Neayi — Notre proposition

Bertrand Gorge
Jun 24 · 6 min read

Dans notre précédent article, nous décrivions notre perception du monde agricole.

Neayi

Neayi vient de “Nouvelle terre” en grec moderne (νέα γη). Cette terre, Gaïa, nourricière, maternelle, primordiale, dont on a oublié l’importance au point de l’exploiter au delà de ce qu’elle est capable de supporter…

Notre logo représente cette terre, soutenue par deux mains, dont on ne sait pas trop si elles lui donnent du réconfort, ou, tel un Atlas moderne, la soutiennent pour qu’elle ne s’effondre pas.

Ces mains sont transparentes, parce que Neayi utilise l’immatériel, la pensée, la connaissance, l’intelligence collective.

Enfin le logo est bleu et vert, les couleurs de la vie, de l’eau et du ciel, les composantes essentielles de notre écologie (du grec οἶκος / oikos (« maison, habitat ») et λόγος / lógos (« discours ») — la connaissance de notre maison donc, pour mieux vivre en harmonie avec cette terre et cette nature.

La triple performance

La triple performance consiste à viser la performance environnementale, économique et sociale. C’est aussi une réflexion menée par l’ensemble de la filière agricole depuis une dizaine d’années, cherchant une nouvelle direction pour succéder à 50 ans de politique agricole essentiellement productiviste quels qu’en soient les impacts environnementaux ou sociaux.

La triple performance donc, est un objectif vers lequel il faut tendre :

  • Diminuer la pollution (eau, air, sol), et garantir l’ensemble des aspects sanitaires
  • Augmenter, sinon au moins maintenir le niveau de vie des agriculteurs
  • Améliorer les conditions de travail (temps de travail, mais aussi pénibilité et santé des agriculteurs)

Il n’y a pas de recette miracle, mais un ensemble de pratiques qui, combinées, peuvent permettre d’atteindre cet objectif, dans un contexte donné particulier qui sera différent d’une exploitation à l’autre.

Prêt pour la construction d’une vibroplanche ?

Chacune de ces pratiques sera aussi beaucoup plus technique — nécessitant des savoirs faire agronomiques, technologiques, mécaniques (par exemple, de plus en plus d’agriculteurs modifient, voire créent eux-mêmes leurs outils de travail grâce à latelierpaysan.org)

Certaines de ces pratiques sont ancrées dans un futur technologique qui donne le tournis — par exemple AIRINOV, fabrique des drones qui vont survoler de manière autonome une parcelle précédemment identifiée sur le téléphone, pour cartographier les zones manquant d’azote ou de matière organique. Les résultats sont directement importés dans la console du tracteur, qui permet ensuite un épandage modulé avec une précision à 5 cm. En conséquence, moins de travail pour l’agriculteur, moins de charges (coût des intrants), et moins d’impact environnemental (utilisation des intrants uniquement si nécessaire).

D’autres pratiques cherchent à retrouver un point d’inflexion entre investissement et performance. C’est ce qu’a fait un des agriculteurs que nous avons interviewé, dans son exploitation laitière : en cessant de nourrir ses bêtes avec des cultures fourragères (achetées) et des tourteaux de soja (potentiellement OGM, importés), pour les faire “simplement” pâturer sur l’herbe de ses champs. Ce “simplement” a nécessité trois ans de mise en œuvre : conversion de ses parcelles en herbe (au lieu de maïs et céréales), passage en mono-traite (les vaches mangeant moins, elles fournissent aussi moins de lait), choix d’une race de vache compatible, déplacement des vaches dans d’autres champs et arrêt de la traite en hiver, etc… Finalement, baisse sensible des revenus (moins de production laitière), mais aussi baisse significative des charges (plus besoin du matériel utilisé avant sur les parcelles blé et maïs, ni des intrants, ni du carburant, ni de fourrage), pour au total une augmentation de la rentabilité de l’exploitation. Par ailleurs, grâce à la mono-traite, l’arrêt des cultures, de la traite en hiver, l’agriculteur s’est dégagé un temps significatif. Enfin, il a réduit sa dépendance aux achats extérieurs. L’ensemble de sa production est maintenant en agriculture biologique ce qui est plus facile à gérer quand on ne produit plus de céréales, avec la satisfaction d’être dans un système qui soit en cohérence avec la biologie naturelle de ses animaux.

Une plate-forme ?

Neayi propose une plate-forme pour aider les agriculteurs à échanger sur ces techniques. En pratique, il s’agit d’un forum, sur lequel on pourra poser des questions et en avoir la réponse.

De nombreux agriculteurs utilisent déjà Facebook par exemple pour y poser des questions ou bien des forums tels que celui de Terre-Net. Ces forums sont organisés d’une telle façon qu’une question pertinente peut être rapidement noyée dans un flux de commentaires et d’information. Dans le groupe Facebook traitant d’agriculture de conservation, près de 42 000 personnes interagissent, avec souvent des apports très pointus, agrémentés de photos, de liens, etc. Cependant cette information n’est pas structurée, et il est impossible de réutiliser ce savoir.

Notre plate-forme permet d’optimiser la manière dont les questions reçoivent une réponse, à la fois sur la manière de notifier les bonnes personnes (en se basant sur leur historique de compétence, leurs cultures), mais aussi en ayant une ergonomie qui tende à augmenter la pertinence des réponses. Nous utilisons pour cela des techniques dites de filtrage collaboratif, qui sont celles qui permettent de voir certains produits sur Amazon, en lien avec son profil. Nous utilisons aussi des ergonomies “orientées”, telles que celles qu’on retrouve sur AirBnb, qui organise la saisie des commentaires des locataires de manière à les structurer de façon constructive et ainsi inciter à la confiance.

Tour de plaine

Pourquoi les agriculteurs auraient-ils besoin d’une plate-forme digitale pour avoir des réponses à leurs questions ? Comment faisaient-ils avant ? La réalité est qu’ils constituent une population qui cultive la coopération bien plus qu’on ne le pense. Après tout, les coopératives sont nées et se sont développées dans le monde agricole. Beaucoup de réponses étaient apportées directement dans les champs — que ce soit en famille (les exploitations étant reprises de père en fils), au travers de tours de plaine, ou dans des réunions organisées par les chambres d’agriculture, etc…

Le contexte cependant a changé. La moitié des nouvelles installations sont maintenant le fait de personnes qui ne viennent pas du monde agricole et souvent des projets proposés par des femmes. Beaucoup de techniques sont nouvelles et inconnues du réseau de voisinage, offrant peu de support de la part de la communauté locale. Les pratiques sont aussi, on le répète, de plus en plus techniques et complexes — amenant des questions pointues. Chaque variable peut avoir des conséquences sur la levée des adventices, la venue des ravageurs, le développement de maladies, la résistance à un contexte climatique.

Voici donc en quelques mots ce sur quoi nous travaillons, la prochaine étape étant de mettre en ligne rapidement une première version, afin de commencer à tester avec un petit groupe d’utilisateurs les différents concepts du site : tripleperformance.fr (bientôt en ligne)

Notre projet vous intéresse ? N’hésitez pas à nous rejoindre sur notre page Facebook ou sur LinkedIn !

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