Tissons Le Changement

La démocratisation des innovations textiles pour une mode propre et durable : La « Biocouture*».

Et si, demain, nous pouvions tous faire pousser notre tissu ?! «Cultiver » ses vêtements grâce aux bactéries et les composter une fois la tendance passée ?! Aujourd’hui, pas si futuriste que cela. La recette est simple et rapide. Elle peut se faire dans la cuisine de Monsieur et Madame tout le monde.

Les bio-matières un pari à prendre.

Les recherches sur les bio-matières dans l’industrie du textile ne sont pas nouvelles. Cependant, peu dans le monde se penchent sur le potentiel des bactéries comme base de ces innovations. Aucun consensus officiel sur la définition du terme « bio-matière » n’a été défini mais sera, dans cet article, une matière créée à partir de bactérie. Suzanne Lee, styliste anglaise et pionnière en la matière, en a fait les premières expériences. C’est dans sa baignoire qu’elle fait pousser sa matière ! Sa recette, en libre accès, vous permet de créer un échantillon à partir de 200ml de vinaigre de cidre, 200gr de sucre, 2 sachets de thé et une mère de Kombucha.

En 10 jours elle a réussi à obtenir son nouveau matériau naturel qui a une texture de cuir. Ce genre d’innovation de cellulose bactérienne n’est pas un cas unique. Que ce soit en Israël, projet Eco-couture, ou en Indonésie, Soya Coulture, d’autres bio-matières voient le jour et commencent déjà à révolutionner les modes de vie de certains. Dans le projet Soya Coulture, les déchets liquides de soja (source de pollution en Indonésie) deviennent des bio-matières. Leur projet à la fois social, il fait travailler des femmes, peut aussi apporter une solution à des sources de pollution à forte empreinte environnementale.

Quelques freins : Crap…It’s raining again !

En effet, certaines bio-matières, comme celles de Suzanne Lee, sont pour le moment des prototypes. Bien que des designs soient prêt-à-porter, ceux-ci se dégradent sous l’effet de l’eau. Cela peut en effet devenir très vite contraignant. En France, la start-up « OpenBioFabrics » relève ce challenge. Pour ce faire, elle parcourt les Fablabs* en France à la recherche de « biohackers », la nouvelle appellation en vogue des personnes aux compétences scientifiques. Le projet de cette start-up est de trouver plusieurs façons d’imperméabiliser ou de perfectionner sa BioFabrics** à base de Kombucha. Les recherches avancent et c’est avec optimisme que Sabrina Maroc, co-fondatrice et Designer d’ « OpenBioFabrics » lance que « bientôt, il ne sera pas nécessaire d’être nudiste pour ne plus nuire à la planète en s’habillant! ».

Fablab* (abréviation de Fabrication laboratory) est un tiers-lieu ouvert à la création et au prototypage d’objets physiques, « intelligents » ou non. Il s’adresse à tout ceux qui veulent passer plus vite du concept au prototype et aux bricoleurs du XXIe siècle…
BioFabrics** est le terme utilisé par OpenBioFabrics afin de qualifier ses matériaux à base de bactérie.

Quand les petits veulent faire bouger les grands !

A la consommation d’un t-shirt ou d’un jean, l’ampleur des enjeux sociaux et environnementaux mondiaux qui se cache derrière devient vite invisible. Que ce soit la surconsommation de matières premières, le coton se retrouve dans près de 40% de nos vêtements (Danish Fashion Institute), les usines textiles et de teintures qui polluent les cours d’eau et mettent en danger la santé des communautés environnantes ou encore des produits chimiques dans nos vêtements, la « Biocouture » et ses méthodes de développement démocratisées peuvent à terme faire partie de la solution à ces enjeux.

Comment optimiser l’utilisation de ces bio-matières accessibles à tous dans nos vies quotidiennes ? Nous, consommateurs, devenons conso’acteurs et trouvons des façons originales de se vêtir.

Prendre part au changement.

« OpenBioFabrics » met notamment en œuvre une plateforme internationale. Celle-ci viendra virtuellement recenser des projets de « Biocouture » existants dans le monde afin de les connecter et d’expérimenter de nouvelles possibilités. Via des plateformes physiques, tiers-lieux, il sera possible d’apprendre à créer ou faire faire ses vêtements à bas prix, par des professionnels et le tout, pour créer de nouveaux circuits économiques. Le but étant de supprimer une étape importante de la chaîne de production textile: l’extraction de matières premières. Ces bio-matières peuvent faire prendre conscience que nous pouvons tous, agir à notre échelle, pour une mode plus responsable, en cultivant ses matériaux localement et en partageant son savoir. Prendre conscience de son impact environnemental offre une réelle transparence sur le processus de fabrication; toutes les étapes de production (culture, teinture, couture) sont réunies en un lieu unique. Les bactéries sont économes en eau et en énergie et les bio-matières sont compostables. Par soucis d’une économie plus circulaire, des déchets industriels, comme les déchets de soja liquide, pourront devenir la matière première de ces nouvelles matières.

Redonner de la valeur à ce que nous portons est une étape majeure au changement. Tout reste à faire et en attendant de s’habiller propre et éthique, «demain, que ferez-vous pousser chez vous ?!** ».


contact@openbiofabrics.org www.openbiofabrics.org

Originally published at blogeconomiecirculaire.wordpress.com on March 16, 2016.