MTI Talks #5 : “Votre attention s’il vous plaît”

Christian Fauré, associé et directeur scientifique chez OCTO, est venu discuter le mercredi 19 décembre 2018 du sujet de l’attention.

Vous conviendrez qu’il s’agit là d’un vaste sujet ! Le terme d’attention n’a pas toujours été utilisé ainsi, les philosophes ont tout d’abord parlé de conscience. En réalisant une action en conscience, on faisait là preuve d’un acte intentionnel.

Ce n’est que plus tard que l’attention a été comprise, et définie comme suivant un mécanisme particulier. Ce mécanisme est celui de la rétention, et par définition on ne peut être attentif que si l’on retient quelque chose. Et dés lors que cette rétention est engagée on projette alors nos attentes et l’on devient pleinement attentif ; on parle alors de protention (fait de projeter nos attentes). Comme l’a dit Bernard Stiegler : « On ne peut pas être attentif si on n’attend rien ». L’attente fait partie de notre attention.

Attention = rétention + protention

Les différentes formes de rétention et de protention

On parle de rétention/ protention primaire lorsque l’on est attentif à un moment présent et nouveau. Dès lors que ce moment est passé et qu’on l’a retenu, il devient alors un souvenir et ainsi une forme de rétention/ protention secondaire. Par exemple, les souvenirs partagés par une collectivité tels que des chansons populaires sont des formes de rétention/ protention collectives. Ce filon est d’ailleurs allègrement exploité par les publicitaires, qui jouent sur ces mécanismes de rétentions pour faire des publicités marquantes aux yeux du grand public. Enfin, il y a les rétentions/ protentions tertiaires, qui sont elles propres à l’espèce humaine puisqu’elles regroupent notre mémoire collective sous forme d’écrit. Nous sommes le seul animal capable de bénéficier de l’expérience de nos pairs sur plusieurs générations grâce à nos capacités de retranscription et de stockage.

schéma des boucles de rétentions et protentions

Tout l’enjeu de notre siècle est de conquérir l’attention.

Aujourd’hui, avec l’arrivée des nouvelles technologies et la banalisation de celles-ci on observe de nettes différences générationnelles concernant l’attention. Il y a même de nouvelles pathologies attentionnelles qui apparaissent comme le ADHD (Attention Deficit Hyperactivity Disorder).

Les nouvelles générations seraient moins enclines à la deep attention comme l’étaient leurs prédécesseurs et donc de nouvelles formes de pédagogies sont nécessaires.

Quand l’attention est portée à son paroxysme, on parle alors de flow. Notion mise en avant par l’américain Mihaly Csikszentmihalyi, qui le définit comme le moment où l’on utilise toutes nos capacités en même temps pour faire face à un challenge. Pour donner une image plus concrète, M. Csikszentmihalyi parle du flow comme le sentiment d’être porté par le courant d’une rivière, de laisser couler tous ses sens dans une même direction. On peut parler de flow individuel comme de flow collectif, dans le sport par exemple.

Maintenant que l’attention n’a plus de secret pour vous, « May the flow be with you » !