Burn-out : j’accepte de ne pas être wonder woman

Adeline est membre de notre groupe Facebook Burn-out : parlons-en ! Elle a courageusement accepté de témoigner à visage découvert.

Adeline, qu’est-ce que le burn-out pour toi ?

Ma définition pour mon burn-out : des abysses vers lesquelles j’ai glissé peu à peu, sur une longue période, sans m’en rendre compte durant des mois, puis le néant total, matérialisé sous forme de fatigue absolument indicible. Je n’imaginais pas une telle fatigue morale, psychique, physique possible. Une image pour mon burn-out: une large étendue totalement dévastée, une image de guerre, que personne ne voit sauf moi…

A quel âge es-tu tombée ?

Première alerte à 44 ans, burn-out déclenché à 46 ans.

L’as-tu senti arriver ? Des signes annonciateurs ?

Coordinatrice d’un service d’accompagnement socio-professionnel pour public très précarisé dans une association, j’étais très fatiguée, angoissée, stressée. Je culpabilisais de ne pas réussir à mener mes tâches de travail à leur terme, je ne me rendais pas compte que ce qui m’était demandé par ma direction était aberrant et totalement irréalisable, que je ne recevais que des injonctions contradictoires.

Comment s’est-il manifesté ?

La fatigue, implacable, envahissante, terriblement invalidante, m’a gagnée peu à peu, je croyais même que j’étais gravement malade (un cancer…), trouvant cette fatigue absolument anormale. J’étais terrifiée à l’idée d’en parler à ma généraliste, qui me connaît et sait que je vais très peu la voir, je ne suis pas du genre « à m’écouter », c’est d’ailleurs un trait commun des “burnies” il me semble ! J’ai commencé par éliminer toutes les sorties, tout ce qui n’était pas le travail, je me couchais très tôt, me levais éreintée. Au boulot mes collègues me disaient que je devrais arrêter de faire la fête en semaine, que j’avais une tête affreuse, tout le monde pensait vraiment que j’étais en mode fêtarde !

J’ai commencé à pleurer seule dans mon bureau, à m’énerver lors de réunions ou de rendez-vous avec le public que j’accompagnais, alors que je suis d’une nature patiente et calme. Je ne comprenais plus rien à mes dossiers, j’intervenais à mauvais escient en réunion. Grande lectrice, je n’arrivais plus à lire. Fan de cinéma, je m’endormais devant les films. Un soir de septembre 2018, j’ai quitté le bureau à vélo, comme toujours depuis des années, mais ce soir-là, mon trajet bureau-domicile que je connaissais par cœur (10 minutes de trajet), s’était totalement effacé de ma mémoire. Je ne savais pas quel chemin emprunter. J’ai appelé mon amoureux pour qu’il vienne me chercher, il a d’abord cru à une blague, puis m’entendant pleurer et paniquer, il est venu. Je ne suis plus jamais retournée sur mon poste.

Où en es-tu aujourd’hui ?

Je retravaille dans mon secteur du travail social (qui est une reconversion pro cette dernière décennie), grâce à mon réseau, c’est une ancienne partenaire de travail qui m’a proposé un poste, je ne l’ai pas accepté tel quel. Je lui ai fait une proposition par écrit, sans lui cacher ce que je venais de traverser, elle est psy du travail de formation et je comptais sur cela pour qu’elle mesure ma situation. Elle a accepté le temps partiel que je souhaitais alors qu’elle voulait recruter un temps plein, elle s’est organisée différemment, elle me propose des points réguliers, elle est très à l’écoute. Au bout de 3 mois, je viens même de lui dire que je suis OK pour un jour de plus par semaine, je travaille aujourd’hui 3 jours par semaine. J’ai également monté ma micro entreprise dans le domaine de l’écriture et notamment de cérémonies laïques de mariage et funérailles. Je prends le temps de travailler mes outils de communication actuellement…je suis passionnée, ce projet m’enchante. J’ose des démarches et des projets que je m’interdisais auparavant.

Cet épisode a-t-il changé ta perception du travail ?

Oui et non. J’ai toujours pensé qu’un job devait avoir du sens et je me suis toujours attelée à ce que les domaines dans lesquels je travaillais en aient pour moi. Ça n’a pas changé.

Ce qui a changé, c’est ma posture de travail : je revendique le fait que ma vie, mes passions, mes proches, passent AVANT mon job, que c’est l’essentiel et que c’est cela qui recharge mes batteries, pour mieux travailler derrière. J’accepte l’imperfection, l’à peu près, que je ne supportais pas avant. Je porte sur moi un regard bienveillant, je deviens ma meilleure amie ! J’impose ma façon de travailler, je ne dis plus oui à tout, j’ai appris à dire non. Je sais repérer de potentielles situations inconfortables pour moi au travail, et je m’y soustrais au lieu de me dire « allez, je vais prendre sur moi ! »…non, je ne prends plus sur moi !

J’aimerais aussi parler de l’environnement familial. C’est à mes yeux lui qui est déterminant. Je ne peux m’empêcher de remarquer que les “burnies” ont souvent en commun un environnement familial délétère, qui n’a pas permis une bonne construction narcissique et donc une bonne estime de soi. C’est une piste de travail sur soi que je trouve très intéressante, pour comprendre d’où viennent les racines du BO et comment nous pouvons en arriver là.

Pour t’en sortir, quelles béquilles as-tu utilisé ?

