Télétravailleuse à temps plein pendant 5 mois : mon bilan

En décembre 2016, la startup dans laquelle je travaillais s’est restructurée. Nous avons abandonné nos bureaux, déjà trop peu utilisés, et sommes tous devenus des « télétravailleurs”, des travailleurs “à distance”. Bien que l’appartement du fondateur ait été ouvert à quiconque aurait eu besoin d’un espace de travail et d’interaction avec l’équipe, j’ai naturellement opté pour du 100% télétravail depuis chez moi.

J’étais très enthousiasmée par cette nouvelle situation. Et pour cause, à mon entrée dans la boîte 7 mois auparavant, je devais venir au bureau tous les jours, avant 9h30, et chaque moment non travaillé était considéré comme un coût par mon manager, qui me partageait ce genre de réflexion. Au bout d’à peine 2 mois, j’ai réalisé que ce genre de contraintes (lieu unique, horaires imposés, manager-contrôleur) ne me convenait pas et me suis intéressée à tout ce qui pouvait me permettre de m’en émanciper.

Parmi les solutions : le télétravail. Le travail à distance représentait pour moi la possibilité d’organiser mes horaires et mon travail comme je l’entendais, sans quelqu’un pour regarder par-dessus mon écran; de m’éloigner des formes de pression que je pouvais sentir dans l’espace de travail commun; de me sentir plus libre, tout simplement.

Passer à 100% de télétravail a donc été comme atteindre le Saint Graal en un temps record. Après 5 mois à vivre selon ce mode de vie, voici un bilan du bon et du moins bon que j’ai vécu en tant que télétravailleuse.

Le télétravail a été une libération

J’ai vécu ce passage au télétravail comme une libération à plusieurs points de vue.

Management : du management de contrôle à une autonomie complète

Ca a été un peu de la triche de ce côté-là, car ce qui a fait que je suis passée à une autonomie complète, c’est surtout que mon manager est parti de l’entreprise pendant la restructuration, et que j’ai donc été émancipée d’un manager direct.

Mais j’avais déjà obtenu quelques jours de télétravail quand il était là. Ca avait alors été le moyen d’échapper au stress et à la pression qu’il me transmettait les jours de lancement d’une nouvelle version du site web. C’était aussi le moyen de ne plus avoir ses yeux qui peuvent voir mon écran sans difficulté, voire qui le regardent délibérément.

Horaires : d’un rythme imposé à un rythme naturel

Ce que je convoitais par-dessus tout, c’était de pouvoir vivre selon mon propre rythme. Avec le télétravail, j’ai pu:

  • Arrêter de mettre un réveil
  • Manger quand j’avais faim
  • Me lever plus tard si je m’étais couchée plus tard la veille
  • Obtenir des rendez-vous chez le médecin plus rapidement grâce à de nombreux créneaux disponibles en journée
  • Faire mes courses à des heures où il y a moins de monde
  • Faire une sieste si besoin
  • Faire une pause en rangeant et nettoyant mon appartement, en faisant de la musique, ou en lisant, sans peur que l’on juge ma pause trop longue ou mon activité inappropriée

Lieu : des possibilités que l’on n’a pas toujours avec un bureau d’entreprise

En faisant la liste des points positifs, j’ai été surprise de voir que le lieu revenait souvent. Travailler chez moi m’a ouvert des possibilités que je n’avais pas dans notre bureau d’entreprise.

Ainsi, en travaillant depuis chez moi, j’ai pu :

  • Varier les postures de travail :

Assise au bureau : il peut être utilisé en petit format ou déplié pour plus d’espace, ce que j’aime faire quand je dois sortir feuilles et stylos pour réfléchir. Ca me permet de les étaler et d’avoir une vue d’ensemble.

Jambes allongées sur le canapé : c’est un petit plaisir que je me fais presque chaque jour. J’adore la sensation moelleuse du canapé, ça me relaxe, je me fais plaisir tout en travaillant.

Debout au comptoir de ma cuisine : certains espaces de travail commencent à proposer des bureaux pour travailler debout. Au-delà du bienfait pour le corps, parfois, j’en ai juste marre d’être assise ou allongée, j’ai envie d’une position plus dynamique, surtout quand je dois faire de la conception (de fonctionnalités et parcours utilisateurs).

Changer de posture, c’est aussi l’occasion de marquer la coupure entre deux tâches. En principe, entre deux tâches, je change de position et de playlist musicale. Le changement me permet de reprendre le processus de concentration de zéro. Je me trouve plus créative et plus productive.

