BlendWebMix 2018

Quelques retours et idées autour de certaines conférences auxquelles j’ai assisté cette année

Peerocracry

Aral Balkan propose l’expression de “surveillance capitalism”, régime dans lequel nos données et donc nos identités appartiennent et sont surveillées par les plus grosses corporations. Il en profite pour déconstruire les différentes échelles de propriété des données : corporatisme (les sociétés privées), socialisme (les états), municipalisme (les cités, comme Barcelone pionnière dans cette expérimentation) ; lui propose une vision plus libertaire avec une propriété individuelle et donc décentralisée au maximum : la peerocracy. Les avantages pour les citoyens sont clairs, mais la route est longue… En tout cas, la conférence montre à quel point ce débat récent de propriété des données numériques fait écho à d’autres débats plus vieux et plus large sur la propriété tout court…

Table ronde : entreprise libérée, au delà du bullshit

J’étais notamment venu pour écouter la personne de LinkValue, entreprise que je connais pour avoir poussé assez loin le concept, malheureusement elle n’a fait qu’animer la session et n’a pas pris pars au débat, dommage. J’ai trouvé l’avis de François Geuze intéressant bien qu’étant réfractaire dans son inquiétude de ce que ce nouveau type d’entreprise ne soit qu’une “belle” façon de perdre certains acquis, à l’instar du statut d’auto-entrepreneur qui libère enfin des rigidités du CDI… mais qui ne garanti plus aucune sécurité. Dommage que les participants n’aient pas donné plus de détails d’implémentation concrète de “l’entreprise libérée” (quelques principes de l’holacratie ont été évoqués). L’idée de transparence comme fondation me paraît partagée cela dit ; à se demander s’il ne s’agirait pas d’une mauvaise traduction du mot “open” en Anglais (apparemment non) ?

Dév, ces précurseurs qui s’ignorent

Conférence typique de sujets classés “tech” mais qui devrait selon moi s’adresser aux managers (ou n’importe quel autre nom plus trendy qu’on leur donne ici ou là). On a parlé du rôle des développeurs en dehors de leur strict métier : questionner, proposer, remettre en question des choix, techniques ou non d’ailleurs. Finalement ça pourrait s’appliquer à tout le monde dans une entreprise, et ça rejoindrait l’idée d’entreprise libérée. Bref, ce qui m’a embêté ici, c’était l’impression qu’on pointait du doigt ces exécutants qui ne prenait pas assez l’initiative en allant proposer à leur hiérarchie (“persévérez même si votre manager qui est toujours surbooké vous envoie balader”) ; alors qu’à mon sens il faudrait revoir cet organigramme et, quitte à garder une verticalité, placer les managers “sous” les équipes techniques afin qu’ils créent les espaces et les temps nécessaires, pour que les équipes se sentent à l’aise et soient “force de proposition” ; comportement qui émergerait naturellement si le cadre était propice à mon sens.

L’avenir du numérique à l’ère de l’anthropocène

Conférence qui propose la sobriété technologique comme nouveau fondement du progrès ; soit on le fait de manière intelligente dès aujourd’hui, soit on le fera par contrainte d’ici quelques décennies puisque les matières premières viendront à manquer. C’est toujours intéressant de revenir sur terre (de manière un peu brutale cela dit) puisqu’à force de travailler dans un monde numérique et par définition immatériel à nos yeux, on en oublie qu’il repose sur du concret. À titre d’exemple, d’après les conférenciers, si les prédictions concernant l’internet des objets se réalisent, nous n’aurons de toute façon pas suffisamment de matériel : matières premières, infrastructures, énergie… En somme, c’est “l’avenir du passé”, ou encore “les années 2050 telles qu’on les imaginait en 2000” ; sauf qu’il va falloir changer de cap.

Peut-on offrir une user experience personnalisée tout en protégeant la vie privée des utilisateurs ?

Monsieur Nitot, qu’on ne présente plus, est venu nous parler de l’histoire du web, de l’importance de la vie privée et de son travail chez Qwant. Des banalités qui ont laissé place à un paradigme proposé par (l’un de) leur nouveau projet, Qwant Masq. On pourrait le résumer à une base de donnée côté utilisateur dont le but est de personnaliser, par exemple, les résultats de recherche, sans pour autant perdre la propriété de ces données qui le permettent ; comme c’est le cas d’habitude puisqu’elles sont stockées côté serveur. Je trouve ce concept de “local-first” très intéressant et me demande s’il va faire des emules puisqu’il répond à des problématiques très actuelles. Ah, et “one more thing”, Qwant se lancera prochainement sur le marché de la cartographie avec… Qwant Maps (original non ?). De la même façon, Qwant enverra les mêmes cartes à tout le monde, sans pistage, mais les lieux suggérés pourront l’être en fonction de votre historique personnel, stocké dans votre navigateur. Approche intéressante !

