Inter-genre

Traduction de mon article Inter-gender.

Suis-je transgenre ? La question a émergé doucement de mon corps et de ma tête.

Dès mon plus jeune âge, j’ai su que j’étais attiré par les personnes mâles et les personnes femelles. Donc j’ai fait un coming out de bisexuel, aussi out qu’un enfant autiste pouvait l’être. J’ai fait un coming out à l’intérieur.

Avec mon obsession de l’équilibre, cela semblait logique, bisexuel, 50 50, et j’étais attiré par les deux, et j’interagissais autant avec les deux, ce qui voulait dire zéro de chaque côté.

Un jour, un garçon m’a sauté dessus, nous avons eu des activités sexuelles et c’était bien, et il ne voulait pas que les gens pensent qu’il était attiré par les garçons alors nous ne l’avons jamais refait, donc huit ans se sont passés avant qu’une autre personne me saute dessus, et c’était une fille cette fois et c’était bien, et ça lui allait si les gens pensaient qu’elle était attirée par les garçons, alors nous sommes restés ensemble et j’ai appris l’amour, le sexe, et les relations humaines.

Puis une autre fille m’a sauté dessus et j’ai recommencé.

Je ressemblais plus à un garçon, alors les filles hétérosexuelle et les garçons homosexuels venaient vers moi, et ça m’allait, sauf que statistiquement quelque chose clochait.

Disons qu’une personne sur dix n’est pas hétérosexuel, ça veut dire que le ratio de filles disponibles et le ratio de garçons disponibles sont complètement différents, et si je devais compter sur ces personnes pour équilibrer la différence, il n’y avait pas moyen que j’arrive à être bisexuel 50 50.

Puis j’ai appris le mot “pansexuel”, et j’ai appris l’existence des personnes trans, puis j’ai rencontré les personnes polyamoureuses, et mon équation était en train de se compliquer terriblement.

Alors j’ai simplifié. Peut-être que je n’étais pas bisexuel 50 50, et il fallait que je me débarrasse des plateaux de la balance.

Suis-je transgenre ? Pour répondre à cette question, je dois creuser ce qu’est le genre. Le mien. Celui des autres.

Je n’ai jamais pu de près ou de loin m’identifier comme un homme. Je ne pourrais jamais, jamais, vous dire “je suis un homme”, à moins d’y être contrainte.

Le sexe a aidé. Les sensations de mon corps ont été la connexion entre être sexuellement active et être genrée. Être sexuellement active, c’est entrer en relation avec un corps genré : le mien, et celui de quelqu’un d’autre.

j’avais 14 ans quand j’ai lu Anaïs Nin. On y rencontrait ce personnage, un amant bisexuel dont le corps changeait quand son amant venait. Ses hanches se balançaient, ses courbe s’adoucissaient, et ça me parlait.

C’est là que je situe l’origine de ma confusion entre mon orientation sexuelle et mon identité de genre.

Je suis transgenre : qu’est-ce que ça veut dire pour moi, être attiré par “le sexe opposé” ?

On m’a déjà posé la question : “tu t’es déjà travesti ?” J’ai répondu : “Vous voulez dire m’habiller comme une femme ?” et ils ont répondu : “Oui”. Ce jour-là je portais un jean et un t-shirt. “Oui, en ce moment-même”. Je pourrais porter un corset, une robe, un chapeau haut de forme, une redingote, une jupe, et des talons de la taille de ma queue, et “me travestir” ne voudrait rien dire pour moi. Je ne me déguise pas. Ce n’est pas une costume.

Je ne m’habille pas “comme”. Je me déshabille.

Je ne voulais pas utiliser le mot “transgenre” parce que ça implique aller de femelle vers mâle ou de mâle vers femelle, et je ne savais pas d’où je partais ni où j’allais.

On m’avait assigné M à la naissance, mais voudrais-je un F à la place ?

Et si ce n’était pas mon voyage ? j’ai mis 30 ans à apprivoiser mon M. Est-ce que je devrais recommencer de zéro ? Et si la transition ne voulait pas dire le remodelage chirurgical, et se présenter publiquement dans le genre que je n’ai pas reçu à la naissance ?

