Sabrina Maroc
Apr 15 · 10 min read

Après mon passage au Hub for fashion and innovation de Berlin, j’ai profité de l’occasion pour découvrir Food Revolution 5.0 installée au musée national de Berlin, du 18 mai au 30 septembre 2018.. Voici une retranscription de l’exposition axée sur la biofabrication alimentaire.

Dans le cadre de mes recherches pour une mode soutenable et durable à travers l’étude et l’expérimentation de nouvelles méthodes de fabrication, je me suis interrogée sur la prospection agroalimentaire de demain. Quoi de mieux que d’observer ce qui se fait dans d’autres secteurs pour innover dans le nôtre.

Qu’elles sont les propositions des (bio)designers pour de meilleures pratiques? Existe-t-il des parallèles de recherches entre les industries alimentaires et celles de la mode? Comment les micro-organismes s’allient-ils à notre alimentation? Tant de questions qui trouvent leur écho dans Food Revolution 5.0.

À travers cet article, je vous partage les nouveaux concepts de biofabrication alimentaire. Pour rappel, voici comment est définie la biofabrication, par Biofabricate, le sommet annuel de la biofabrication à New York.

La biofabrication consiste à concevoir et à fabriquer des produits en biologie. Exploiter des organismes tels que les bactéries, les levures, les algues, les mycéliums, les cellules de mammifères, pour cultiver des biens de consommation aussi variés que les chaussures et les meubles, à la mode et à la nourriture.


Texte introductif de l’exposition

“Comment allons-nous manger dans le futur?

Et que mangerons-nous, compte tenu de la diminution des ressources de notre société axée sur la croissance?

La production alimentaire mondialisée a un impact décisif sur le changement climatique et les choix que nous faisons quant à savoir comment manger et comment manger contribuent à façonner le système alimentaire mondial. Manger n’est plus une affaire privée, mais un acte politique hautement significatif.

Le Kunstgewerbemuseum deviendra un laboratoire artistique et scientifique pour présenter de nouveaux modèles conceptuels et pratiques pour l’avenir de l’alimentation et de la vie. L’exposition Food Revolution 5.0 a invité plus de 30 designers à présenter leurs derniers concepts, idées et designs pour que cette transformation du système alimentaire devienne une réalité. Il y a des déclarations destinées à servir de suggestions de meilleures pratiques dans l’ici et maintenant, et des projets spéculatifs qui posent des questions ouvertes, illustrent des scénarios futurs possibles — le tout dans le contexte de la proposition :

« Que se passerait-il si… ?


Vidéo de présentation de l’exposition

Food Revolution 5.0 | Musée des Arts Décoratifs | Bande annonce de l’exposition par Retina Fabrik

Avant de nous plonger dans les projets qui ont retenu mon attention. Voici quelques propositions présentées lors de Food Revolution 5.0.

Le sens de lecture est de gauche à droite, puis de haut en bas.

Second lifestock proposé par Austin Stewart imagine un casque de réalité virtuelle pour les poules, afin de leur offrir un monde de libertés fictives.

Plantboy de Dan bossin et Tony Pilz, qui se présente comme une option ludique pour aborder la nature. L’utilisateur a la possibilité de maîtriser la formation et la structure de base par l’observation et l’entretien de la plante, tout en découvrant les caractéristiques des différentes espèces.

Intimacy of food and war d’Isabelle Mager présente un assemblage visuel réunissent les concepts d’industrialisation alimentaire, de standardisation, de privatisation, de développement des conservateurs, de dépendance de l’élevage et de l’alimentation à l’égard d’une “ chaîne de distribution mondiale. D’autres éléments graphiques dans la composition articulent une notion de zones grises d’informations et de distorsions factuelles perçues entre les deux composantes de la nourriture et de la guerre.

Food Waste Ware de Kosuke Araki est composé de déchets alimentaires provenant des marchés alimentaires, des magasins et de la cuisine de l’artiste, mélangés à de la colle animale, qui est également un sous-produit de l’industrie alimentaire. Anima est le résultat d’un développement de Food Waste Ware. L’application d’Urushi (laque japonaise) améliore la stabilité de la vaisselle et la brillance du matériau. Historiquement, l’artisanat Urushi est étroitement lié à l’alimentation.