Vanilla JS 2018

Le conférencier nous raconte son essai de créer une webapp (très) moderne en utilisant un maximum de normes récentes mais aucun outil externe (framework, library, npm, webpack… interdit !). Sans partisanisme sur l’utilité des frameworks d’une manière générale, il a réussi à trouver le juste milieu entre récit personnel, théorie et exemples concrets ; assez rare dans les conférences tech ! On en retiendra que l’universalité du web a toujours pour revers de médaille un coût quant à la compatibilité à atteindre ; situation qui devrait toutefois s’arranger une fois IE 11 laissé pour mort, puisque les nouveautés Javascript depuis 2015 seront disponibles partout ailleurs (plus besoin de Babel !). Autre enseignement, c’est un monde de lobbies : le cas des webcomponents, dont le futur reste assez incertain, le prouve ; avec Google qui pousse et Mozilla qui freine, ce dernier allant jusqu’à refuser d’implémenter les imports HTML. Enfin, on se rend à nouveau compte de l’utilité des frameworks qui nous permettent de nous distancer de ces problématiques qui rendraient notre quotidien de développeur invivable ! Un bon rappel.

Jeu vidéo et éducation : sortez vos manettes, on va faire des maths

J’étais assez frustré de ne pas voir présentés les jeux éducatifs créés par cette entreprise jusqu’à ce que quelqu’un le fasse remarquer et à qui on a répondu qu’ils évitaient l’auto-promo : louable, mais je pense qu’on peut montrer du concret sans tomber dans ce travers… Bref, des réflexions intéressantes sur comment apprendre en jouant, et non pas l’inverse : par exemple éviter les simples quiz plantés bêtement sur une histoire “prétexte”. Ou encore favoriser l’appropriation par la création (en partie) du jeu par les enfants eux-mêmes. Pour ma part je me suis demandé quel est fondamentalement l’apport du jeu vidéo par rapport au jeu tout court… Loin d’être un vieux con je me méfie juste de cette impression d’inventer quelque chose, alors que seuls les outils sont nouveaux (ça y est on a überisé l’éducation !). Et d’ailleurs en parlant de vieux con, jusqu’à quel âge peut-on apprendre en jouant ?

Prendre un engagement contractuel tout en étant agile : retour d’expériences

En tant qu’indépendant, la facturation (qui n’est qu’une partie du contrat) agile est quelque chose que j’ai toujours souhaité, mais jamais vraiment réussi à mettre en place : incompréhensions, craintes, manque de confiance… Un tour d’horizon des mises en applications s’est avéré riche en enseignements, avec des noms de contrats particulièrement originaux : “Money for nothing, any change for free”, “Stop ou encore”, … Les différentes implémentations se retrouvent en ligne, mais l’idée générale est de trouver une situation de satisfaction mutuelle, éviter les biais qui font que l’une des parties a intérêt à retarder les développements par exemple ; en somme créer les règles du jeu les plus saines possibles. Plus généralement, on nous conseille de parler de “co-traitance” plutôt que “sous-traitance”, même si je reste sceptique sur un tel niveau de “bienveillance” entre deux entreprises. Enfin, assumer le potentiel surcoût, l’un des principaux obstacles, car l’agilité reste la garantie d’un résultat final plus qualitatif pour le client.

Product manager, un métier d’interfaces

Manager, product manager, product owner… Finalement tout ça se recoupe souvent selon les termes des entreprises, mais l’idée centrale reste celle d’un individu qui fait le pont entre les différentes équipes, et aussi (surtout) avec le client. Ici on le décrit comme un facilitateur, voire un traducteur ; je trouve intéressant le rapprochement qu’on peut faire avec le DDD (Domain Driven Development) qui préconise l’utilisation d’un langage commun (Ubiquitous Language) entre toutes les parties prenantes d’un projet. Comme souvent, les problèmes viennent généralement d’un manque ou d’une mauvaise communication. Enfin, la conférencière insiste sur la nécessité que l’équipe technique soit décisionnaire ; on retrouve là à nouveau les principes de l’holacratie, où ce sont les personnes compétentes qui ont autorité dans leur domaine. Comme quoi, tous ces sujets se recoupent ; c’est ça l’esprit Blend *drop the mic* !