Burn-out : quand il faut retourner travailler…

Vivre un burn-out est une épreuve extrêmement difficile. Souvent précédé de signaux d’alerte, il peut parfois, tel un tsunami, vous renverser et vous happer à tel point que l’arrêt s’impose (nous constatons d’ailleurs en pratique que le médecin ou l’entourage vous l’a souvent préconisé, ce à quoi vous répondez “c’est vraiment pas le moment” ou encore “je ne peux pas me le permettre”, “je peux encore tenir, je prendrai des vacances plus tard”). Nous ne répèterons pourtant jamais assez à quel point il est nécessaire de savoir s’arrêter avant de se retrouver “à terre” ou “cloué(e) au lit dans l’impossibilité de se lever ou de marcher”. Se mettre en “pause” à temps ( autrement dit, avant la chute) peut vous épargner bien des déconvenues sur de longs, voire très longs mois tant il est difficile et éprouvant, pour soi comme pour l’entourage, de vivre un épuisement professionnel.

Reste qu’en pratique, s’arrêter n’est pas simple…culpabilité, peur des conséquences sur son poste (ou son activité) et parfois peur du vide (par contraste avec une vie précédemment bien remplie, voire hyperactive) font souvent attendre l’épuisement total (autrement dit, le “crash”) pour s’autoriser à dire “stop, je ne peux plus”.

On pourrait alors penser que l’arrêt du médecin (pour les salariés) ou l’interruption d’activité (pour les entrepreneurs) occasionneront enfin du repos pour se reposer et reprendre du poil de la bête…oui, mais…c’est bien plus compliqué que cela en pratique.

Tout d’abord parce que la remontée est lente, très lente. Elle doit être progressive et se faire au rythme singulier de chacun. Or, vous êtes nombreux(ses) à envisager de reprendre (pour des raisons notamment financières) avant la consolidation de votre remontée. Dans le cadre de la 5ème édition des “Samedis du Burn-out” et du groupe Facebook “Burn-out : parlons-en !”, nous avons pu extraire une durée moyenne d’arrêt : entre 6 mois et 1 ans (“Quoi ???” se diront les non concerné(e)s…;-). Autrement dit, la durée de l’arrêt ne correspond pas nécessairement à la véritable durée de votre burn-out (lequel peut parfois prendre encore des mois ou des années après la reprise pour véritablement ne plus laisser de trace).

Si l’arrêt est évidemment salvateur, il s’avère pourtant compliqué à gérer puisque bien souvent, dès le 1er jour de l’arrêt, le compte à rebours interne commence : à peine en arrêt, vous voilà déjà en train de songer à la reprise.

La question de la reprise se pose donc finalement dès le premier jour de l’arrêt (elle est d’ailleurs parfois, sans s’en rendre vraiment compte, une des raisons pour lesquelles on ne veut pas s’arrêter : “si je m’arrête, je m’effondre, je ne pourrai pas reprendre”).

Et elle se pose tout au long de l’arrêt sous des formes variées :

  • sous forme de pression sociale, du fait du regard et ou des questions des autres (“mais dis-moi, cela fait combien de temps que tu es en arrêt ?”, “ben dis donc, ils sont bien sympas à ton travail”, “alors, quand est-ce que tu reprends ?”, “mais tu ne t’ennuies pas depuis tout ce temps ?”, “ça ne te dérange pas de gonfler le trou de la sécu ?”).
  • sous forme de pression financière : diminution des ressources, versements retardés, voire parfois absence totale de revenus.
  • sous forme de pression administrative : renouvellement (souvent anxiogène) des arrêts maladie de semaine en semaine ou tous les 15 jours.
  • sous forme de pression auto-administrée : “il faut que je reprenne mais…

Mais…

…”j’ai peur”, “je ne me vois pas du tout y retourner”, “j’ai l’impression que je n’y arriverai plus”, “je ne serai plus jamais aussi efficace qu’avant”, “rien que de m’imaginer là-bas, j’en ai des angoisses”, “je n’ai plus l’énergie, je vais être chaos dès le 1er jour”, “j’ai l’impression de ne plus savoir rien faire”…

Grand paradoxe : la personne en burn-out est bien souvent une personne qui a envie de travailler ! Plutôt bon(ne) élève, rigoureux(se) voire perfectionniste, jusque-boutiste, ultra-performant(e)…le burn-out semble être la maladie des “gens bons”. Cette même personne qui était tout azimut, (sur)investie et capable de déplacer des montagnes se sent à présent toute petite et n’a qu’une envie : rester cacher chez elle plutôt que de retourner sur son lieu de travail. Elle a pourtant fondamentalement envie de retravailler, de retrouver sa place sociale, d’être à nouveau occupée, de se sentir utile, moins seule, mais elle redoute terriblement la reprise.

Pourquoi ?

Tout d’abord parce que l’arrêt est souvent perçu comme un échec : dans le syndrome de toute puissance (que l’on retrouve fréquemment chez les épuisé(e)s), s’arrêter signifie que l’on a pas été à la hauteur, que l’on a “failli”, aussi bien par rapport à ses objectifs personnels que par rapport aux autres (“il a le même poste que moi, les mêmes contraintes et il y arrive, lui”).

