Burn-out : quel rôle pour les proches ?

L’entourage personnel joue un rôle capital lors d’une zone de turbulences professionnelles, qui plus est lorsque l’on vit une situation d’épuisement (burn-out). Après avoir traité du rôle de l’entourage professionnel il y a quelques mois dans nos colonnes, nous nous attaquons aujourd’hui à cet autre volet non moins négligeable qu’est la posture de l’entourage cette fois personnel. Quelle place pour les proches ? A quelles difficultés se heurtent-ils ? Que peuvent-ils faire ? Que ne doivent-ils pas faire ?… Autant de questions auxquelles nous avons tenté de répondre lors de la 10ème édition des Samedis du Burn-Out (pour visionner le replay : cliquez ici).

Délimitons tout d’abord notre propos. Qu’entend-t-on par « entourage personnel » ? La notion recouvre deux réalités bien distinctes :

- la famille « nucléaire » entendue ici comme celles et ceux vivant au quotidien avec la personne épuisée (mari, épouse, concubin(e), conjoint(e) et enfant(s)). Autrement dit, il s’agit de celles et ceux qui sont impactés chaque jour par l’épuisement du (ou de la) concerné(e).

- le cercle « élargit » comprenant la famille non nucléaire (parents, frères et/ou sœurs, cousins, cousines, belle-famille, tantes, oncles, etc) ainsi que les (bons) amis. Autrement dit, celles et ceux qui vivent la situation mais de plus loin, sans impact quotidien…à dose “homéopathique”.

Ils sont donc nombreux, potentiellement, à être concerné par le burn-out. Les chiffres recensés indiquent 36% des français ont déjà fait un burn-out, mais il faut également compter les victimes « collatérales » : celles qui le vivent de façon indirecte et sur qui les conséquences peuvent également être redoutables. Elles aussi ont besoin d’aide, de soutien et de pédagogie : les proches d’un(e) « burn-outé(e) », un peu comme les proches d’une personne en dépression, ont besoin de comprendre. « Que se passe-t-il ? », « Que t’arrive-t-il ? », « Que nous arrive-t-il ? », « Comment puis-je l’aider ? ». Ces questions, nous les entendons tous les jours, aussi bien côté “victime de burn-out” que du côté de leur entourage. Il était donc essentiel de tenter d’y apporter des réponses. Pour cela, nous distinguerons selon la période concernée puisque, nous l’avons déjà indiqué dans nos articles, le burn-out est un processus comprenant plusieurs étapes.

I. Place et rôle des proches pendant la période de « burn-in »

Le « burn-in » correspond à cette période de surchauffe précédant l’effondrement (le “burn-out” à proprement parler). A ce stade, la personne en surchauffe ne se rend pas nécessairement compte de son état. Elle est fréquemment en plein déni. Pour autant, les symptômes sont bien là, souvent visibles de l’extérieur : irritabilité renforcée, insatisfaction latente, sentiment de surpuissance ou, à l’inverse, d’incompétence exacerbée, problèmes physiques (douleurs dorsales, migraines), etc (pour consulter la liste exhaustive des signaux et symptômes, cliquez ici). En tant que proche, vous voyez petit à petit la personne tomber dans des automatismes (« je suis en mode pilotage automatique » est une parole fréquente du burn-outé), rentrer dans une attitude de plus en plus négative et glisser vers un état de stress et de fatigue chronique. La fragilité s’installe. La personne pleure pour rien, elle est très souvent en colère, elle peut alors se tourner vers des substituts addictifs (tabac, alcool, psychotropes, etc). Vous pouvez alors être lanceur(se) d’alerte : « chéri, je crois que tu traverses vraiment une mauvaise passe », « tu veux qu’on en parle ? », « si tu ne veux pas en parler avec moi, tu peux peut-être aller en parler à un médecin ? ». L’épuisé(e) étant souvent en déni, elle peut ne pas entendre votre message d’alerte, aussi explicite soit-il. Nous rencontrons d’ailleurs des situations où la personne, malgré les warnings allumés par ses proches, a de toutes les façons besoin « d’aller dans le mur » pour se rendre compte de la situation et amorcer une vraie réflexion sur le sujet (c’est notamment le cas des personnes pour qui la valeur travail est très forte. Il peut alors être difficilement concevable de s’arrêter ou de prendre un peu de repos). En tout état de cause, vous pouvez essayer, sans attendre de résultat afin de ne pas tomber dans l’agacement ou la rancœur si la situation venait à s’aggraver par la suite. Idéalement, la personne doit consulter un professionnel de santé, un médecin (généraliste ou du travail). Il peut être parfois délicat d’avancer la carte « psy » (-chologue ou -chiatre) au départ, cela n’empêche toutefois pas d’essayer. Vous pouvez également proposer à votre proche de l’accompagner lors de ce premier rendez-vous médical.

A ce stade, vous avez vous aussi besoin de comprendre ce qui se passe afin de tenter d’avoir la bonne posture. Il vous faut aussi vous protéger, pour votre équilibre et celui, plus général, du couple et/ou de la famille. Vous ne devez pas vous substituer au professionnel de santé. Tout d’abord parce que ce n’est pas votre rôle et ensuite parce que vous n’en avez pas la compétence. Vous risqueriez alors vous-même l’épuisement ou la maladresse. Ce n’est pas le but ! En revanche, il vous faut vous renseigner. Comme pour n’importe quel sujet, la connaissance apporte la compréhension. Et celle-ci est essentielle pour la personne souffrante. Non jugement, absence de pression et bienveillance sont absolument essentiels pour faciliter les prises de conscience, et par la suite, la guérison.