Alors j’ai créé un mot juste pour moi. Intergenre. Étymologiquement intéressant, mais le terme existait déjà, et désigne le genre de certaines personnes intersexes. Alors ab-genus : agenre. Aucun genre. Hors de la binarité.

Je ne suis pas un homme. Je vois les hommes partout, et vous savez quelle place ils prennent, et je ne suis pas un des leurs. Je savais que je n’étais pas un garçon. Je savais que je n’étais pas une fille. Je savais que j’étais quelque chose d’autre, pas une fille et pas une femme, ni un garçon, ni un homme. Être seul me convenait. Je savais qu’ils parlaient une langue différente, qu’ils avaient une expérience de la vie différente. Comme je le sais maintenant, ils étaient cisgenres, et blancs, et neurotypiques, et je sentais bien que je ne saurais jamais ce que c’est, et ça me convenait.

Mon corps était non-genré. Mes vêtements m’avaient été assignés de la même façon que mon nom ou mon pronom m’avaient été assignés. Mon corps non-genré était doux et fin et mes cheveux étaient long et épais, et on ne pouvait pas déduire quoi que ce soit et ça me convenait parfaitement.

Le mari de ma mère détestait ça. Il a fait pression sur moi sans relâche pour que je les coupe, pour que je “ressemble moins à une fille”. Un jour il m’a dit : “tu n’es pas Samson !” Il a peut-être pensé que citer la bible aurait une influence sur moi. Parce que ça avait si bien fonctionné jusque-là. J’aurais aimé avoir la répartie et la force de répondre : j’étais Samson, et j’étais Dalila.

Et puis la puberté est venue, dans mon pantalon, et sur mon visage.

Maintenant que mes caractéristiques sexuelles secondaire avait poussé, il me manquait de n’avoir que mes caractéristiques sexuelles primaires.

Se débarrasser de ma pilosité faciale, corporelle, pubienne, est devenu un effort à plein temps. S’il était possible de faire tout disparaître magiquement, tous mes poils serai parti il y a très longtemps. Et ils ne m’auraient pas manqué. Et puis le seul endroit de mon corps sur lequel j’aimais les poils a commencé à devenir chauve, et il devenait encore plus évident de devant comme de derrière, quel était mon genre attendu. Alors je me suis rasé la tête aussi, en hommage à Ellen Ripley, Sinéad O’Connor, Deborah Dyer, qui sont toutes plus belle que moi.

Peut-être que si la société ne forçait pas les femmes à enlever autant de leurs poils, alors avoir des poils ne serait pas autant associé avec le fait d’être un homme. Peut-être que les gens ne me diraient pas que m’épiler est juste rentrer dans le moule de ce que doit être la féminité dans une société patriarcale.

J’ai confié mon genre à mes partenaires. À eux, à elles, je pouvais en parler.

Mon épouse m’a dit un jour que quoi que je ressente, quoi que je dise, pour elle, j’étais juste un homme blanc avec une jupe. Ex-épouse, maintenant. Ce n’était qu’un abus parmi d’autres.

Peut-être qu’une balance hormonale différente résoudrait le problème. Peut-être moins de testostérone. J’ai peur d’aller dans cette direction, je suis terrifiée à l’idée de la chirurgie. Je ne peux pas faire confiance aux médecins et à leurs idées de ce qu’est un homme ou une femme, quand je suis ni l’un ni l’autre, et les deux. j’ai appris à piloter ce corps. Je sais ce que j’ai, et je n’ai aucune idée de ce que pourrait être autre chose.

J’ai appris à trouver du plaisir, à faire plaisir aux autres, esthétiquement et sexuellement. j’ai appris qu’avec assez de travail et d’efforts, je peux être aussi proche de moi-même que je peux l’imaginer, sur scène, ou dans un lit.

Maintenant, mes nouveaux partenaires m’aiment comme je suis, pas un homme et pas une femme, autiste et polyamoureuse, et ce soutien me permet d’essayer d’être satisfait, et non seulement de m’accepter comme je suis, mais d’organiser ma vie autour de moi pour la rendre encore meilleure.

J’ai juste besoin de temps libre et d’une pince à épiler.

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