Être mentor, passeur vers l’avenir

Qui sont les mentors On Purpose ? Quelle est la différence entre leur rôle et celui des coaches ? Quel est leur impact ? Autant de questions auxquelles répond Bernard Ribes, mentor On Purpose depuis Avril 2017. Un portrait personnel et une expérience spécifique mais qui prennent aussi leur sens dans une réflexion plus large sur la transmission des connaissances et l’accompagnement des pairs.

Bernard Ribes

On dit de moi que je suis « un couteau suisse »…

Je suis à la base un ingénieur. J’ai 61 ans. Plus de trois décennies dans le service informatique comme consultant m’ont permis de rencontrer une grande diversité d’acteurs de l’économie de marché que ce soit dans le public ou le privé. Ceci a contribué à la richesse de mon expérience sur le plan relationnel ou purement professionnel.

Dès les années 90, je me suis senti tout naturellement appelé par la formation de mes jeunes collègues. J’ai trouvé et je trouve toujours beaucoup de satisfaction personnelle et de plaisir à transmettre mes connaissances.

En 2010, je décide de me former au coaching. C’est pour moi une période de développement et d’ouverture durant laquelle j’apprends beaucoup sur moi-même et sur les autres. C’est sans nul doute un moment clé de mon histoire. En 2011, je suis certifié coach par mon centre de formation. J’assure ensuite des sessions de coaching pour des associations en bénévolat.

Parallèlement, je suis investi comme administrateur de la MJC de mon village. Pendant plusieurs années, je me frotte au monde associatif, je participe, j’organise, je discute,… Puis je deviens vice-président et enfin président de cette association. Cette structure tourne avec une trentaine de salariés permanents et intermittents. Une petite entreprise… Je découvre ce que sont les responsabilités attachées au rôle de président d’une telle organisation mais aussi l’engagement que cela implique.

Et puis en 2015, je décide de ne pas renouveler mon mandat et de passer à autre chose.

Cette autre chose vient complètement par hasard.

2017 : Le hasard me fait découvrir On Purpose, une communauté alignée avec mes valeurs et mes compétences

Alors que je surfe sur internet, au détour d’une page web, je tombe « nez à nez » avec On Purpose.

Et là je suis tout de suite emballé !

Une communauté qui accompagne des jeunes pour donner du sens à leur vie professionnelle, une proposition de transition vers les entreprises sociales, pour qu’ils en deviennent les futurs managers, un accompagnement par la formation, le coaching et le mentorat,… Tout est aligné avec mes valeurs, mon expérience et mes compétences. Tout cela a du sens pour moi.

Et puis, je suis animé par la conviction que l’ESS est la voie vers un monde nouveau construit par de nouveaux leaders porteurs d’humanité, de solidarité et d’équité. J’ai vraiment envie d’être acteur de cette transformation qui pour moi est absolument essentielle si nous voulons construire ce nouveau monde.

Je contacte Ann Walker, co-fondatrice On Purpose France et je la rencontre à Paris en septembre 2017.

Je débute l’accompagnement de Camille qui est en mission chez VoisinMalin

Suite à cet entretien, Ann me propose de devenir le mentor de Camille qui débute une mission de 6 mois chez VoisinMalin.

En deux mots, cette association a pour objectif de faire émerger un réseau d’habitants charismatiques pour recréer une dynamique dans les quartiers populaires. Ces Voisins Malins vont au contact de l’ensemble des habitants de leur quartier, essentiellement en porte-à-porte. Ils les écoutent, passent des informations utiles et leur donnent des clés pour comprendre les changements à l’œuvre dans leur vie quotidienne. Ainsi les habitants sortent du repli sur soi et deviennent plus acteurs de leur situation et de leur ville.

Mentor, ok ! Mais avec quelle posture ?

Me voici donc « mentor débutant» chez On Purpose. J’ai quelques interrogations sur mon rôle et la mission qui m’est confiée. Mais qu’est-ce qu’un mentor ? Quelle posture dois-je adopter vis-à-vis de ma future mentorée ? En quoi cette posture est-elle différente de celle d’un coach, d’un formateur, d’un consultant ? Quel doit être mon rôle ? Que dois-je faire pour le remplir au mieux ?