Pour résumer : au stade du “burn-in”, renseignez-vous sur le burn-out. Internet regorge d’informations sur le sujet. De nombreux ouvrages très bien conçus existent. Des groupes Facebook de qualité et bien administrés ont vu le jour ces dernières années (voir, notamment, le groupe “Burn-out : parlons-en !”). Vous n’êtes pas seul(e), que vous soyez victime ou proche. Proposez votre écoute, c’est déjà beaucoup… En effet, bien souvent les proches ne peuvent (hélas) pas empêcher la suite des évènements. Ils constatent des signaux mais n’ont pas toujours conscience de ce qui se trame et de là où cela peut les emmener, surtout lorsqu’ils ignorent tout du burn-out.

Nos conseils à ce stade :

- Se renseigner (site Internet, consultation d’un spécialiste du sujet, lectures diverses) ;

- Eventuellement conseiller un repos de quelques jours au proche concerné ;

- Essayer d’être à l’écoute/demander régulièrement à l’autre si il (ou elle) a envie (ou besoin) de parler ;

- Suggérer un rendez-vous chez un professionnel de santé ;

- Offrir un ouvrage sur le sujet.

II. Place et rôle des proches pendant la période d’effondrement

Lorsque la personne s’effondre, il n’est pas rare qu’elle soit en incapacité de fonctionner “normalement” et de mener à bien ses tâches quotidiennes. La famille nucléaire est alors obligée, de fait, de prendre le relai au quotidien. Le conjoint ou la conjointe se substitue à l’épuisé(e) et prend le relai à la maison (pour les tâches ménagères ou la gestion des enfants notamment).

Pour autant, les proches se sentent bien souvent impuissants et démunis lorsque leur femme ou leur mari ne peut par exemple plus se lever, n’a pas plus goût à rien ou ne réagit plus comme avant aux tentatives d’humour ou d’amour…

Cela peut provoquer des attitudes maladroites, une fois encore par méconnaissance : brusquerie, comportements pressurisants ou culpabilisants. Il faut du temps pour que les proches comprennent qu’il ne s’agit ni d’un caprice, ni d’une grippe : le burn-out est un état qui nécessite un temps incompressible pour pouvoir commencer à aller mieux. Mais rassurez-vous, il y a bien un “après” !

Nos conseils à ce stade :

- Accepter votre sentiment d’impuissance ;

- Vous faire aider vous-même par un spécialiste ;

- Ne pas vous isoler, échanger avec vos proches. Maintenir de votre côté des liens sociaux ;

- Aider au maximum quant à la gestion de la maison (sans culpabiliser l’autre);

- Ne pas juger, ni brusquer ;

- Conserver un certain “mouvement” autour de la personne épuisée : de la vie, mais pas trop : conserver un minimum d’habitude (mais sans pression) : suggérer plutôt qu’imposer ;

  • Pas d’injonction culpabilisante : être dans la suggestion ;
  • Inciter à agir sur de toutes petites actions ;
  • Maintenir des points d’ancrage : il faut que la personne épuisée continue à avoir un sentiment d’utilité (exemple : chercher les enfants à l’école/lire l’histoire du soir/mettre le couvert) ;
  • Continuer à demander à l’autre s’il (ou elle) a besoin de parler ;
  • Laisser le choix à l’autre de faire ou de ne pas faire ;
  • Faire attention à en pas tomber dans l’infantilisation ;
  • Désacraliser la situation : “c’est comme ça”, “ce n’est pas grave”, “c’est emmerdant mais ce n’est pas grave et surtout c’est provisoire” sont des piqûres de rappel importantes ;
  • Rassurer l’autre sur vos sentiments (l’épuisé(e) perd souvent confiance en lui/en elle) ;
  • Aider l’autre (autant que faire se peut) à se reconnecter à son corps : affection, animaux, cocooning, etc.

III. Place et rôle des proches pendant la période de “remontée”

Comme nous l’indiquions, il y a toujours un moment où cela va mieux, même si le processus prend du temps. Petit à petit, l’épuisé(e) reprend goût à certaines petites choses, retrouve de l’énergie et, pour résumer, “revient à la vie”. Il faut alors “rendre” sa place à l’autre. Laissez votre conjoint (ou votre conjointe) reprendre son rôle dans la maison, en ayant toutefois en tête un point important : le (ou la) burn-outé(e) présume souvent de ses forces : un regain de vitalité le lundi ne signifie pas que la même énergie sera bien présente le mardi.

A ce stade, n’hésitez pas non plus à souligner le positif et à signifier les améliorations, aussi infimes soient-elles (sans en faire trop pour autant !).

Veillez également (si bien sûr vous le pouvez) à ce que la personne maintienne son suivi médical et/ou psychologique. Il peut en effet être tentant de lâcher son accompagnement lorsque l’on remonte la pente. Très mauvaise idée !

Enfin, sachez qu’il y a bien souvent un “avant” et un “après” burn-out. La personne peut changer au fur et à mesure de sa guérison et avoir de nouvelles envies, rejeter certaines personnes de sa vie “d’avant”, procéder à une sorte de tri sélectif … ne vous braquez pas : le burn-out est une étape de vie difficile qui, comme toutes les grandes zones de turbulences, oblige à remettre un certain nombre de choses en question.

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Marina Bourgeois

Pour en savoir plus sur le sujet : Marina Bourgeois. Burn-out. Le (me) comprendre & en sortir.