Une évidence que nous avons tendance à oublier sur l’éducation

Cela fait plus de 5 ans maintenant que j’ai donné ma première formation.

Au départ, je formais les clients de mon agence web, pour leur apprendre à utiliser les outils qu’on leur avait mis en place et les sensibiliser aux rudiments de webmarketing. L’essentiel pour produire du contenu et le rendre visible sur le web, via le référencement naturel notamment. Une formation courte — un jour ou deux selon les clients — mais qui leur permettait d’être autonomes dans la gestion de leur business en ligne.

Donner ces formations, c’était le bagne ou l’éclate, selon l’appétence du formateur. Bon nombre de développeurs web font partie de la première catégorie ; c’est avec une joie non dissimulée que j’ai pu me rendre compte que je faisais partie de la deuxième. J’ai fini par prendre la décision de consacrer davantage de mon temps à mon activité de formation.

C’est à ce moment que j’ai pu vraiment m’épanouir, à préparer des cours structurés, intéressants et surtout amusants, toujours dans le but de motiver l’apprenant. Non plus sur un jour ou deux, mais sur une semaine, un mois, même plusieurs mois.

J’ai enseigné auprès d’écoles de développement web, mais aussi auprès de grands centres de formations publics comme la Chambre des Métiers. Au contact de collègues formateurs, responsables de formations et directeurs pédagogiques, j’ai beaucoup appris. J’ai aussi pu expérimenter moi-même bon nombre de méthodes pédagogiques.

Finalement, j’ai surtout pu m’apercevoir à quel point le système actuel ne fonctionne pas. L’Éducation Nationale en premier lieu, mais aussi la formation professionnelle. Actuellement, la plupart des formations sont à côté de la plaque, dans leur programme comme dans leur pédagogie. Tout simplement parce qu’on peut vite oublier l’évidence.

Apprendre, c’est vivre une expérience.

De nombreuses recherches scientifiques ont été conduites sur notre capacité à apprendre, avec des conclusions souvent très intéressantes. A travers toutes mes aventures, je n’ai jamais pris le temps de disséquer le cerveau d’un de mes élèves ! Mais j’ai pu tout de même entrevoir cette vérité fondamentale sur l’apprentissage : se confronter à une expérience réelle est toujours le meilleur moyen de progresser.


Une expérience, c’est-à-dire ?

L’école traditionnelle semble penser qu’il suffit d’ingurgiter des informations provenant d’un bouquin pour éduquer un élève. Ceux qui mettent en place ce genre d’inepties ont-ils un jour été élève plus jeune ? C’est à se demander. Alors que chaque enfant déborde de curiosité, le système actuel sape l’envie à la plupart d’entre nous, et très peu d’adultes aiment encore apprendre ou travailler. La société associe cela à un effort, à quelque chose de désagréable mais d’obligatoire. Un passage obligé douloureux, mais “pour notre bien”.

Pourtant, il n’a pas à en être ainsi. En fait, c’est l’inverse qui se produit : plus un comportement nouveau est simple et agréable, plus un élève aura envie de l’apprivoiser et le maîtriser.

Il ne faut pas perdre de vue cette interrogation : pourquoi apprend-on ? Nous apprenons pour avoir une vie simple et agréable, pour être capable et indépendant, pour être libre.

Tout petit, on apprend à marcher, à manger, puis à parler, à bouger, à se comporter en société, à trouver un travail… On ne souffre pas lorsque l’on apprend à parler, ça se fait naturellement. On fait l’expérience de voir sa famille parler, et on apprend par mimétisme. Ensuite, on raffinera notre maîtrise du langage quand on apprendra à lire et écrire. Une expérience pratique et complète, simple et agréable pour la plupart des enfants ; pourquoi complique-t-on les choses par la suite ?


Une expérience pratique

Une erreur très répandue dans la plupart des écoles et formations : une trop grande part de l’apprentissage est dédiée à la théorie.

La théorie, c’est un peu l’inverse de l’expérience. Au lieu de s’amuser avec des concepts réels, on s’ennuie avec des concepts abstraits. Bien sûr, une expérience pratique ne sera pas aussi exhaustive que de la théorie, mais un débutant n’a pas besoin de maîtriser les tenants et les aboutissants d’un domaine pour commencer. Les notions théoriques qui permettent de se lancer sont souvent bien plus minces qu’on ne l’imagine.

