Face aux plateformes, la presse doit s’unir plutôt que se résigner

Depuis plus de quinze ans, le monde de la presse subit une mutation sans précédent. L’arrivée d’Internet a poussé à la transformation de son modèle comme jamais auparavant.

Face à l’émergence de nouveaux médias en ligne (pure players), puis des blogs ou des Youtubers, les journaux traditionnels ont dû apprendre à s’adapter, parfois dans la douleur.

Ils ont surtout dû faire face à une menace qu’ils n’ont pas anticipé : le modèle de la gratuité qui a dominé le secteur des contenus en ligne pendant près de dix ans n’a pas favorisé leur expansion, mais celle d’acteurs tiers auxquels tout le monde a progressivement donné les clés, Facebook et Google en tête.

La presse face au numérique et ses dépendances

La réponse du secteur a souvent été la même, notamment en France : la création de mécanismes visant à taxer ces géants de l’internet pour tenter de redistribuer une partie de la valeur perdue.

C’est la mécanique qui a mené à la création du fonds Google français, devenu depuis le fonds DNI (Digital News Initiative) au niveau européen, ou qui a poussé certains à s’engager en faveur du droit voisin.

Mais l’on oublie ici l’essentiel : avec le numérique, les médias ont surtout perdu leur capacité à prendre leur destin en main, et à maîtriser les outils de la fameuse « chaîne de valeur ». Des revenus issus de la publicité, à la distribution de l’information.

Les plateformes des géants du Net sont désormais d’importants points d’accès pour les lecteurs, le tout géré à coups d’algorithmes nébuleux qui mènent notamment à la propagation de fausses informations.

L’abonnement plutôt que les mauvaises pratiques

Le modèle de la gratuité, qui s’accommode très bien des informations « à clic » a participé à la lente dégradation de la qualité de l’information et de la confiance du lecteur, qui doivent faire face à d’autres pratiques détestables comme la lecture automatique de vidéo, le rafraîchissement automatique des pages, la collecte d’information par de multiples traceurs pour affiner le ciblage sans réel consentement et la multiplication des espaces publicitaires.

Et ce, quitte à complètement détruire le confort de lecture.

Une idée a néanmoins progressivement fait son chemin. Poussée par des acteurs comme Arrêt sur images et Mediapart, qui ont misé sur l’information payante en ligne dès 2008, d’autres ont décidé de se lancer sur ce modèle.

Ces dernières années, nous avons ainsi vu de nombreux médias se créer en misant avant tout sur une information de qualité, avec peu ou pas de publicité, un accès payant et un respect du lecteur comme ciment principal de leurs communautés.

La presse traditionnelle opte aussi de manière croissante pour ce modèle, et les « Paywalls » se font de plus en plus nombreux, sur fond de promesse d’une information plus qualitative, détachée du flux d’actualité. Et déjà, certains s’apprêtent à recommencer les mêmes erreurs.

Les géants du Net veulent leur part du gâteau

Des géants du Net arrivent avec des solutions clé en main, et la promesse de toucher une audience importante et ciblée si les médias acceptent de leur faire confiance.

Mais que se passera-t-il une fois qu’ils seront devenus les kiosques dominants, que les lecteurs auront pris l’habitude de passer par eux, même pour la presse payante ? Les conditions pourront changer, et peut être que seuls les médias qui pourront se payer de la publicité auront accès à un niveau suffisant de visibilité.

En 2012/2013, nous constations qu’il n’existait toujours aucun kiosque pour la presse en ligne. Si des solutions comme ePresse ou LeKiosk existaient, c’était uniquement pour de la presse papier numérisée. Il en a été de même lors de la création de SFR Presse par Altice qui disposait pourtant de nombreux médias en ligne avec une offre payante.

Et au loin, la perspective de voir les GAFAM recommencer leur « cirque » si les médias ne prenaient pas leur destin en main.

La liberté passe aussi par les outils

C’est pour cela que nous avons imaginé « La presse libre » en 2013. Pour la rendre libre de ces géants aux intérêts divers, libre d’être en contact direct avec ses lecteurs, libre de prendre en main son destin avec des outils dont elle a le contrôle et qui sont pensés pour l’intérêt commun.

Financée par Next INpact, cette initiative a été soutenue dès le départ par Arrêt sur Images puis Alternatives économiques. Sont ensuite venu se greffer plusieurs partenaires comme Gamekult, Les Jours ou encore Nolife.

Et depuis, nombreux sont ceux qui nous ont manifesté leur intérêt pour l’initiative, qui va entamer sa phase d’ouverture après avoir été améliorée sur le plan technique.

De quoi nous permettre de constituer une plateforme permettant à des éditeurs de presse de proposer aux lecteurs un abonnement à tarif réduit, de manière simple et commune. Modifier votre abonnement pour y ajouter un média se fait en un clic. L’inverse également.

La presse au plus proche de ses lecteurs

Ici, il n’est pas question d’algorithme qui choisit à votre place ce que vous aimerez lire, de récolte et de partage à des tiers de vos données personnelles. Simplement de financer la presse qui se bat contre les fake news, qui enquête, et qui pense plus au confort de ses lecteurs qu’à la façon dont les envahir de publicité.

Un outil pensé par des éditeurs, pour des éditeurs et leurs lecteurs, pour que le secteur puisse évoluer dans ses pratiques, notamment sur le plan technique, mais tout en évitant d’avoir à dépendre de sociétés qui proposeront de tout faire à sa place, avec un certain niveau d’opacité.

Car nous pensons que les médias ne doivent pas devenir des agences de presse pour les géants du Net, pas plus qu’ils ne doivent perdre le contact direct avec leur lecteur, que ce soit pour leur politique éditoriale, leur distribution ou leur financement.

À l’opacité des grandes plateformes, nous opposons donc notre goût de la transparence et de modèles économiques où les médias gardent à la fois le contrôle et un revenu suffisant pour assurer le financement d’une presse diversifiée de qualité. Avec vous ?