On Purpose me propose déjà un cadre :

• Maximisation de la valeur pour l’organisation hôte

• Soutien au développement personnel et professionnel de l’Associé

• Assurance de la qualité du travail de l’Associé et anticipation des problèmes pour On Purpose

Je ne ressens pas particulièrement d’appréhension pour vivre cette nouvelle expérience d’accompagnement. J’ai plus de cent heures de coaching derrière moi dont les compétences sont de mon point de vue totalement transférables. J’ai conduit des sessions de formation auprès de jeunes de la génération de Camille et je sais qu’en général, j’établis de bons liens relationnels avec eux.

Je sais aussi que la posture du mentor ne peut être celle d’un coach. Le coaching n’est pas directif et vise à considérer que le coaché trouvera seul la solution. En mentorat, l’expérience professionnelle du mentor est une des forces et une clé de l’accompagnement ; lorsqu’il s’y réfère, le mentor se positionne plus alors comme un consultant.

Je pense aussi que le mentor ne peut rester trop en retrait de la problématique du (de la) mentoré(e) : il va falloir que je retrousse mes manches et que je m’investisse un minimum dans la compréhension de la problématique si je veux apporter de la valeur ajoutée à mon accompagnement.

J’ai donc la conviction que la meilleure posture consiste à me servir de la panoplie d’outils dont je dispose, coaching, formation, conseil en ajustant le dosage en fonction de ma mentorée.

En quelques mots : aider le (la) mentoré(e) à trouver sa propre réponse à sa problématique, évaluer celle-ci avec son expérience et faire un retour sous forme de feedback, de suggestions voire de conseils ou d’enseignements.

Me voilà donc à peu près au clair pour aborder ma première session de mentorat.

Camille et moi nous nous organisons pour respecter la disponibilité de chacun

Habitant la région lyonnaise et Camille à Paris, nous n’avons que la solution de nous rencontrer par Skype.

Même si je préfère une rencontre en face à face, durant laquelle les deux personnes peuvent se voir et surtout interpréter leur langage corporel respectif, Skype reste malgré tout une alternative acceptable pour mener une session d’accompagnement (surtout quand on n’a pas le choix…).

Hors quelques aléas de connexion perturbants par moment, tout se passe bien. Parfois la désynchronisation de l’écoute respective, due au mode de communication, rompt la fluidité des échanges. Mais dans l’ensemble, la qualité de la session est peu impactée.

J’invite Camille à préparer nos entretiens par une réflexion sur les difficultés qu’elle rencontre dans sa mission et ainsi à structurer l’agenda de notre rencontre. Je pense que c’est nécessaire pour permettre au mentor de réfléchir aussi aux sujets et optimiser son intervention.

Nous respectons une période de 2 semaines entre deux sessions successives et ce rythme convient bien pour ne pas trop prendre sur la disponibilité de chacun. Je sais que Camille a apprécié cette régularité des échanges et la disponibilité que je lui ai accordée.

Il est important de rendre visite à son(sa) mentoré(e) sur son lieu de travail, d’abord pour faire connaissance avec lui(elle) mais aussi pour rencontrer son manager direct et se faire une idée sur l’organisation dans laquelle il(elle) évolue. C’est ce que je fais début juin 2017 lors d’un déplacement à Paris. Je me rends chez VoisinMalin et j’ai le plaisir de rencontrer Camille et Béatrice, la Directrice Opérationnelle de l’association. Cela me permet d’établir un lien et d’échanger sur les attentes de l’association vis-à-vis de Camille et donc d’ajuster au mieux mon intervention.

Confiance, écoute, engagement et bienveillance : le cocktail de la réussite

Je vis très bien toutes les sessions que nous avons ensemble.

Je réussis à adapter ma posture à la personnalité et aux compétences de Camille en dosant la part de coaching, de conseil et même d’enseignement pour certains sujets.

Nous sommes dans l’écoute, la bienveillance et la confiance mutuelle. Chacun de nous s’engage.

Nous approfondissons les différents sujets qui intéressent Camille. Nous échangeons des documents sur lesquels nous travaillons. Je constate que mon expérience me sert à bien appréhender les enjeux, ce qui est important pour être force de proposition.