TONKÜHLER de Bastian Austermann et Luisa Hilmer est une glacière qui fonctionne sans électricité et utilise le principe de l’évaporation à haute température pour refroidir les fruits et légumes. Pour ce faire, on place deux petites boîtes d’argile dans une plus grande et l’on remplit l’espace avec du sable saturé d’eau. L’eau diffuse à travers la paroi extérieure et s’évapore, refroidissant la paroi intérieure. Le principe du “pot dans le pot” ou “réfrigérateur pour les pauvres” a été utilisé dans de nombreuses régions d’Afrique depuis les années 1990 et contribue à l’amélioration de la sécurité alimentaire.

MINIMAL NANO DIET de Pei- Ying Lin est une cure spéculative qui nettoie le corps et libère le fardeau de la digestion et du métabolisme. L’alimentation doit être rendue possible par des nanoaliments transparents, qui contiennent les nutriments nécessaires pour le corps humain. Le Minimal Nana Diet Guide documente les méthodes d’investigation des nutriments essentiels sous un microscope et révèle-les >recettes< de ces nano plats.


Intéressons-nous maintenant aux projets utilisant des micro-organismes.

Les algues

SEAWEED TABLE WARE de Julia Lohmann & Marcis Ziemins 2013

Photos Sabrina Maroc — CCO

CARTEL : Le Département des algues marines, fondé par Julia Lohmann en 2013 au Victoria & Albert Museum de Londres, se consacre à l’étude des algues marines comme matériau de conception. La priorité absolue est de développer des utilisations durables et dont l’éthique est défendable. Les prototypes de bols sont constitués de grandes feuilles d’algues brunes japonaises. Ces objets ne sont pas encore prêts pour la production, mais suggèrent les potentialités du matériau en ce qui concerne la qualité de surface, la transparence et les méthodes de production et seront, nous l’espérons, applicables aux espèces d’algues européennes.


DANS UN AVENIR PROCHE, LA COMBINAISON EN SYMBIOSE AVEC DES ALGUES de Burtonnitta Mickael Burton & Michiko Nitta, 2010.

Photos Sabrina Maroc — CC0

CARTEL : La combinaison en symbiose avec des algues pourrait révolutionner l’approvisionnement alimentaire de l’humanité. Le dioxyde de carbone dans la respiration humaine est capable d’activer la croissance des algues. Cette nourriture d’algues retournera directement au corps humain à travers le masque. Le consommateur devient une espèce semi-photosynthétique et se transforme en une existence végétale qui se nourrit de la lumière.

Burton Nitta Algaculture, 2012

BIOREACTEUR D’ALGUES de Mint Engineering, 2015

Photos Sabrina Maroc — CC0

CARTEL : Les microalgues qui vivent dans l’eau sont la source de matière première de l’avenir et la matière première de nombreuses substances d’importance vitale, dont les protéines, les glucides et les acides gras oméga-3 de haute qualité. Ils sont déjà présents dans de nombreux produits qui nous sont familiers à tous : oursons gommeux, limonade, etc. Les photobioréacteurs pour microalgues peuvent être utilisés pour la production industrielle, ainsi que pour les installations intégrées aux bâtiments. Ce réacteur d’un volume d’eau de 20 litres permet d’obtenir un taux de croissance fiable de Chlorella vulgaris d’environ 0,5 gramme par litre et par jour, soit une production quotidienne de 10 grammes d’algues séchées en poudre.


Le mycellium

THE GROWING LAB- Mycelia de Maurizio Montalti 2013.

Photos Sabrina Maroc — CCO

CARTEL : Le studio de design Officina Corpuscoli étudie comment les organismes fongiques peuvent être utilisés pour produire des alternatives aux plastiques. Les matériaux produits biologiquement peuvent être totalement inoffensifs. Une fois jetés, ils deviennent de nouveaux nutriments pour une nouvelle vie. En présence des bons nutriments, le mycélium se développera dans toute une gamme de matières organiques différentes, comme la paille ou d’autres formes de déchets agricoles.


