Un jour au OuiShare Fest !

Quels enjeux et solutions pour demain ?

Le 7 juillet 2017, j’ai pu, grâce au programme Etincelle de l’association Passeport Avenir, participer au OuiShare Fest à Paris ! Ce festival nous proposait divers ateliers et conférences pour nous présenter les enjeux de demain, les technologies et modèles économiques du futur.

Dans cet article, il s’agira de vous faire un retour d’expérience sur ce que j’ai pu apprendre lors des conférences.


CrowdActing et transitioning cities :

Dès le début de l’après midi, j’ai choisi d’assister à une conférence sur les Smart Cities et sur le CrowdActing. Cette conférence se tenait de l’autre côté de la rive, il a donc fallu prendre le bateau. Une fois arrivée dans la salle, le PDG de WWF, Pascal Canfin, nous a expliqué le principe et l’importance du crowdacting.

Dans une société où les productions sont centralisées, l’énergie est gérée par des distributeurs uniques ( EDF, ENGIE,…) les villes sont alimentées par les gigantesques productions agricoles environnantes, les services sont centralisés… Par exemple Paris n’a qu’une réserve alimentaire de 48h ! Le Crowdacting serait une solution pour redonner le pouvoir aux citoyens des villes et de mettre en place une économie collaborative. Chaque citoyen pourrait alors contribuer directement à la communauté en distribuant par exemple, l’énergie électrique qu’il a produit ou encore échanger des services avec les autres citoyens.

M. Canfin a parlé de la création d’une application regroupant tous les services disponibles dans une ville. Chaque citoyen pourra échanger des services contre de nombreux autres. L’application est encore en cours de développement et elle jouera sur trois leviers principaux qui permettront son utilisation par un large panel de personnes.

  • Le premier levier est la Fierté : Un système de valorisation et de récompenses sera mis en place pour les utilisateurs les plus actifs.
  • Le deuxième levier est l’Intérêt : Chaque utilisateur aura un intérêt à utiliser l’application que ce soit un intérêt financier en étant rémunéré ou un intérêt pratique en y trouvant facilement tous les services dont il a besoin.
  • Enfin, le dernier levier sera le jeu et la Compétition : un classement des utilisateurs permettra de pousser les utilisateurs à utiliser l’application pour être mieux classé que leurs amis.

L’application aura pour but de créer une réelle économie collaborative en facilitant l’accès et la circulation des services dans une même ville. Elle permettra de raccourcir le chemin entre le moment où l’on voit une information, le moment où l’on s’informe et le moment où l’on agit.

Par exemple beaucoup de personnes ont vu le film « Demain », beaucoup moins se sont informés sur les idées présentées dans le film et encore moins ont agi et cela même si les idées avaient séduit la majorité du public…

WWF a déjà de nombreux partenaires dont la série « Plus Belle La Vie »… Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce sera un partenaire important pour diffuser ce mode de vie au plus grand nombre.

Une table ronde sur les « Transitioning cities » a alors commencé :

La table ronde du Ouishare Fest sur le thème des Transitionning Cities

L’idée principale que j’ai pu retenir de cette table ronde est le fait que les villes doivent évoluer pour s’inscrire dans un système Bottom-Up plutôt que Up-Bottom. C’est à dire que les décisions doivent venir des citoyens plutôt que d’un petit groupe de dirigeants pour que les villes soient le plus adaptées possibles à la vie quotidienne et pour qu’elles soient plus durables. Cela permettra également de créer des villes plus respectueuses de l’environnement en favorisant l’économie circulaire et locale. Les villes pourront alors réduire leur impact sur l’environnement tout en favorisant le bien-être des citoyens.

Pour illustrer ces propos une intervenante a pris l’exemple de la ville de Copenhague qui est la ville écologique par excellence !

En effet:

  • 55% des habitants de la ville se rendent au travail, à l’école ou à l’université à vélo ;
  • 90% des déchets urbains de constructions sont réutilisés ;
  • Les émissions de carbone ont été réduites de 24% de 2005 à 2012 ;
  • 96% des habitants vivent à moins de 15 minutes, à pied, d’une aire de loisir.

C’est la crise économique de 1976 qui a obligé les habitants de Copenhague à réduire leurs dépenses, ce qui les a amené à adopter un mode de vie économique et écologique.

Le problème climatique que nous rencontrons actuellement peut être comparé à la crise de 1976 pour Copenhague, c’est un élément déclencheur qui pousse la société à adopter un autre mode de vie.

De plus, les intervenants ont ajouté qu’il n’existe pas de modèle de ville écologique. Chacune doit s’adapter à son environnement et calquer un même modèle serait contre-productif.

J’ai ensuite voulu savoir comment se développe concrètement cette idée de villes connectées, je suis donc allé à la conférence sur les FabCities :


Fab Cities :

Thomas Diez est le créateur du concept de Fab Cities. Ce sont des villes auto-suffisantes et globalement connectées. A l’instar des Fab Lab, ce sont des lieux dédiés à l’essai et au développement de nouvelles technologies, modes de vie et organisations.

