Rencontre avec Fariha Shah et Mounia Rkha, 2 figures féminines du digital

Lors de notre 4ème MTI Talk nous avons eu la chance d’accueillir non pas 1 mais 2 invitées… Et non pas des moindres puisqu’il s’agissait respectivement de Fariha, Managing Director et co-fondatrice de Golden Bees, entreprise lauréate du Pass French Tech, et Mounia Rkha, Seed Manager chez ISAI mais aussi co-fondatrice de l’association StartHer.

L’échange s’est placé sous le signe du digital et des mutations sociétales positives (mais pas seulement !) qu’il pouvait provoquer, notamment pour les femmes mais aussi pour les hommes ;-).

À ce sujet, Mounia commençant d’ailleurs rapidement une présentation de son parcours, et les raisons qui l’ont mené là où elle est aujourd’hui, explique que l’écosystème start-up a eu sur elle un véritable effet « antidépresseur ».
Les gens, libres d’y casser les codes, changent de fait ce qu’il y a autour d’eux, repoussant ainsi l’idée d’une société où la femme n’aurait pas sa place.

Le digital constitue une solution palliative pour l’instant, car sans radicalement changer les mœurs de nos sociétés, il permet de créer une flexibilité dont les femmes manquent dans des structures plus classiques, les poussant souvent à arrêter l’élan de leur carrière pour se focaliser, par exemple, sur leurs rôles de mère.

Mounia prononce d’ailleurs cette simple phrase, mais qui condense bien les enjeux mentionnés « Moi, 75% de mon boulot je peux le faire avec mon portable, et ça, c’est une formidable opportunité pour rattraper la différence ». Car même si elle rentre parfois à 18h pour récupérer sa fille à l’école et ensuite passer du temps avec elle jusqu’à l’heure du coucher, rien ne l’empêche alors de reprendre ses activités professionnelles avec rien de plus que son portable !

Fariha nous a également partagé l’expérience de ses débuts, mentionnant que sa montée en compétence sur les sujets liés à la publicité digitale lui a permis de tirer son épingle du jeu et de co-fonder son entreprise au moment où cela semblait sûrement le moins opportun… Lorsqu’elle était enceinte de son deuxième enfant ! Son esprit ne peut cependant se débarrasser de cette injonction paradoxale qui est « celle de vouloir être une mère parfaite tout en continuant sa carrière en y excellant ». Mais, aussi pressurisant et demandant qu’est l’entreprenariat, il autorise une dose de flexibilité qui était vitale à Fariha dans sa situation.

Selon elles, l’augmentation du nombre de femmes dans la tech et dans des postes à responsabilité passe par la valorisation de « role-models » dont la diffusion passe souvent par Internet, entrepreneuses à succès, femmes aux commandes du gouvernement, autant d’exemples qui permettent aux plus jeunes de se projeter dans une variété de rôles qui leurs éviteront d’auto-censurer leurs véritables envies sous couvert que cela ne se fait pas. Il y a donc véritablement un travail de « casser les croyances limitantes » et cela est autant valable pour les jeunes garçons que pour les jeunes filles car les modèles pré-existants sont généralement discriminants dans les deux sens.

Mounia nous raconte justement qu’alors qu’elle était en école d’ingénieur elle n’avait jamais appris à coder un seul algorithme car elle était bourrée de « préjugés » à ce sujet démontrant bien qu’il est essentiel d’aller parler aux enfants dès leurs plus jeunes âges pour ouvrir un maximum leurs horizons. Elle le fait d’ailleurs avec son association Starther qui va régulièrement avec des figures féminines du digital dans les collèges à la rencontre de jeunes filles.

Fariha complète en nous signalant l’importance de combler ces mutations quoi que lentes avec des mesures politiques pour ancrer un changement dans les mœurs. Elle nous parle de l’Islande qui a mis en place des récompenses pour les entreprises respectant la parité et des pénalités pour celles distribuant un salaire inégal aux femmes et aux hommes. De telles réglementations permettent de normaliser l’absence de différenciation et de ségrégation de façon à ce que chacun l’intègre.

Pour autant nous disent nos deux intervenantes, il s’agit même d’utiliser le digital pour sortir des problématiques liés à l’égalité homme-femme et s’attaquer à l’intégration de la diversité au sens large, qu’elle touche au handicap, aux personnes en reconversion ou en difficulté. Cela est d’autant plus important que l’IA se fait de plus en plus grandissante et va profondément bouleverser nos rapports au travail mais aussi aux uns et autres. 
L’entièreté de notre tissu social va s’altérer. Et pour cela nous devons nous apprêter à avoir une société la plus solide possible.