Tout ce que vous devez savoir sur la Silicon Valley indienne.

Ou pourquoi l’Inde sera votre prochaine destination si vous voulez innover.

En Bref

Pourquoi l’Inde ?

La taille de son marché : 2de population mondiale, 1ère population d’utilisateurs d’internet*

Son originalité : La multitude de langues, l’usage du mobile unique, des solutions publiques digitales en avance sur le reste du monde.

Des actions publiques portées vers l’innovation et les startups ; Digital India, Make in India, Startups India…

Sa culture d’innovation unique: retenez un mot, “Jugaad”.

Pourquoi Bangalore ?

Tout le monde est là ; corporates, investisseurs, entrepreneurs.

C’est un pool de talents ; tout le monde est là, oui. Mais surtout les meilleurs.

Oubliez la Silicon Valley le temps d’un instant. Oubliez la Chine. Parlons d’un pays dont l’économie connaît une croissance de 7,7% ; c’est plus que la Chine, plus que l’Europe, plus que les USA. Plus que n’importe quelle autre grande puissance du monde.

Bienvenue en Inde.

La promotion MTI 2019 se rend cette année à Mumbai et Bangalore, et ce n’est pas par hasard. Laissez-nous vous expliquer.

Commençons par quelques chiffres. L’Inde s’apprête à devenir le pays le plus peuplé du monde, passant de 1,2 milliards d’habitants aujourd’hui à 1,5 d’ici 2030¹. Parmi ces 1,2 milliards d’habitants, 462 millions ont accès à internet, ce qui en fait la plus grande population d’utilisateurs du monde ( derrière la Chine et son internet verrouillé), et ils seront 640 millions en 2022. Pour se connecter, 80% de ces utilisateurs utilisent leur smartphone, contre 20% dans les pays européens ou aux USA. Enfin avec 574 millions de moins de 24 ans, l’Inde possède la plus grande population de jeunes au monde.

Une population de très grande taille, jeune, avec un accès internet en pleine croissance et un usage du smartphone ancré dans les habitudes comme nulle part ailleurs. Vous commencez à mesurer le potentiel ?

L’unicité des marchés indiens.

La particularité de l’Inde ne s’arrête pas à sa taille ; on ne peut pas parler d’un marché indien, mais d’une multitude de marchés indiens. L’Inde, c’est 22 langages officiels, avec seulement 10% de la population parlant anglais couramment, contrairement aux idées reçues. Pour percer, un produit doit donc pouvoir s’adapter à ce multilinguisme, d’autant que 90% des futurs utilisateurs d’internet utilisent une langue différente de l’anglais² (le tamoul arrivant en tête). Comprendre cette diversité permet de dépasser la concurrence. Si l’Inde est par exemple l’un des rares pays où le service de streaming d’Amazon, Prime Video, dépasse le géant Netflix, c’est parce que la firme de Jeff Bezos a su mettre l’accent sur le contenu en langues régionales, ce qui leur permet de toucher bien plus d’utilisateurs³.

La diversité de la population se retrouve aussi géographiquement et en terme de revenus ; si les métropoles concentrent les plus riches, les populations rurales, plus pauvres, représentent presque 70% des indiens. Pour répondre à leurs besoins et au manque d’infrastructures, les géants de la Silicon Valley ont su s’adapter. Google s’est associé avec le gouvernement indien pour développer de nombreux points d’accès haut-débit gratuits ; en créant l’infrastructure et son réseau de distribution, on s’assure une demande pour ses produits liés au web. C’est également ici qu’a été lancé Youtube Offline, avant son implantation dans d’autres pays d’Asie. Pour contrer l’irrégularité de la couverture internet, pouvoir télécharger les vidéos pour les regarder plus tard est une solution parfaitement adaptée.

L’Inde a aussi été l’un des premiers pays où Facebook a tenté de lancer Free Basics (finalement abandonné), un web accessible à tous sans nécessité d’abonnement aux données internet mobiles, visant les populations rurales.

C’est en prenant en compte toutes les spécificités du marché indien que de nombreux “copycats” — ces startups qui imitent une solution venue de l’étranger- ont pu prospérer. Ola, concurrent d’Uber aujourd’hui valorisé à plus de 3 milliards de dollars, a pu s’implanter en tenant compte de la propension du marché à payer en liquide et à utiliser les Rickshaws — les touktouks indiens — Flipkart, un marketplace proche du modèle d’Amazon, a lui réussi en proposant à ses utilisateurs un paiement en liquide à la livraison, solution parfaitement adaptée au fait que plus de la moitié des indiens n’avaient encore pas de compte en banque il y a moins de 5 ans.

Uber, récemment arrivé sur le marché des auto-rickshaws

L’innovation à l’indienne.

C’est cette capacité d’adaptation que vous devez rechercher en venant un Inde. Savoir travailler avec les ressources et les contraintes ; faire plus avec moins. Cela a un nom ; Jugaad, mot hindi que l’on pourrait rapprocher du “système D” français ou du “Do it yourself”. Le Jugaad relève d’un état d’esprit plus que du simple bricolage ; répondre à un besoin de la manière la plus efficace possible avec un minimum de ressources, en simplifiant la solution et en contournant les règles si besoin.

