Antoine EVAIN
May 22, 2018 · 6 min read

La numérisation offre de nouvelles opportunités. Mais assurer l’adaptation des collaborateurs aux mutations que traverse le monde professionnel représente un défi de taille.

Le progrès technique représenterait-il une menace pour l’emploi ? C’est l’idée qui resort de l’étude de Frey et Osborne en 2013. L’enquête des deux chercheurs de l’Université d’Oxford interroge sur une potentielle fin du travail : 47% des emplois américains seraient menacés par l’informatisation.

Toutefois, la pensée schumpetérienne et son concept de destruction créatrice apporte une forte nuance à cette idée : il est certain que les derniers progrès technologiques vont détruire des emplois, mais il est tout aussi évident que de nouveaux emplois vont être créés. Face à ces opportunités futures, il est essentiel d’adapter les collaborateurs aux mutations que nous traversons. Les emplois changent, et les compétences avec. La formation professionnelle a donc un rôle crucial à jouer dans le succès des transformations des organisations. Mais est-elle aujourd’hui prête à relever ce défi ?

L’importance de la formation à l’ère des transformations numériques

L’évolution rapide des métiers et des méthodes de travail confère à la formation une place de premier ordre dans la transformation des entreprises. Elle semble être plus que jamais un investissement nécessaire pour assurer l’employabilité et l’adaptabilité permanente des collaborateurs. Les compétences d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui, et celles d’aujourd’hui ne seront pas celles de demain. Les mutations récentes du travail semblent devoir orienter la formation vers 3 grands axes.

Le développement de hard skills : les mutations actuelles demandent un développement important des compétences techniques des collaborateurs. Le digital s’introduit partout, dans tous les secteurs d’activités, il n’est plus seulement l’apanage des profils IT. Il est donc essentiel pour les collaborateurs de s’approprier ces nouveaux outils de travail. Si le numérique reste encore très mystifié, il est nécessaire pour les collaborateurs de se l’approprier. Si tous les collaborateurs ne sont pas appelés à devenir de futurs experts (data analysts ou autres développeurs chevronnés), il faut pour les collaborateurs comprendre et maitriser leur environnement de travail. Voilà le premier rôle que doit tenir la formation : permettre au collaborateur de s’approprier les nouveaux outils numériques, de maitriser son environnement, et d’avancer vers la complémentarité homme/machine.

Le développement de soft skills : la numérisation menace les emplois manuels et répétitifs, mais va valoriser bien d’autres compétences humaines. Les progrès de l’intelligence artificielle et le modèle du deep-learning soulignent les limites des machines intelligentes et les spécificités du cerveau humain. La formation doit donc permettre aux collaborateurs de développer leurs compétences créatives et relationnelles. Nous vivons dans l’ère de l’incertain. On considère que 2/3 des élèves de maternelle exerceront un métier qui n’existe pas encore, il est aujourd’hui impossible de prévoir les futurs besoins en compétences. La formation doit donc apprendre à apprendre. La capacité des collaborateurs à acquérir rapidement de nouvelles compétences, à s’adapter en permanence à un nouvel environnement de travail sera l’un des facteurs clés de succès de l’entreprise de demain. Développer également une culture de l’apprenant, donner au collaborateur le goût de l’apprentissage, et lui permettre de gérer de manière individuelle sa montée en compétences.

S’adapter à de nouvelles méthodes de travail : la numérisation porte avec elle de nouveaux outils collaboratifs. Si les méthodes de travail des collaborateurs étaient calquées sur une organisation hiérarchique et peu flexible il y a encore quelques années, toujours présente dans certaine organisation, il faut adapter les collaborateurs aux nouvelles méthodes de travail. Exploiter de manière optimale la complémentarité homme/machine, utiliser les nouveaux outils pour mieux communiquer, exploiter l’intelligence collective, être plus créatif, s’adapter aux évolutions du travail, au travail nomade, à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise…

Nous vivons une période de mutations sans précédent. La formation a un rôle clé à jouer dans l’adaptation des collaborateurs à toutes les transformations subies par l’entreprise. L’adaptation à ces évolutions ne représente pas qu’un enjeu pour l’entreprise, c’est aussi un défi qui en dépasse le cadre, un défi pour l’emploi national. La formation a-t-elle aujourd’hui les moyens de répondre à ce défi ?