Thomas Diez

Ces villes sont basées sur une économie collaborative et permettent de mettre en place de nouveaux systèmes de collaboration. Une fois ce système validé dans les Fab Cities, le modèle pourra être reproduit dans d’autres villes tout en ayant à l’esprit que chaque ville doit avoir sa propre organisation du fait des environnements différents.

“Cities have the capability of providing something for everybody onlybecause, and only when, they are created by everybody.” — Jane Jacobs

Ces lieux connectés et d’échanges seront basés sur une technologie permettant aux citoyens d’échanger leurs services, électricité, nourriture, … sans avoir besoin d’entité centralisant le tout. Cette technologie s’appelle la Blockchain.

Avec la Blockchain, les villes adopteront un système distribué, autrement dit, les échanges se feront de manière la plus fluide possible sans aucune centralisation.

Ce Schéma présenté par Thomas Diez représente bien l’économie circulaire à différentes échelles.

Ensuite, d’autres intervenants ont rejoint Thomas Diez pour une table ronde traitant des réseaux nécessaires pour développer une économie collaborative.

Les intervenants ont discuté de la difficulté de créer des réseaux pour connecter entre eux les citoyens, les villes ou encore les pays afin de créer des économies circulaires et collaboratives à différentes échelles.

Si de tels réseaux étaient développés, il n’y aurait alors plus besoin d’administrations ou de systèmes centralisés car chaque individu assurerait le bon fonctionnement du réseau. C’est un peu comme pour le BitCoin utilisant la BlockChain où l’ordinateur de chaque utilisateur vérifie les transactions de tous les autres utilisateurs ( minage de BitCoin ).

La conclusion de cette table ronde est que nous n’avons pas encore les moyens ou les technologies pour créer des réseaux pouvant connecter les villes entre elles. Des systèmes permettent de connecter les citoyens entre eux mais il faut encore les améliorer pour penser les étendre à plus grande échelle.

Mais avec de tels réseaux se pose alors la question de la sécurité des données et de la vie privée des utilisateurs !


Comment préserver la vie priée des utilisateurs dans les réseaux ? :

Interview du co-fondateur de Qwant

Le co-fondateur du moteur de recherche « Qwant » nous a montré qu’il est possible d’anonymiser les utilisateurs d’un réseau. Ceci est très important car il est prévu que d’ici 2020 cinquante milliards d’objets connectés seront présents sur Terre. Si les données des utilisateurs ne sont pas anonymes il y aura alors un niveau de précision dangereux sur la vie de chaque utilisateur !

Aujourd’hui les GAFA ( Google Amazon Facebook et Apple ) revendent les données des utilisateurs et elles ne sont pas anonymes. Qwant fonctionne différemment, et propose une alternative tout aussi viable en anonymisant les données. Le moteur de recherche Qwant peut faire des statistiques sur les requêtes et les revendre aux entreprises sans mettre en danger la vie privée des utilisateurs. Cela en dissociant les requêtes des adresses IP. On ne sait alors pas qui a fait telle recherche mais on sait combien de personnes l’ont faite selon différents critères ( régions, âge, sexe, … )

Pour finir cette journée, j’ai assisté à une table ronde sur la BlockChain pour savoir si ce système peut réellement être la base d’une économie collaborative et décentralisée.


La BlockChain peut-elle réellement sauver le climat ?

A travers cette table ronde, nous avons pu voir que des systèmes utilisant la BlockChain pour échanger de l’électricité se mettent en place. En revanche, ces projets sont encore naissants et nous n’avons pas assez de recul pour savoir s’ils sont viables à grande échelle.

Mme Primavera De Filippi a ajouté que telle qu’elle est actuellement, la BlockChain n’est pas viable pour une utilisation à grande échelle et cela pour deux raisons :

  • La première est que la vitesse maximale des transactions avec la BlockChain est de 10 par seconde, ce qui est trop faible pour un nombre d’utilisateur important.
  • Ensuite, actuellement le système de la BlockChain est basé sur la création d’un registre infini. Lorsqu’une transaction est effectuée, elle est enregistrée. Or, pour qu’une nouvelle transaction soit validée, il faut que toutes les anciennes transactions soient revérifiées. Cela implique une puissance de calcul infini si le système est utilisé tel quel dans le temps et la consommation énergétique croit proportionnellement avec le nombre de transactions, ce qui n’est pas viable à long terme.

En résumé, sur le principe, la BlockChain permet de faire fonctionner des réseaux décentralisés mais il faut trouver une amélioration pour que ce système soit viable dans le temps et à grande échelle.

En définitive, j’ai pu voir durant le OuiShare Fest que les nouvelles technologies sont des outils pour répondre aux enjeux de demain mais il faut considérer en priorité les enjeux climatiques et sociétaux pour répondre convenablement aux besoins de la population. Les technologies ne sont que des outils qui nous aideront à créer une société collaborative, mais ne doivent pas être une finalité. Une technologie peut ne pas être bénéfique, dans ce cas il suffit de l’améliorer ou de s’en détourner pour répondre aux réels enjeux.

Pour clore le OuiShare fest, il y avait un carnaval brésilien et l’ambiance était au rendez-vous !

Une fin en beauté!
Cet article a été écrit par Thomas Berneau, étudiant au master MTI