L’innovation frugale prend tout son sens en Inde. Mitticool et son réfrigérateur en argile est la réponse parfaite au manque d’électricité dans les zones rurales. Mais l’esprit Jugaad n’est pas forcément low-tech ; Schneider Electrics a su adopter cet état d’esprit pour créer In-Diya⁴, une ampoule LED possédant une batterie capable d’assurer 10 à 15 heures de lumière en cas de coupures de courant, récurrentes en Inde rurale. Les membres de L’ISRO, l’agence spatiale indienne ont eux été qualifiés de “rois du jugaad” pour leur programme MOM ; lançant un satellite dans l’orbite de Mars en moitié moins de temps et pour 10 fois moins cher qu’un programme équivalent de la NASA.

Une digitalisation portée par les acteurs publics comme privés.

L’Etat indien a participé activement à la digitalisation du pays, favorisant l’essor de nombreuses startups. Aadhaar est le parfait exemple du dynamisme public sur la question de la digitalisation ; il s’agit d’un numéro à 12 chiffres attribué à chaque citoyen indien, lié à ses différentes données ; empreintes digitales, iris, date de naissance, adresse, identités des parents… Intégré dans différentes API, il peut être utilisé par de nombreux services ; banques, signatures électronique, et bientôt pour les contrôles lors des vols domestiques, supprimant tout besoin de documents papier. L’adoption de la technologie Aadhaar a été l’une des plus rapide de toute l’histoire des solutions digitales, avec 960 millions d’utilisateurs recensés au bout de 6 ans. Cette technologie a permis à beaucoup d’indiens, auparavant dépourvus de pièces d’identité, d’accéder aux services bancaires.

L’ouverture du système Aadhaar fait partie d’une campagne plus large du gouvernement ; Digital India. Elle est destinée à augmenter le nombre de personnes connectées et de digitaliser l’ensemble de l’économie ; notamment le secteur financier, de moins en moins liquide depuis la démonétisation de 2016. Grâce à UPI (Unified payment interface), des transferts immédiats de compte à compte sont possibles, rendant obsolètes les virements bancaires dans la majorité des cas du quotidien.

Un autre acteur qui doit être cité est l’un des conglomérats domestiques ; Reliance. En lançant en 2016 une offre de téléphonie nouvelle génération, uniquement basée sur la 4G, avec des prix extrêmement bas par rapport à la concurrence, ils ont rendu internet accessible à beaucoup plus de portefeuilles indiens. Ils sont allés plus loin en créant le Jio Phone : un portable à touches, gratuit ou presque, donnant accès à internet sans besoin d’un smartphone sophistiqué.

Bangalore, d’une ville de retraités à la Silicon Valley indienne.

Pour comprendre comment Bangalore est devenu la Silicon Valley de l’Inde, regroupant les plus grands groupes IT et un écosystème de plus de 2000 startups représentant une valeur de 19 milliards de dollars, il faut s’intéresser un peu à son histoire.

Bangalore était une ville initialement prisée des retraités indiens, grâce à sa verdure et son climat tempéré constant dû à l’altitude de la ville. Les premiers piliers technologiques de Bangalore ont d’abord été l’aéronautique et l’industrie militaire, avec Hindustan Aircrafts Limited (HAL), puis l’agence spatiale indienne, l’ISRO, qui s’y est implanté dans les années 70. Bangalore rassemble aujourd’hui la majorité de l’activité aéronautique du pays, avec de nombreux acteurs internationaux présents comme Boeing, Airbus ou Goodrich qui y ont créé des centres de recherche et développement.

En parallèle de l’industrie aéronautique, de nombreuses écoles d’ingénieurs ont été créées, créant un pool de talents de plus en plus important et toujours en croissance aujourd’hui. On en compte plus de 200 dont l’IISC et l’IIIT.

C’est la création en 1978 d’Electronic City, parc d’activité dédiés aux technologies de l’information, qui marque le premier pas vers l’émergence de la silicon valley Indienne, poussant Wipro et Infosys à y déplacer leurs sièges dans les années suivantes. C’est l’arrivée d’entreprises américaines, attirées par les opportunités mais aussi par la situation géographique et les conditions de vie de Bangalore, qui a vraiment fait de la ville un hub technologique. Texas Instruments, puis IBM et Intel ont installé des centres de recherche et développement dans la ville. Aujourd’hui, sur les 900 centres de R&D installés en Inde par des multinationales, plus de 700 se trouvent à Bangalore.