Les cellules de mammifères

IN VITRO ME de Chloé Rutzervel 2013.

Photos Sabrina Maroc — CCO

CARTEL : C’est un bioréacteur-bijou personnel qui se niche sur votre poitrine et cultive le tissu musculaire humain. Une connexion directe entre le corps et le bioréacteur permet l’échange de chaleur, de nutriments, d’oxygène et les déchets pour créer une viande personnelle destinée à la consommation.


Les bactéries

HUMAN HYENA de Paul Gong 2015.

CARTEL : Il s’agit d’imaginer des transhumanistes, réunis au sein d’un groupe appelé Human Hyenas, qui veulent utiliser les technologies émergentes de la biologie synthétique pour s’attaquer au problème de plus en plus grave du gaspillage alimentaire. De nouvelles bactéries qui pourraient vivre dans le système digestif humain permettraient au corps de manger des aliments pourris sans être malade. Pour émousser l’odorat, le créateur propose d’utiliser le synsepalum dulcificum — aussi appelé baies miracles. Lorsqu’ils sont consommés, ils donnent aux aliments acides un goût sucré.


BIOVESSEL de Bionicraft Chen Hsiang Chao, 2016

Photos Sabrina Maroc — CCO

CARTEL : Le petit système de compostage Biovessel est un écosystème intérieur inspiré de la nature et conçu pour leur propre cuisine pour traiter les déchets alimentaires. En une semaine, le système est capable de convertir un kilogramme de déchets de domestique en terre fertile grâce aux vers et aux autres micro-organismes. Pas d’odeurs désagréables, le terreau extrait sert à la culture de plantes de salade, d’herbes ou de fleurs.

BIOVESSEL | An Ecosystem Powered by Food Waste

Les levures

EDIBLE GROWTH de Chloé Rutzerveld, 2014

Photos Sabrina Maroc — CCO

CARTEL : La croissance comestible est un exemple d’un futur produit alimentaire qui forme un pont entre les nouvelles technologies et les pratiques authentiques de culture et de sélection des aliments. De multiples couches contenant un terreau comestible, des graines, des spores et des levures sont imprimées selon un fichier 3D personnalisé après quoi des processus naturels comme la photosynthèse et la fermentation vont démarrer. Dans les cinq jours qui suivent, les plantes et les champignons mûrissent pendant que la levure fermente. Edible Growth est un exemple d’aliment de haute technologie, mais entièrement naturel, sain et durable.


Les bactéries et les levures

CULINARY HACKING de Carolin Schulze, 2016

Photos Sabrina Maroc — CCO

CARTEL : Le sac de culture est une trousse de démarrage de fermentation, permettant d’initier les utilisateurs aux méthodes de fermentation multiculturelle. La fermentation est un type de préparation alimentaire basé sur l’action du micro-organisme. Même le sac lui-même est constitué de cellulose bactérienne : en brassant la limonade Kombucha, les micros-cultures forment une couche de cellulose à la surface de l’eau qui peut être utilisée pour produire une sorte de cuir végétalien.

Le projet “culinary hacking — was is(s)t kultur? de Carolin Schulze a été créé au semestre d’été 2016 dans le cadre du master de design industriel à Burg Giebichenstein

Carolin Schulze fait partie de l’équipe de SCOBYTEC, une entreprise allemande qui explore les matériaux symbiotiques durables et intelligents pour concevoir des technologies portables. En septembre 2017, SCOBYTEC annonçait leur première production de chaussure avec Ricosta.

Depuis ces 5 dernières années, le secteur de la biofabrication connaît un boom sans précédent. De nombreuses d’innovations voient le jour. Pour connaître cette incroyable évolution dans le secteur de mode, voici ma présentation: Introduction à la biofabrication, conçue pour les Fashion Green Days 2018. Elle existe également en version anglaise.


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Les photos de l’exposition légendées: Photos Sabrina Maroc — CCO, sont léguées au domaine public. Vous pouvez donc les copier, les modifier, les distribuer et les diffuser, même à des fins commerciales, le tout sans me demander la permission.

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