Les exemples dans le monde réel ne manquent pas :

  • Comment apprendre une langue ?
    Le meilleur moyen, c’est très certainement d’aller vivre plusieurs mois dans le pays en question. De passer des vacances, à faire la fête, à jouer au beach-volley… Tout un tas d’activités bien plus plaisantes qu’un cours de langue, mais pourtant rudement efficace. L’apprenant est plongé en permanence dans un “cocon pédagogique”, et apprend donc le langage parlé, avec des expressions concrètes, dans un contexte réel et sans efforts.
  • Comment apprendre à conduire ?
    En passant son code de la route ? Bien sûr que non. On apprend en se mettant à la place du conducteur lors des cours de conduite. Et sans surprise, le taux de réussite à l’examen du permis est plus élevé chez ceux qui ont suivi la conduite accompagnée. Ils prennent souvent moins de leçons à l’auto-école, mais ont davantage d’expérience pratique.
  • Comment apprendre les règles d’un jeu ?
    Je suis fan de jeux de société. Lors des vacances en famille, c’est donc souvent le moment d’en faire apprendre de nouveaux. La tendance naturelle d’un joueur averti sera de s’étendre longuement sur les subtilités du jeu, pendant que l’apprenant apeuré se demande s’il aurait pas dû faire une sieste plutôt que de se lancer dans cette galère. Finalement, le plus simple et le plus agréable reste toujours de commencer une partie, et d’expliquer petit à petit.
“— Là, au lieu de poser une carte, tu peux construire ta merveille, et ça t’apporte des ressources supplémentaires. Mais comme t’as un Comptoir Est, et que ton voisin de droite à toutes les ressources simples, t’as pas forcément besoin.
 — Mais, c’est quoi une merveille ?”

Une expérience complète

Vivre une expérience pratique ne nous dispense pas d’une certaine rigueur pédagogique. Pour que l’apprentissage soit efficace, on ne peut pas radicalement faire l’impasse sur des notions théoriques, des notions de sécurité par exemple. Des notions qu’on risque de ne pas rencontrer au cours d’une seule expérience pratique, mais qui sont pourtant cruciales. Il y a toujours des règles — et plus encore des exceptions à la règle — qui nous échappent.

Pour qu’une éducation soit menée à bien, il faut donc trouver le moyen de compléter la pratique par une source de référence. Une fois qu’on a appris à parler, on peut aller feuilleter un dictionnaire ou un Bescherelle pour s’améliorer. En développement web, une fois que l’on a découvert une nouvelle instruction, on peut aller lire la documentation officielle pour en savoir plus.

Pas très fun tout ça, il faut l’avouer. Si dicos ou docs ne font en général pas chavirer les cœurs, ce n’est pas seulement parce qu’ils regorgent de théorie, mais surtout parce qu’ils contiennent trop d’informations. C’est ennuyeux, car on doit rechercher un renseignement précis à travers tout un tas de données inutiles dans notre cas.

“L’éducation ne consiste pas à gaver, mais à donner faim.”
 — Michel Tardy, sociologue.

C’est là qu’entre en scène le professeur, le formateur, le parent ; peu importe comme on appelle celui qui possède le savoir. En accompagnant l’apprenant, il va pouvoir de lui-même sélectionner les informations supplémentaires intéressantes. La dimension humaine permet de faire le tri par rapport à un ouvrage exhaustif. Plus important encore, il saura réorienter l’apprenant, qui bien souvent, ne recherche même pas dans la bonne direction.

Ce n’est plus l’apprenant qui recherche une info, mais l’info qui vient à lui au moment où il en a besoin. Il en résulte un apprentissage beaucoup plus fluide, et par conséquent plus agréable. L’élève passe donc plus de temps à appréhender les concepts, les manipuler et les mémoriser. Bien entendu, l’élève doit aussi pouvoir être autonome. Mais il aura tout le temps de le devenir lorsqu’il ne sera plus débutant, lorsque la curiosité aura remplacé l’incompréhension.

