Burn-out : le révélateur a été un changement d’organisation au bureau

Béatrice est membre de notre groupe Facebook Burn-out : parlons-en ! et a courageusement décidé de témoigner à visage découvert. Elle suit par ailleurs le programme Trouver Ma Voie d’Oser Rêver Sa Carrière.

Béatrice, pour toi, qu’est-ce que le burn-out ? Comment le définirais-tu ?

Grâce au livre de Marina « Burn Out le (me) comprendre & en sortir » je lui ai attribué un look de félin. C’est un fauve déguisé en chat. Un traitre. Il dicte votre vie et vous fait croire que ses ronronnements vous gratifient de sa reconnaissance et de sa fidélité.

Il exige tout de vous, et comme vous aimez son contact « rassurant » vous lui donnez tout, jusqu’à vous oublier pour mieux le remplir. Et puis sans crier gare il vous lacère de ses griffes, il vous attaque à la gorge, il vous fait suffoquer, pleurer, il vous nargue, vous aspire, vous empêche de retrouver des gestes simples (comme ranger son linge, cuisiner, appuyer sur un bouton, et même marcher). Il finit par vous étouffer après une lente et suffocante asphyxie cérébrale et physique.

A quel âge t’est-ce arrivé ?

Une semaine avant mes 55 ans.

L’as-tu senti arriver ? Des signes annonciateurs ?

Je n’ai pas senti le BO arriver en tant que tel. J’étais vraiment mal dans ma peau depuis des années. L’impression de ne pas être à ma place au bureau, mais aussi dans ma vie de fille, de soeur, d’épouse, de maman, de tata.

L’impression que ma vie m’échappait parce que professionnellement j’étais sous contrainte depuis que mes études ont été choisies par mes parents.

L’impression sur le plan privé que j’étais une épouse Indigne, une maman nuisible.

Et puis le révélateur a été un changement d’organisation au bureau (rachat par l’entreprise pour laquelle je travaillais d’une autre entreprise jumelle), l’arrivée d’un Adolphe de 15 ans de moins que moi aux pleins pouvoirs de nuisance. Qui croit avoir eu le poste que je (ne) convoitais (pas). Qui n’a eu de cesse que de me rabaisser à huis clos, que de pointer du doigt mon Équipe, que de désorganiser tout ce qui fonctionnait plutôt bien et de me faire ressentir la responsabilité de ce que j’avais fait ou pas fait dans le passé, le présent et même le futur….

Ma couleur de peau a viré au jaune, j’avais mal à l’estomac, mes intestins étaient devenus des canalisations rigides et très bruyantes, je ne dormais que quelques minutes d’affilée la nuit après m’être endormie difficilement vers 2:00 du matin. Je me levais 15 fois avant de m’endormir pour aller aux toilettes, je devenais dure comme de la pierre, je ne mangeais plus beaucoup, je trouvais toujours un prétexte pour rester tard au bureau, je ne sortais plus de chez moi sauf pour aller travailler ou faire des courses, j’avais des crampes dans le gros orteil, je ne pouvais plus lire, au bureau j’étais sous tension. Cette tension qui s’est mise à monter brutalement.

Une chose qui aurait du attirer mon attention c’est que les derniers jours avant de m’affaisser, je sortais de chez moi pour aller au bureau mais j’étais obligée de me « scanner » de la tête aux pieds pour être sure que j’étais totalement habillée (y compris les sous vêtements que j’avais peur de ne pas avoir mis). Cela pouvait me prendre de très longues dizaines de secondes d’angoisse.

Comment s’est-il manifesté ?

Une collaboratrice est venue me parler d’un dossier un matin. Et les mots qui sortaient de sa bouche n’avaient aucun sens pour moi. Je lui ai fait répéter 4 fois la même chose pour décider que nous verrions cela l’après-midi.

C’est en recevant une autre collaboratrice en début d’après-midi, laquelle m’a posé une question sans réponse immédiate de ma part, que je me suis mise à suffoquer, sangloter et que je n’ai pu poursuivre l’entretien.

J’ai alerté ma RH car je me suis rendue compte que mes écrits sortants étaient incomplets.

Et puis j’ai vu un métro dont les rails m’ont beaucoup trop attirée. L’autre partie de moi restée vivante m’a fait reculer au bon moment.

Où en es-tu aujourd’hui ?

Au bout de 6 mois d’arrêt de travail, j’ai repris en avril 2019 à mi temps thérapeutique. Puis en octobre, j’ai testé un 3/5 thérapeutique mais avec une charge à 120% ce qui fait que je fais 4 journées en 3. Heureusement j’ai une journée de télétravail sur les 3 jours. Cependant j’appelle de mes vœux un départ de cette entreprise qui est devenue un enfer pour moi.

J’y travaille avec Marina.

Cet épisode a-t-il changé ta perception du travail ?

Oui, j’ai compris qu’à 56 ans la vie professionnelle pouvait se réorienter. Je me croyais trop vieille, trop ou pas assez désireuse de faire autre chose. Peur de sortir d’une zone de confort avec mon Équipe que j’adore mais cette zone de confort étant située dans les ténèbres, il me faut m’en éloigner très vite.

J’ai également compris que mes valeurs n’étaient pas « remplies » au bureau. Que tout ce qui remplit mon âme, est absent de mon quotidien ou bien totalement infantilisé.

Aujourd’hui pour moi le travail doit être un plaisir et pas une course contre la vie. Je n’ai plus rien à prouver à personne et surtout pas à moi.

Pour t’en sortir, quelles béquilles as-tu utilisé ?

J’ai dû absorber des molécules (Anti dépresseurs et somnifères), j’ai été suivie de façon hebdomadaire par ma psychiatre, j’ai appris à respirer avec une sophrologue merveilleuse, j’ai marché beaucoup autour d’un lac, dans les bois, j’ai regardé les feuilles des arbres, les arbres, j’ai adopté un chiot que j’ai éduqué.

Comment vis-tu ta reprise ?

Je la vis comme une erreur nécessaire. C’est en reprenant le boulot que j’ai compris que j’étais arrivée au bout de ce chemin et que je pouvais oser rêver ma carrière même après 55 ans.

Merci beaucoup pour ton témoignage !

Vous ❤ cette interview ? N’hésitez pas à la partager !

Pour en savoir plus sur le burn-out : Marina Bourgeois. Burn-out. Le (me) comprendre & en sortir, 2018.

--

--

--

Oser Rêver Sa Carrière accompagne les femmes et les hommes en questionnement professionnel afin de les aider à (re)trouver leur voie, (re)construire une carrière qui leur ressemble et passer à l'action.

Get the Medium app

A button that says 'Download on the App Store', and if clicked it will lead you to the iOS App store
A button that says 'Get it on, Google Play', and if clicked it will lead you to the Google Play store