Changement de cap! Ma reconversion dans les entreprises sociales.

Anne-Lucie (LuLu Werquin) est Associée On Purpose au sein de la promotion parisienne d’Avril 2017. Témoignage.

Je ne me rappelle pas enfant avoir été plus sensible ou plus vindicative sur des thématiques sociales ou environnementales. Alors oui, à 4 ans je parlais de la guerre en Yougoslavie et à quel point ce n’était pas bien, à 8 ans j’étais surprise à quel point la Corse “c’était beau mais sale”. Puis j’ai grandi, enfant normal, adolescente normale. Enfin je crois.
J’ai passé ces années “ingrates” au vert, en Dordogne, dans un cadre naturel florissant loin des grandes villes, de la pollution et du tumulte. Il n’y a pas eu de grande révolte de ma part. Tout était plutôt calme.

Mais quand on habite à la campagne on rêve des villes, de ce qui s’y passe. A 15 ans je décide que je serai “femme d’affaires à l’international”. Pas moins. A 16 ans j’ai réussi à convaincre mes parents que l’anglais est ma porte de sortie de la campagne et mon ticket pour une vie à l’international. Je m’envole pour les Etats-Unis, l’Eldorado de la réussite personnelle. J’y passerai un an en profitant de l’American way of life. No limit.

S’en suit un parcours tracé, BAC ES, prépa HEC.

Oui oui oui, on est nombreux à suivre cette route.

En prépa on ne cesse de vous marteler des phrases du type “vous êtes l’élite de la France”. On est en compétition pour le classement et on choisit ses écoles en fonction des salaires moyens de sortie. Je commence à remettre en question ma motivation. Est-ce vraiment mal de ne pas vouloir faire un cursus audit finance pour avoir un bon salaire en sortie d’école, de ne pas vouloir faire du marketing pour vendre un énième produit suremballé dont les gens n’ont finalement pas besoin?

Un jour d’entretien blanc avec des chefs d’entreprise je tente un discours différent et leur explique ma volonté d’aller faire de la logistique en humanitaire. Ils m’appellent Mère Teresa. Un autre jour je montre une plaquette d’une école de commerce spécialisée dans les pays émergents à mon responsable de cours, il me renvoie dans mes brancards: “ce n’est pas une vraie école”. Retour en arrière, que vais-je donc faire?

???

Je choisirai néanmoins une école de commerce avec un master spécialisé dans le développement durable. Les premières années d’école ‘I don’t quite fit in’. Je ne reste jamais les weekends, je ne vais pas aux grosses soirées, je ne me retrouve simplement pas dans cette ambiance. Je pars en Erasmus et en césure loin des BDE et autres. Quand je réintègre l’école c’est pour ce master spécialisé en développement durable. Gros changement. En plus de trouver mes cours et mes professeurs passionnants, j’aime mes camarades de classe! Je me retrouve dans leurs valeurs similaires aux miennes, je me sens appartenir à une cohorte en quête de sens!

Une révélation pour moi.

Après ce master je passe 6 années chez le leader mondial de solutions logicielles pour la performance durable. Je passe ces 6 années à aider les plus grands groupes mondiaux, toutes industries confondues, à piloter leur performance environnementale et sociale, assurer leur conformité réglementaire, maîtriser leurs risques et augmenter leur profitabilité en s’appuyant sur les dernières technologies. Je suis embarquée dans ce tourbillon de déplacements, de conférences, de rencontres. J’ai du mal à gérer mon temps et ma vie personnelle. J’abandonne mon poste de référente formations dans l’antenne de bénévoles IDF chez WWF que j’ai porté pendant 3 ans mais pour lequel je n’ai plus de temps.

Quelques années passent en coup de vent. Je me suis laissée porter, je me suis laissée emporter. Finalement je ne me sens plus en accord avec moi-même, mes déplacements professionnels ont torpillé mon empreinte environnementale et je ne me sens plus ancrée dans le concret, le réel. Quel est mon impact? Retour sur la question du sens…

Face à mon empreinte environnementale. Oops.