  • Economiser le désagrément du transport en commun (métro parisien bondé pour moi) matin et soir
  • Ne plus avoir peur d’arriver en retard
  • Gagner du temps de travail ou de détente en économisant 1h de transport
  • Pouvoir m’allonger sur le canapé en cas de mal au ventre et réussir à travailler quand même
  • Pouvoir me concentrer plus facilement grâce à l’absence de distractions comme des discussions entre collègues dans le bureau
  • Disposer d’une lumière plus naturelle : dans nos bureaux, la luminosité manquait, et nous étions souvent obligés d’allumer la lumière néon, qui est moins agréable
  • Pouvoir parler en toute discrétion lors de mes appels, ce que les bureaux que nous avions ne permettaient pas (la salle pour passer les appels était mal insonorisée)
  • Bénéficier d’un meilleur Wi-Fi (celui du bureau tombait régulièrement en panne, ce qui est très embêtant pour quelqu’un dont le travail nécessite un accès à Internet 90% du temps)

La preuve de cette libération que j’ai vécue, c’est que je n’ai plus cette sensation de scission entre la semaine et le weekend. Je n’attends pas le week-end avec impatience. Je suis aussi contente d’être un jour de semaine qu’un jour de week-end, car même en semaine, je prends du temps pour moi. Chaque jour, je mêle davantage de vie personnelle à ma vie professionnelle, et cela me permet de mieux vivre chaque jour qui passe.

Les effets néfastes et inattendus du télétravail

Malgré tous ces points positifs engendrés par le travail à domicile, je n’ai pas si bien vécu ces 5 mois. Je dirais même que les aspects négatifs ont pris le pas sur les aspects positifs.

Un manque crucial d’interaction sociale

Ne plus aller au bureau signifie ne plus se retrouver dans un contexte social chaque jour. Or, l’être humain est un être social. Et JE suis un être particulièrement sociable qui puise beaucoup d’énergie dans le contact avec les autres. Je m’en suis rendue compte à mes dépends en voyant mon moral chuter (même si ce n’était pas l’unique raison).

Un jour normal de télétravail, je vois ma colocataire le matin et le soir, je parle à une ou deux personnes de mon équipe par Slack et/ou par Skype audio, et je croise des personnes à qui je dis juste « bonjour/merci » en allant faire une course. C’est peu comparé à la quinzaine de personnes avec qui je mangeais le midi tous les jours (ceux de l’espace de coworking), et mon manager de l’époque que je voyais tous les jours.

Ce qui devient le plus compliqué dans le travail à domicile, c’est de maintenir des discussions informelles avec ses collègues, surtout en période de rush, où tout le monde est sous l’eau et la tête dans le guidon.

De plus, même si travailler à domicile m’a permis d’échapper à la pression transmise par mon manager quand nous étions dans le même bureau, je n’ai pas échappé au stress et à la pression ressentie de la part de mes autres collègues que j’avais en Skype audio. Télétravail ou pas, la pression peut donc être présente.

Mon attention s’est centrée sur mes problèmes

Au fil du temps, je me suis trouvée de plus en plus centrée sur moi et mes problèmes. Je me suis mise à avoir plus de pensées négatives que positives, à être démotivée, à ne pas réussir à me satisfaire de ce que j’avais, etc.

J’ai l’intuition qu’au contact des autres, l’attention se porte ailleurs que sur ses propres problèmes, et que l’on s’en porte mieux.

Blurring : une difficulté à profiter de mes moments de détente

Ma vie professionnelle et ma vie personnelle sont devenues bien plus entremêlées (ce qu’on appelle le “blurring”, soit l’instauration d’une frontière floue entre les deux). Et notamment, mon appartement est devenu le lieu central de ces deux vies-là. J’ai commencé à me lasser d’être dans mon appartement, à ne plus être contente d’être chez moi, à avoir du mal à me détendre.


Finalement, au bout de 5 mois, je commence à ressentir l’envie d’avoir des bureaux à nouveaux. De vrais bureaux, pas l’appartement du fondateur. Pour pouvoir changer d’air, voir d’autres personnes, avoir des discussions informelles.

Comme tout, je pense que le télétravail doit se faire avec modération. Travailler chez soi, oui, mais il ne faut pas oublier de trouver des solutions pour avoir de vraies et nombreuses interactions sociales.

Ca me fait penser à une vidéo de Tim Ferriss que j’ai regardée l’autre jour, dans laquelle il dit “J’ai besoin d’être entouré de personnes quand je travaille. Mon équipe peut être “remote”, mais il faut qu’il y ait des gens autour de moi quand je travaille.”

Je pense aussi que le télétravail ne convient pas à tout le monde. En effet, on se retrouve seul face à soi-même. Il faut donc réussir à trouver une motivation intrinsèque, à ne pas se laisser aller à la procrastination. Cela demande beaucoup d’auto-discipline et de connaissance de soi pour réussir à travailler dans ce contexte.


J’ai choisi de faire un bilan aujourd’hui car je quitte la start-up dans laquelle je travaillais, et donc ce mode de vie. Je vais maintenant m’investir à 100% sur mon blog et ma startup Pack Your Skills. Mon nouveau mode de vie va donc sûrement être davantage celui d’une nomade digitale, tantôt seule, tantôt à deux (avec Maxime, co-fondateur de Pack Your Skills).

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C’est mon premier article Medium, donc je suis preneuse de tout feedback en commentaire :)

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