notre microbiome peut nous influencer réellement, ainsi que notre comportement, et le futur s’annonce, j’en suis sûr, plein de surprises et de découvertes fascinantes.

Trop bien !! Merci Tonton ! Un jour je serai scientifique et je vais découvrir les mystères du microbiome !

Hugo BARBARO

Les propos tenus dans cet article n’engagent que leurs auteurs et non le MTI Review.

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