J’ai été arrêtée une année entière, totalement épaulée par ma généraliste qui avait bien mesuré ce qui m’arrivait. Elle m’avait adressée à une psychologue un an auparavant alors que j’avais déjà été arrêtée 2 mois et que je demeurais dans le déni, cette fois, elle m’a aussi envoyée vers une psychiatre.

Les deux m’ont très bien accompagnée, je n’ai jamais senti de jugement ou de doute, je me suis sentie prise au sérieux, prise en compte et considérée.

En plus du burn-out, j’étais également dépressive et donc sous antidépresseurs et anxiolytiques, même si réticente au départ. J’ai choisi de faire confiance aux pros de santé.

J’ai appliqué à la lettre les conseils de ces pros : me reposer, accepter mon état et ne pas aller contre, « prendre ma fatigue dans mes bras » comme disait ma généraliste ! Au bout de trois mois de repos intense, j’ai commencé à me demander ce que j’aimais vraiment faire dans la vie, ce qui me faisait plaisir et j’ai essayé de faire ces choses un peu tous les jours. Parfois avec succès, parfois non.

J’ai trouvé ta page Facebook sur les conseils d’une amie (en burn-out aussi) et m’y suis inscrite, elle m’a énormément aidée, j’y ai lu des témoignages passionnants, j’ai apprécié et apprécie toujours l’énorme bienveillance qui y règne.

J’allais beaucoup au cinéma, je me suis inscrite à un atelier d’écriture (ma passion depuis toujours, je suis une ancienne journaliste…), j’ai marché et fait du vélo partout dans ma ville, je suis allée dans les parcs et à la campagne, regarder les oiseaux, les arbres, écouter le vent, me gorger de la force de la nature.

J’ai vu uniquement les gens que j’avais envie de voir, me suis éloignée des autres, notamment de ma famille, de mes parents, toxiques et perpétuellement dans le jugement. Ils ne croyaient pas du tout à mon burn-out.

Peu à peu j’ai senti une forme d’énergie se reconstituer et j’ai pris des décisions importantes : notamment quitter mon CDI temps plein. La médecine du travail m’y a aidée. J’ai refusé l’idée de la rupture conventionnelle, je voulais une inaptitude. Je l’ai obtenue. A partir de là, j’ai commencé à imaginer la suite, à MES conditions.

Comment vis-tu ta reprise ?

J’ai repris en octobre 2019, pile un an après ma chute. J’appréhendais un peu, les premiers jours dans ma nouvelle structure (que je connaissais, mon ex-association étant partenaire de cette association, mon nouvel employeur) ont été difficiles, je me disais que ça n’allait pas le faire…et puis je me suis apaisée assez vite, j’ai décidé de me faire confiance.

J’ai signé un CDD de un an, 20h/semaine, je me suis dit « tu peux y arriver et si ce n’est pas le cas, tu aviseras en temps voulu ».

Au bout de 3 mois, je vais très bien, je retrouve mes réflexes de travail et le public en précarité que j’accompagne avec bonheur. Je n’ai plus d’attentes démesurées par rapport à l’institution, j’en connais les limites et je les accepte.

Je fais de mon mieux chaque jour, en toute honnêteté et humilité. J’accepte de ne pas être Wonder Woman. C’est très nouveau pour moi, je suis une perfectionniste hypersensible…mais je fais avec et je m’assouplis !

Si tu devais comparer le burn-out à un animal ?

Je suis incontestablement un chat, mon animal fétiche, sans lequel je suis incapable de vivre ! J’en ai 4 chez moi ! La ronronthérapie, c’est génial et ça marche !

On dit que le chat retombe toujours sur ses pattes, c’est en partie vrai, sauf s’il tombe de trop haut, il peut se briser les os…je suis tombée de haut, j’ai eu les os brisés, mais j’ai été convalescente et je vais de mieux en mieux.

Comme le chat, j’observe, je prends le temps, je suis contemplative, je pense à mon bien-être avant tout, car j’ai compris que de ce bien-être découle totalement le reste : mon bien-être au travail notamment !

Merci beaucoup Adeline pour ton témoignage !

Merci à toi Marina, de nous donner cet espace de paroles et de contribuer à mettre le burn-out dans la lumière ! Le burn-out ce n’est pas une mode, comme je l’entends très souvent, ce qui me fait bondir ! C’est une réalité ! C’est le résultat d’une société qui accélère toujours plus et marche sur la tête, de la négation des humains en tant que personnes. C’est une violence inouïe qui est faite à de plus en plus de gens, de n’importe quelle condition sociale, de n’importe quel âge, même les jeunes au lycée, les étudiants, sont touchés ! STOP !!! Nous devons ralentir et retrouver le sens de qui nous sommes profondément et de ce qui nous fait du bien.

Vous ❤ cette interview ? N’hésitez pas à la partager !

Pour en savoir plus sur le burn-out : Marina Bourgeois. Burn-out, le (me) comprendre & en sortir, 2018.

--

--

--

Oser Rêver Sa Carrière accompagne les femmes et les hommes en questionnement professionnel afin de les aider à (re)trouver leur voie, (re)construire une carrière qui leur ressemble et passer à l'action.

Get the Medium app

A button that says 'Download on the App Store', and if clicked it will lead you to the iOS App store
A button that says 'Get it on, Google Play', and if clicked it will lead you to the Google Play store
Marina Bourgeois

Marina Bourgeois

www.oser-rever-sa-carriere.com

More from Medium

How humans finally become stupid!

Medium Post 2

The Eat, Pray Love journey

Gathering Knights