Cette concentration d’universités et d’entreprises travaillant sur des technologies de pointe a créé le terreau idéal pour l’émergence de startups, à l’image de la Silicon Valley américaine . Les sociétés indiennes et les multinationales ont pu attirer de nombreux talents, en majorité ingénieurs, qui ont pu rencontrer des pairs, gagner en expérience, et à leur tour créer leurs propres entreprises. Les profils des fondateurs de startups en font un écosystème à part ; les trois quarts d’entre eux ont moins de 35 ans et 94% ont une formation technique, faisant de Bangalore l’écosystème startup le plus jeune et le plus qualifié technologiquement du monde. Les profils d’ingénieurs sont aussi particulièrement intéressants, un ingénieur coûtant ici 13 fois moins cher que son homologue américain, à formation égale.

Sur les 8 licornes indiennes — ces startups valorisées à plus d’1 milliard de dollars — 5 se trouvent à Bangalore ; Flipkart, Ola, InMobi, Quikr, et MuSigma. Les startups de Bangalore intéressent les plus grands groupes ; Wal-Mart a récemment racheté Flipkart pour 16 milliards de dollars, Google a réalisé son premier investissement indien à travers Dunzo, le Uber des tâches quotidiennes — qui travaillait d’ailleurs, à ses début, au sein du coworking space de NUMA Bengaluru.

Une plateforme d’échange entre corporates, startups et services publics

Les grandes multinationales ne sont pas seulement des investisseurs dans les startups de Bangalore, elles sont de plus en plus souvent partenaires voire accompagnateurs de ces dernières.

Bangalore compte nombre d’accélérateurs et incubateurs ; ces structures qui visent à accompagner les entrepreneurs dans le développement de leur projet, en leur fournissant des infrastructures, des formations, du mentorat, des contacts et débouchés…. Microsoft, Shell, SAP, Target, Cisco, Oracle, Airbus, Bosch, Accenture, NetApp, Société Générale, IBM… la liste est longue, s’agrandit tous les mois, et les intérêts sont multiples pour les grands groupes ; innovation, potentiels partenariats et acquisitions, image de marque…

Au-delà des initiatives des grandes entreprises, d’autres incubateurs et accélérateurs indépendants sont présents et particulièrement actifs ; l’un des plus gros acteurs généralistes, Techstars, vient d’ouvrir ses portes à Bangalore. Certains sont spécialisés sur des secteurs particuliers comme l’intelligence artificielle ; c’est le cas de Khosla Labs, ou encore de NUMA Bengaluru, filiale indienne de l’entreprise française.

Les startups sont au coeur de la politique du gouvernement du Karnataka, état dans lequel se situe Bangalore. Aides financières, créations de programmes d’aides et d’incubateurs publics…Ce gouvernement prévoit un budget de plus de 300 millions de dollars entre 2015 et 2020.⁵

Suivant le développement de la scène entrepreneuriale, toutes les activités de “support” aux startups connaissent aussi une période de forte croissance ; les fonds de capital risque, les espaces de coworking — le géant américain WeWork, mais pas seulement- et les fablabs ont eux aussi vu leur nombre exploser dans la ville.

Une croissance créant de nouveaux challenges

Si Bangalore a connu une croissance exponentielle depuis les années 90, celle-ci n’a pas été sans conséquence. La ville autrefois connue comme “la ville jardin” de l’Inde a perdu beaucoup de sa verdure lors de son expansion effrénée. La croissance du service public n’a pas été aussi rapide que celle du secteur privé sur certains points ; notamment l’urbanisme, la gestion des transports et de la voirie. Bangalore connaît aujourd’hui de sérieux problèmes de trafic, étant l’une des villes connaissant le plus d’embouteillages en Inde. Cela pose également des problèmes de pollution, auxquels les startups tentent de répondre ; Graviky Labs a par exemple développé une solution pour créer de l’encre à partir du CO2 émis par les véhicules, Ambee développe des moniteurs de pollution et des purificateurs connectés, agrégeant les données pour offrir des conseils à ses usagers sur les meilleurs comportements à adopter pour limiter l’exposition.

Graviky crée de l’encre à partir de CO2 capturé

Vous l’aurez compris, si Bangalore va constituer une bonne partie de notre Learning expedition, c’est parce que la ville représente l’opportunité parfaite pour s’immerger dans l’unicité et le dynamisme de l’écosystème startup Indien.

Vous avez des contacts que nous devrions absolument rencontrer sur place ? Vous voulez vous associer au voyage du Master MTI et nous aider — quelque soit la forme de l’aide ? N’hésitez pas à nous envoyer un mail à : travel.mastermti@gmail.com

[1] https://thewire.in/world/indias-population-surpass-chinas-around-2024-un

[2] https://www.techinasia.com/indian-languages-any-business-in-india-must-crack-reverie-google-kpmg

[3] https://www.forbes.com/sites/salvatorebabones/2018/03/14/netflix-amazon-battle-for-a-piece-of-indias-500m-smartphone-audience-but-which-strategy-will-pay-off/#68151360173f

[4] https://www.schneider-electric.com.eg/en/about-us/press/schneider-electric-launches-in-diya-a-highly-energy-efficient-led-based-lighting-system.jsp`

[5] http://startup.karnataka.gov.in/startup-policy/