Un tuteur compétent saura également user de psychologie et d’empathie pour comprendre et motiver ses troupes, en adaptant son discours et sa pédagogie à chaque élève. En créant ainsi une expérience d’apprentissage personnalisée, il pourra tirer parti des caractères de chacun pour les faire progresser davantage. Plus qu’un simple messager du savoir, il transmet sa passion, et crée de l’envie.

Pour reprendre notre exemple du jeu de société. Il est extrêmement plus difficile d’apprendre en lisant les règles, plutôt que d’apprendre avec un joueur qui les connaît. Et bien moins amusant également !

En France, certaines initiatives alternatives misent d’ores et déjà sur l’expérience, comme la célèbre pédagogie Montessori, l’Éducation nouvelle ou encore la plus récente École Dynamique, ma préférée !

La Sudbury School, le Saint-Graal des écoles alternatives.

Et dans le monde du développement alors ?

Assurément un domaine où il peut y avoir de nombreuses expérimentations. Le numérique et en particulier Internet ouvre de multiples possibilités, et ça tombe bien, c’est le média sur lequel doit évoluer un développeur. Pourtant, la formule magique n’a pas encore été trouvée.

  • Il existe bon nombre d’écoles physiques, avec une salle de classe et un professeur. C’est plus ou moins décontracté selon les formations, en général centré sur la pratique, mais rien de très nouveau sur le plan pédagogique. On peut tout de même citer WildCodeSchool, qui essaye de faire bouger les lignes.
  • Il y également des formations en ligne, les MOOCs, qui apportent le confort de l’apprentissage à distance, comme OpenClassrooms. La formation n’est plus présentielle, on peut apprendre où on veut, quand on veut. Le problème, c’est que “quand on veut” est souvent synonyme de calendes grecques. Certes centrée sur la pratique, le cursus manque cruellement d’accompagnement, rendant l’expérience incomplète. Qui dit expérience incomplète, dit forcément taux d’abandon très élevé. Dur de se motiver tout seul.
  • Une autre expérimentation à noter : l’école 42. Une école physique… sans professeur ! Les élèves ont accès à des exercices, comme sur la plupart des MOOC, avec en plus l’entraide et l’émulation entre élèves. L’idée est originale, mais force est de constater que ça ne marche pas tellement.
    Le rythme est très soutenu, les élèves dorment sur place, ou ne dorment pas. Le mythe du développeur qui fait des nuits blanches et se nourrit de pizzas… Un rythme de vie malsain et donc une expérience dégradée qui n’est pas propice à l’apprentissage, quoi qu’on en dise. Résultat, beaucoup échouent, seuls les plus téméraires résistent. La gratuité de l’école et le prestige de son fondateur attire assez de monde pour se permettre un tel écrémage élitiste.

Clairement, le monde de l’éducation et de la formation professionnelle, c’est une vieille machine qui peine à évoluer et qui se remet très peu en question. Mais c’est justement pour cette raison que ça vaut le coup d’innover ! En particulier concernant le métier de développeur web, en pénurie de candidats face à une offre d’emplois toujours croissante.


Ma réponse : l’école O’clock

Critiquer, c’est une chose, proposer, c’en est une autre. C’est pourquoi, j’ai passé les derniers mois à compiler tous les ingrédients qu’il faut selon moi pour créer une formation capable de produire une expérience pratique et complète, agréable et professionnalisante. Entouré de trois acolytes qui connaissent le web et le monde de la formation, nous apportons une réponse : O’clock.

O’clock, c’est une formation à distance via des cours en direct avec des formateurs expérimentés. Le confort d’une formation à distance, l’accompagnement d’une formation présentielle. Pendant 5 mois, nos étudiants sont plongés dans une aventure où ils progressent ensemble. Chaque journée est rythmée de cours en direct, puis de challenges à relever et de projets à mener à bien.

L’objectif est clair, nous avons voulu créer l’école dont nous aurions rêvé si nous voulions devenir développeur web aujourd’hui. Une formule qui mêle motivation, liberté et confort. On ne va pas à l’école, on y est déjà.

Alea jecta est.


Maxime Vasse est entrepreneur dans le web depuis 2009. Développeur front-end, il est co-fondateur de O’clock, une école de développement web nouvelle génération qui forme ses étudiants depuis chez eux, en direct avec des formateurs expérimentés.

Twitter : https://twitter.com/webdif
LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/maximevasse