Travailler autrement

Ou comment faire le switch pro en 3 étapes

Vous sentez que vous avez mieux à faire, ailleurs et/ou autrement ? Il est temps de passer à l’acte !

Relocaliser sa famille est parfois trés tentant, et si cela n’est pas toujours simple, il est possible de le faire en quelques mois. Une fois débarqué, les mêmes questions reviennent (souvent dans la bouche des autres) : “vous êtes mutés” (quel horrible mot au passage), “vous avez un travail là-bas ?”. En un mot : non ! Pas de travail, pas de “situation”. C’est l’autre dimension du switch : travailler autrement.


Travailler pour vivre, ou l’inverse ?

En quittant la précédente startup où je travaillais, j’avais envie d’autre chose : de ne plus travailler 8h devant un ordinateur, d’enchaîner les réunions, de m’épargner les prises de tête, les prises de becs, de sortir de la contradiction dans laquelle sont la plupart d’entre nous : confortables mais tristes dans leurs boulots. Présents mais absents.

Chez Sport Heroes, mon job était de permettre aux gens de faire plus de sport au bureau, et à travers cela de les rendre plus heureux. J’aimais ça, cela résonnait bien avec ma philosophie de vie, et mes propres intérêts (le running, une autre approche du travail, déjà). Mais il me fallait aller plus loin, et faire en sorte que mon job résonne plus largement encore avec les intérêts de ma famille et ceux de la société.

Mon objectif : démontrer à mes enfants chaque jour qu’il est possible de vivre pour travailler, et non simplement de travailler pour vivre. C’est pour moi fondamental. On réalise en devenant parents que même absent on demeure un modèle. “Pourquoi tu pars” avez-vous sans doute déjà entendu un matin dans la bouche de vos enfants, sans pouvoir formuler de réponse vraiment acceptable ? On se dit tous qu’un jour on y répondra, de la façon la plus simple et donc honnête possible. C’est en formulant cette réponse que commence le vrai travail, et le grand reset.

J’ai pris quelques mois pour réfléchir à cela, et mis en place quelques actions que je voudrais partager avec vous.

Le dilemme

Au départ, on quitte son bureau, un job, des gens, une routine. Tout d’un coup, le champ des possibles s’ouvre, béant. Rien de plus grisant et peut-être effrayant pour certains que de se retrouver seul face à ses questions. Et pourtant quel luxe ! Dans ce cas de figure, on peut réagir de deux façon différentes :

  • Première option : on se jette sur d’autres opportunités pour mieux fuir l’angoisse. Récemment une amie me confiait avoir fui New-York et un job de rêve, qui la consummait depuis 2 ans. Elle avait frisé le burn-out et sentait que sa vie progressivement lui échappait. 1 mois plus tard, elle considérait toutes les propositions qu’elle recevait et était sur le point de s’engager sur des jobs équivalents à celui qu’elle venait de quitter. La peur de se retrouver face à soi… mène à l’oubli de soi.
Bon ok, en vrai mon amie ne tape jamais les yeux fermés
  • Deuxième option, celle pour laquelle j’optais : se donner du temps pour se poser les bonnes questions et essayer d’y répondre. Même si c’est inconfortable, qu’on ne sait plus comment faire. D’ailleurs se retrouver face à soi-même, est-ce faire ou ne rien faire ? Chercher d’emblée à produire une réflexion, ou ruminer patiemment ses idées, en leur laissant le temps d’affleurer et de se structurer ? Dans ces cas là, se fier à son instinct ou ses envies est souvent ce qu’il y a de mieux à faire. Entre la démarche empirique et l’approche rationnelle, il faut trouver le bon équilibre.

1-Lister les sujets qui comptent — Le début du switch

Tranquille à ma terrasse de café, je listais les sujets qui comptaient pour moi. Assez simple : ce sont les sujets auxquels je pensais le plus, sur lesquels je cherchais à apprendre et comprendre constamment. Des sujets qui — plus compliqué — permettaient d’aligner mes intérêts et ceux de ma famille. Des sujets porteurs enfin en terme de marché, sur lesquels il y avait matière à innover, disrupter et faire du business.