Plusieurs personnes m’ont parlé de ce programme de reconversion et d’accompagnement pour jeunes professionnels appelé Programme Associé On Purpose. J’hésite une première fois. Deux années s’écoulent. Une amie participe au programme et elle ne tarit pas d’éloges. Moi qui ai peur de lâcher ma situation financière plus que confortable et qui crains le manque de débouchés suite au programme, je vois mon amie qui postule, est reçue à presque tous les entretiens (ou au moins obtient une réponse … ceux qui sont passés par là comprendront), qui a des propositions de postes en grand nombre (si si) et A LE CHOIX D’ACCEPTER LE JOB DE SES RÊVES parmi toutes ces propositions super intéressantes!

OK….C’était quoi mes arguments pour ne pas postuler déjà?

Je décide donc de me lancer en pensant qu’on ne sera pas nombreux à lâcher une situation confortable pour une finalité sociale et environnementale. Autant vous dire que je me suis complètement trompée! Ce qui est une bonne nouvelle! Nous sommes plein de jeunes professionnels ayant fait des universités, écoles de commerce, écoles d’ingé et ne nous reconnaissant plus dans des filières classiques, dans des jobs conventionnels, dans des entreprises traditionnelles. Nous sommes plein à vouloir concilier vie professionnelle et valeurs personnelles. Plein à rechercher du sens dans notre quotidien, à vouloir avoir un impact positif local et concret via notre métier quitte à sacrifier l’aspect financier. C’est l’heure du changement et de la remise en question. Une belle dynamique générationnelle!

Oui oui. Mais c’est une mauvaise nouvelle aussi car on est plein à postuler au programme et des processus de recrutement aussi intenses et déstabilisants, j’en ai vu peu et je doute d’être acceptée dans le programme. Bon j’arrête ici le suspense intenable. J’ai été prise. Me voilà Associée de la promo On Purpose Paris Avril 2017 (la meilleure si vous voulez mon avis).

La meilleure je vous dis.

Le programme consiste en une année découpée en deux missions de six mois chacune dans une structure de l’ESS (Economie Sociale et Solidaire). Je vous laisse vous renseigner mais les formes juridiques vont de l’association à l’entreprise sociale ou solidaire en passant par la coopérative. Pas réellement de restriction tant que la structure a pour mission l’impact social et/ou environnemental. En continu, les associés sont suivis par deux mentors (un pour chaque mission) et un coach en développement personnel qui les accompagne sur l’année. Tous les vendredi la promo se réunit pour des formations sur des thématiques propres ou appliquées aux entreprises sociales. C’est aussi le moment d’échanger nos problématiques, nos réussites, nos états d’esprit, nos bons plans et évènements ESS.

Ce qui me marque finalement le plus dans nos retrouvailles hebdomadaires ce sont deux choses:

La première c’est à quel point je suis heureuse de tous les retrouver. Nous venons d’univers professionnels différents, mais nous sommes tous passés par cette phase d’introspection, de recherche de sens, et avons sauté le pas. Je retrouve l’esprit de cohorte et de valeurs partagées qui m’avait tant plu dans mon master.

La seconde ce sont des moments de partage forts. Par exemple, quand nous nous retrouvons nous faisons un tour de table où chacun partage ses “soleils” professionnel et personnel de la semaine. Cela parait simple mais je pense qu’on le fait trop peu. Se retrouver, commencer avec une note positive. Nous testons en petit groupe des méthodes de travail, de résolution de problèmes, d’intelligence collective… que nous pouvons ensuite tester dans nos missions.

J’effectue ma première mission chez Ecofolio, l’éco organisme en charge du développement du recyclage du papier en France.

Ecofolio est une entreprise à but non lucratif et je travaille sur la recherche d’innovations sur toute la chaîne de valeur de la filière papier (conception, usage, fin de vie, revalorisation mais aussi la sensibilisation) afin d’avoir une économie circulaire vertueuse dans cette filière. Je détecte et accélère ces innovations.

Comment? J’organise un concours d’Économie Circulaire qui récompense les futurs leaders de la croissance verte et les accompagne dans leur développement.

Pas peu fière.

Comme Ecofolio vient de fusionner avec Eco Emballages, mes recherches s’étendent également à la filière emballages (verre, acier, aluminium, carton et plastique). Hasard? Je ne pense pas! Cela fait écho à mon non désir de jadis de vendre des produits suremballés. Aujourd’hui je cherche des solutions pour supprimer ou trouver des alternatives à ces déchets…la boucle est bouclée :)

Ma deuxième mission débutera mi octobre chez les Ateliers du Bocage, entreprise d’insertion membre du mouvement Emmaüs.

Nouvelle mission, nouveau challenge…Stay tuned ;)