Le constat d’échec de la formation classique

La formation représente aujourd’hui un enjeu crucial dans le succès des transformations digitales, et dans l’adaptabilité des collaborateurs. Pour autant, la formation professionnelle comme elle est pensée aujourd’hui en France présente de nombreuses limites. La formation, qu’elle émane de la volonté de l’employeur (à travers son plan de formation) ou de celle du salarié (à travers son compte personnel de formation) est la chasse gardée de nombreux prestataires dont l’inefficacité est souvent pointée du doigts. Aujourd’hui en France, ce sont 75 000 organismes de formation ( contre 6.000 en Allemagne) qui se partagent un gâteau de 15 milliards d’€. De nombreux rapports administratifs ou parlementaires pointent régulièrement du doigts ces acteurs, onéreux et inefficaces. Le manque de contrôle et la rigidité du système leur permet de proposer des formations souvent non-diplômantes et n’offrant pas les moyens d’une véritable montée en compétences. La réforme voulue par Muriel Pénicaud sur le Compte Personnel de Formation est d’ailleurs le signe des dysfonctionnements du système. Si de plus en plus de grands groupes internalisent la formation, pour de nombreux acteurs à la taille plus modeste, la formation représente un investissement onéreux qui peut sembler bien mal dépensé. D’autant plus que les outils de formation, même à l’ère du numérique, peuvent parfois sembler bien limités. Les formations en présentiel, pour lesquels le collaborateur est mobilisé très ponctuellement, pendant 1 ou plusieurs jours, passif…semble être bien loin de la vitesse d’évolution des métiers et des compétences. Même les formations pensées à travers le numérique, du type e-learning, semble dans leur philosophie encore trop classique. Le défi de la formation n’est donc pas seulement de changer de forme, mais bien d’apporter des contenus qui mobilisent les collaborateurs, qui suscitent leur intérêt et qui permettent une véritable montée en compétences.

Rénovons la formation

Alors que les outils de formation classique montrent leurs limites, il est grand temps de rénover la formation. Le digital offre d’autant plus les moyens de repenser la formation et d’apporter d’autres outils. Fortes de ce constat, quelques start-ups se sont engagées sur ce terrain et proposent désormais de nouveaux outils de formation, flexibles et efficaces, mieux adaptés aux besoins des entreprises et de leurs collaborateurs. Elles offrent dans le même temps une vraie opportunité pour l’entreprise de reprendre en main les outils de sa formation, avec des solutions pouvant toucher efficacement l’ensemble des collaborateurs à moindre coût. Ces strart-ups proposent aujourd’hui des contenus amusants (gamification), disponibles en permanence et partout grâce à des applications mobiles (mobile-learning), et proposant des petits contenus courts, répartis dans le temps (micro-learning). L’idée c’est de permettre au collaborateur de se connecter tous les jours quelques minutes sur son application, de développer ses compétences tout en s’amusant. C’est le pari réalisé par des start-ups comme Beedeez, qui s’est fixée pour objectif de créer des « contenus mobiles intuitifs et divertissants », ou encore Sparted et son slogan « Play hard, learn easy ». Si les outils numériques offrent les moyens de rénover la formation, il est aussi possible de mobiliser intelligemment les atouts de chacun. Le développement du reverse mentoring cherche à faire profiter les collaborateurs les plus jeunes de l’expérience des plus expérimentés, et transmettre à ces derniers l’appétence pour le digital qu’ont les premiers. Dans le même esprit, la start-up OscaRH propose une solution innovante : offrir la possibilité à un collaborateur expérimenté d’un grand groupe de rejoindre quelques mois une jeune start-up. La start-up peut ainsi bénéficier de ses conseils expérimentés, et le collaborateur peut découvrir l’agilité et les méthodes de travail de la start-up, dans un échange gagnant-gagnant.
Il y a aujourd’hui une véritable émulation autour de la formation, et de nouveaux outils apparaissent, rompant avec la formation classique. Il est pour l’entreprise important d’investir dans le champ de la formation et d’expérimenter de nouveaux outils. La formation a aujourd’hui les moyens de se réinventer, et de répondre totalement au défi de la numérisation.

La numérisation offre de nouvelles opportunités. Assurer l’adaptation des collaborateurs aux mutations que traversent le monde professionnel représente un défi de taille. Si la formation a un rôle clé à jouer dans le succès des transformations, force est de constater que le système classique de formation professionnelle montre de très nombreuses limites. Véritable levier stratégique pour les ressources humaines, l’ère du digital offre avec elle de nouveaux outils permettant de réinventer une formation plus adaptée et plus efficace. Il faut pour l’entreprise et ses collaborateurs prendre en main ces nouveaux outils et répondre ainsi pleinement au défi de la transformation numérique.

Nouvelles Intelligences à l’ère numérique

Master OMRH - Ecole du Management et de l'Innovation, Sciences Po

Antoine EVAIN

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Nouvelles Intelligences à l’ère numérique

Master OMRH - Ecole du Management et de l'Innovation, Sciences Po

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