J’ai parfois l’impression que sur certains points, Camille n’a pas besoin de moi pour résoudre son problème car elle a déjà ses propres solutions. Tant mieux ! Par mon questionnement, mon retour et mes suggestions, je sais que je l’amène à approfondir ses réflexions voire à ouvrir le champ des possibles.

La satisfaction d’avoir été utile

Je sors de ces séances en éprouvant la satisfaction d’avoir donné ce que je pouvais pour accompagner au mieux Camille sur son nouveau chemin professionnel.

J’ai le sentiment que je suis utile. C’est important pour moi.

Cependant, à un moment, je ressens le besoin d’avoir son retour sur le déroulement de nos sessions. Suis-je aligné avec ses attentes ? Comment les vit-elle ?

Je demande à Camille de faire un bilan. Nous consacrons une partie d’une session en septembre sur ce retour. Camille me confirme qu’elle a apprécié nos échanges, l’approfondissement des sujets qui l’ont fait avancer dans ses réflexions et surtout ma disponibilité et la régularité de nos rencontres. Me voilà donc satisfait et rassuré !

En guise de conclusion de ce témoignage, je prendrais un peu de recul avec quelques réflexions sur le dispositif mis en place pour accompagner les Associés.

Le mentorat et le coaching sont des cartes maîtresses pour accompagner les Associés qui vivent un changement important dans leur vie professionnelle et personnelle.

Changer d’orientation professionnelle pour devenir manager dans l’ESS est un challenge pour les Associés. C’est un changement important dans leur vie qui, on peut le comprendre, passe par des phases de doute, d’anxiété et de découragement. Comme lors de tout changement, le (la) mentoré(e) va suivre un chemin émotionnel plus ou moins accentué et perturbant. Selon les personnalités, cette évolution va nécessiter un accompagnement adapté à la personne.

Le mentor et le coach jouent ce rôle d’accompagnateurs, de passeurs : ils aident le (la) mentoré(e) à passer avec succès les obstacles rencontrés pendant sa transition vers un nouvel avenir.

En fort développement, l’ESS a besoin de recruter des talents pour se développer

Avec plus de 2,3 millions de salariés, représentant 10,5 % de l’emploi en France, 5 500 créations d’entreprises en moyenne chaque année (1), des impacts sociaux importants (bénévolat, cohésion sociale…), des innovations, l’ESS est au cœur de l’économie et de la société française ! L’ESS assume des missions de service public que l’État n’est pas en mesure d’exercer ou dans des conditions moins efficaces et favorables aux personnes. 600 000 recrutements d’ici 2020 sont prévus en raison des départs à la retraite et du vieillissement de la population.

Pour supporter cette progression, les organisations de l’ESS ont le défi d’attirer des managers compétents, talentueux et engagés qui pourront contribuer à leur développement. Mais recruter ces bons profils, ces responsables en quête de sens pour leur vie professionnelle est une difficulté.

Le Programme Associé On Purpose répond à ce besoin de recrutement

On Purpose relie ces organisations avec les talents qu’elles recherchent.

Le Programme Associé permet de recruter, former et accompagner des personnes à potentiel élevé, ces futurs responsables porteurs de sens (K. LENHARDT). On Purpose met en relation ces personnes avec les organisations hôtes. Celles-ci les accueillent pour une période de 6 mois ce qui permet une bonne évaluation de leur potentiel et de leurs compétences.

Rejoindre On Purpose comme organisation hôte est donc une très belle opportunité pour répondre à un besoin de recrutement managérial.

Et puis, parmi ces managers, naîtront nos nouveaux leaders

Ces personnes prendront les rennes des multiples initiatives qui sont aujourd’hui lancées partout en France mais aussi dans le monde que ce soit dans l’économie de partage, la solidarité avec les moins favorisés, la réduction de notre empreinte sur la Terre, etc… C’est parmi eux que naîtront les futurs leaders qui imprimeront de nouvelles visions, incarnant des valeurs d’humanité et qui nous permettront de passer à la vitesse supérieure pour transformer le monde actuel.

(1) (Source : CN CRES)