Je pense que cette étape est la plus rapide : car chacun peut rapidement identifier les sujets sur la base de ces quelques critères. Il est souvent admis également que les meilleures idées viennent de nos usages propres (Paul Graham parle d’”organic startup ideas”). Mais alors se pose la question du choix : quel sujet prendre et comment l’adresser ? Pour choisir, il faut creuser. Dans mon cas, j’en listais deux : l’alimentation (au travers du prisme bien-être, les compléments, les superaliments, etc.) et l’éducation. Ces sujets reviennent souvent dans les conversations entre jeunes parents, ils touchent à l’individu, la famille et la société dans son ensemble.

Paul Graham, c’est lui >

2-L’examen théorique

Une fois ces sujets identifiés, vient le moment de faire des recherches, pour faire une sorte d’Etat de l’art, identifier les tendances, débusquer les opportunités. Cela permet d’avoir un regard sur chaque marché, de vivre et de penser constamment à ce qui nous intéresse réellement. L’avantage : on se laisse du temps pour être honnête avec soi-même et voir si — à force d’y revenir — ce qui n’était qu’un intérêt devient une conviction. L’inconvénient : la démarche reste trop théorique. On se fait plaisir certes, on tâtonne et on affine, sans pour autant déboucher sur quelque chose qui nous permette de trancher.

Dans mon cas, les recherches en matière de pro-biotiques me paraissaient particulièrement intéressantes. Il suffit d’entrer dans une pharmacie pour constater qu’en l’espace d’un an à peine, des rayons entiers sont apparus, sans parler de la presse qui ne cesse de célébrer les vertus du ventres…bref. Pour autant la suite devait-elle être d’identifier quelques cocktails de bactéries et de me lancer dans la production et la distribution de produits ? Une autre option consistait à opter pour le service : la recommandation au grand public du bon pro biotique selon ses besoins, de façon automatique. Bref j’identifiais des pistes, mais il fallait aller plus loin, et mettre les mains dans le cambouis.

Fun, les probiotiques ?!

3-Le passage à l’acte et l’heure de vérité

J’imaginais pouvoir automatiquement recommander les bons probiotiques aux personnes selon leurs besoins via un chatbot. La prochaine étape était donc de créer un petit prototype. Dans le même temps, je creusais la piste dans le secteur de l’éducation, en travaillant avec la fondatrice d’un Atelier Montessori. L’objectif : l’aider à étendre son marché en identifiant à la fois de nouveaux segments, mais aussi les besoins concrets de parents. Nous réalisions un sondage, et montions dans la foulée un groupe Facebook pour animer une petite communauté. Une sorte de laboratoire pour nous.

Le passage à l’acte permet de voir si — au-delà de l’affinité pour un sujet — on se sent de poursuivre concrètement, selon les media (chatbot, plateformes communautaires, application), les business models, et bien sûr quand c’est possible les potentiels partenaires. Dans le même temps les idées décantent, et peu à peu les choix deviennent évidents, sans même qu’on cherche à les prendre. C’est finalement le plus important, et ce qui me permit de voir qu’entre l’alimentation et l’éducation, je voyais d’un côté un bon business (et le mirage d’un 4 hour work week !) et de l’autre un sujet passionnant doublé d’un marché prometteur, sur lequel j’étais prêt à m’investir entièrement.

Il me fallu 4 mois pour me jeter à l’eau, lister les sujets, les creuser, en parler bien sûr un maximum aux amis pour tester les idées, et passer à l’acte pour finalement faire mon choix. Aujourd’hui, je m’associe avec Emmanuelle Opezzo pour développer une gamme de services aux enfants et aux familles. Je suis trés enthousiaste à l’idée de vous en dire plus. Sur le pourquoi et le comment. Nous avons la vision et la passion. Le reste suivra sans problème.

Si vous vous ennuyez dans votre boulot et songez parfois à la possibilité d’une autre vie, rien de plus simple. En 4 mois et 3 étapes, vous changerez de perspective.

Le shift, un savant mélange de réflexion et d’action

PS : il ne vous aura pas échappé que j’ai fait l’impasse sur le fameux bilan de compétence. L’enjeu quand on crée une entreprise est de capitaliser sur ses points forts et d’étendre sa zone de confort, en apprenant sans cesse davantage à mesure que la société grandit. Je suis convaincu qu’un entrepreneur est un potentiel qui se réalise en faisant. L’apprentissage procède de l’envie, qui reste le seul et unique moteur. Et puis comme le dit Victor Hugo, celui qui veut peut !