Cette perception négative de l’arrêt (ou de l’interruption d’activité) engendre :

  • une perte de confiance en ses capacités et compétences,
  • une altération de l’image de soi (“je ne suis pas la personne que je croyais/rêvais d’être”, “je suis faible”),
  • une désocialisation : honte, isolement, décalage de rythme par rapport au “reste” de la société, peur du regard des autres ou de la moindre question liée au travail, etc.
  • une peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas pouvoir faire face au moment de la reprise (amplifiée par les troubles cognitifs et physiques inhérents au burn-out).

Et l’on constate en pratique que plus l’arrêt est long, plus ces peurs sont intenses. D’où l’utilité, selon nous, de ne pas hésiter à se faire accompagner pendant son burn-out ou, a minima, de ne pas rester isolé(e) : il faut en parler, exprimer ses appréhensions ou ses angoisses. Proches, médecins, groupes de paroles, médecine du travail, coachs, psychologues peuvent s’avérer d’une très grandes utilité dans ce moment difficile. Car plus les jours passent, plus une “routine” et de nouvelles habitudes de vie s’installent. Or, ce “confort inconfortable” que représente l’arrêt peut alors s’avéré risqué : sorte de cocon protecteur, il ne permet pas de se préparer au retour à la “vie normale”.

Mais alors, comment reprendre (au mieux) ?

Pour celles et ceux qui reprennent dans la même entreprise, plusieurs possibilités sont envisageables : reprise classique (dans les mêmes conditions qu’avant le burn-out), reprise en mi-temps ou tiers temps thérapeutique, reprise avec modalités de travail négociées (télétravail, modification des horaires ou de la charge de travail, etc). Nous attirons l’attention sur la nécessité de “penser” la reprise suffisamment tôt de façon à suggérer à l’employeur (s’il ne le fait pas) les modalités “idéales”. Une reprise trop brusque ou dans des conditions équivalentes à celles antérieures ne ferait que diminuer la guérison sur le long terme ou accentuer le risque de rechute.

Pour celles et ceux reprenant dans le même secteur mais dans une autre entreprise, la question de savoir si l’épisode burn-out doit être mentionné lors de vos entretiens ne se posera que si vous souhaitez l’aborder afin de justifier une demande de télé-travail par exemple (bien que vous puissiez vous servir d’autres arguments pour l’obtenir). Vous pouvez également ressentir le besoin d’en parler de façon transparente à votre futur employeur. Rappelez-vous toutefois que vous n’êtes en aucun cas obligé(e) de raconter cette “zone de turbulences”. Le “trou” dans le CV n’existe que pour vous puisqu’officiellement, et juridiquement, vous étiez toujours salarié(e) pendant votre arrêt maladie.

Dans ces deux dernières hypothèses, l’on assiste souvent à un “réajustement” de vie : la personne en reprise modifie son rythme de vie, tente de se consacrer plus de temps, d’aménager ses horaires de travail, de faire moins d’heures supplémentaires, de ne plus travailler le soir ou le week-end, de faire une activité extra-professionnelle bénéfique et distrayante, de poser ses vacances longtemps à l’avance de façon à savoir qu’elle aura des périodes de souffle tout au long de l’année, etc. Pour cela, il est essentiel d’avoir bien défini ses limites en amont (et donc de bien se connaître) de façon à s’auto-fixer des garde-fous et de parvenir à bien communiquer avec l’entreprise sur les conditions de la reprise. Là encore, l’accompagnement est essentiel, d’autant que la résistance au stress est souvent moins importante après un burn-out. Le risque de “rechute” existe. Inutile de jouer les gros bras face à la reprise : se faire aider pour ne pas retomber dans les mêmes schémas ayant conduit à l’épuisement peut être déterminant.

Notons enfin que bien souvent, le burn-out est l’occasion de procéder à une refonte en profondeur de sa vie professionnelle, voire personnelle. Il y a alors un “avant” et un “après” burn-out. La reconversion est souvent envisagée. Il s’agit alors de se poser les bonnes questions et de ne pas se précipiter. Changer de carrière (et/ou de vie) implique une véritable préparation. C’est un processus à inscrire dans le temps. Là encore, se faire accompagner peut être capital pour la réussite du projet. Le bilan de carrière est alors fréquemment envisagé.

Nous terminerons ce compte-rendu de la 5ème édition des Samedis du Burn-out dédiée au retour à l’emploi par la phrase suivante : “Tant que vous n’êtes pas encore en situation d’épuisement complet, vous pouvez vous faire accompagner (…). Une fois l’épuisement installé, plus question de tergiverser : c’est un suivi médical et urgent qu’il faut mettre en place afin de prévenir des éventuelles conséquences irrémédiables. Il ne s’agit donc pas d’attendre le gros craquage qui vous fera faire une crise d’épilepsie, claquer votre démission pour partir vivre au Pérou, ou vous faire renvoyer pour agir efficacement. En revanche pour arrêter de s’épuiser, il importe d’être accompagné” (Marlène Schiappa et Cédric Briguière, J’arrête de m’épuiser) pour bien reprendre et, tout simplement, mieux vivre.

Marina Bourgeois

Pour en apprendre plus sur le burn-out : Marina Bourgeois, Burn-Out. Le (me) comprendre & en sortir, 2018.

Vous ❤ cet article ? N’hésitez pas à le partager !