Une critique du Père Noël

“Woman with a merry Christmas cap smiling and watching herself in the mirror at Daytona Beach” by William Stitt on Unsplash

Ho! Ho! Ho!

Je suis tombé·e sur un article ce matin.

“Comme chaque année, la même ritournelle. Noël approche, et vous vous êtes enfin décidé à aller faire les courses, en quête du jouet idéal. Mais cette année, vous êtes inquiet. Vous le sentez bien : vos enfants commencent à douter, ils vous pressent de questions ou pire, ne s’en posent aucune. Le moment que vous redoutiez tant est arrivé : il va falloir leur avouer que le père Noël n’existe pas. Comment leur annoncer cette terrible nouvelle ? Franceinfo a demandé conseil à Béatrice Copper-Royer, psychologue spécialisée dans la clinique de l’enfant et de l’adolescent.”

La psychologue nous livre ces perles :

  • “Faire attention à ne pas l’annoncer ni trop tôt, ni trop tard.”
  • “Et tant pis si l’enfant est un peu déçu.”
  • “Même si ses camarades lui racontent que le père Noël n’existe pas, il faudra la confirmation des parents pour que l’enfant en soit certain. C’est à eux d’accompagner la compréhension en expliquant les choses.”

L’article ne suggère même pas qu’on pourrait ne pas mentir à ses enfants. Pitoyable.

Ma réflexion de parent a été : il n’y a pas de point positif à entretenir les mythes de Père Noël ou Jésus, que des négatifs :

  • ils sont factuellement faux, ce sont donc techniquement des mensonges ;
  • la rupture de confiance envers les parents au moment de la Révélation. On apprend aux enfants qu’on peut leur mentir, en leur souriant, sans bonne raison ;
  • ils entraînent des tissus de mensonges ridicules (“allons voir si le Père Noël t’as laissé un cadeau chez Tante Roberte”, “écrivons une lettre au Père Noël de chez Tonton Lulu”) ;
  • ils entretiennent la confiance envers un homme inconnu qui donne des cadeaux. Comment est-ce qu’on est cohérent à éduquer à ne pas accepter les cadeaux des inconnus ? ;
  • et puis de manière générale : Patriarcat ;
  • ils conditionnent le comportement pour des raisons vénales quelques semaines par an, donc manque de moyens de négociation le reste de l’année. C’est un moyen de chantage que les parents utilisent, sans complexe, sans culpabilité.

Alors que les points positifs à ne pas mentir :

  • NE PAS MENTIR ;
  • diriger la reconnaissance vers les bonnes personnes qui offrent les cadeaux ; créer ou maintenir un lien entre des membres de famille que ne se voient pas ou peu.
  • apprendre à dire merci en face ;
  • apprendre la valeur des cadeaux qui ne sont pas d’origine magique.

Bref, j’y ai longuement réfléchi : ça n’empêche pas de raconter des histoires de Père Noël ou même de Jésus (oui, dans le même panier, dammit), tant qu’on précise que c’est de la fiction. Et quand on les traite pour ce qu’ils sont, des personnages de fiction, Lyra ou Hermione Granger sont autrement plus intéressantes

Une amie m’a envoyé ce commentaire :

Une zone de gris à ajouter à ta démonstration bipartite : il est socialement, sociétalement, très délicat de lâcher un enfant éclairé parmi les croyances de TOUS les autres. Révéler la vérité à un enfant revient peu ou prou à le forcer à maintenir ses ami-e-s, camarades dans le mensonge, et donc à mentir en action ou par omission. Également à rester hors du coup de tout le tralala festif de l’Avent à l’école. D’autant que les parents sont salement accros à ce truc et peuvent devenir féroces si on y touche.

Et j’ai répondu :

ce que tu décris n’est pas très différent de la vie des enfants autistes… 
Et plus il y en a et plus ce sera banal ;) 
Je crois que j’aime bien l’idée.

L’article cité au début : http://www.francetvinfo.fr/decouverte/noel/comment-avouer-a-votre-enfant-que-le-pere-noel-n-existe-pas_464962.html