De la banque à la naturopathie, portrait de Mélanie.

Marina Bourgeois
Jul 10, 2017 · 9 min read

Oser Rêver Sa Carrière : Mélanie, tu as 31 ans et déjà une reconversion à ton actif. Peux-tu nous expliquer ce que tu faisant « avant » ?

Mélanie : avec une grande envie d’indépendance, j’ai commencé à travailler dès l’âge de 18 ans dans différents secteurs : équipière polyvalente dans un fast-food, service export d’une industrie de parfums de luxe et dans le cadre de contrats en alternance : agence de communication et magasin de vente et location d’échelles et d’échafaudages. J’ai ensuite intégré le secteur bancaire à l’âge de 21 ans. Et comme dirait ma maman : « Tu as toujours été en avance, à peine née tu voulais marcher » (rires).

ORSC : 9 ans dans une banque, ce n’est pas rien. Pourquoi avais-tu opté pour le secteur bancaire initialement ?

Mélanie : je rêvais d’une carrière internationale initialement. En 2005, j’ai été retenue dans une école pour obtenir une maîtrise d’acheteur international, on disait même que j’étais la première sur la liste, très valorisée. J’avais trouvé une entreprise de grande notoriété internationale pour mon alternance mais j’ai été renvoyée au bout de 3 jours : cette expérience a été vécue comme un choc émotionnel avec toutes les dévalorisations et culpabilités qui vont avec.

Après une expérience transitoire, j’ai vu que la banque recrutait des contrats de professionnalisation pour apprendre le métier. J’ai donc posté ma candidature spontanée sans attente particulière : « Pourquoi pas moi ? J’aimais bien accompagner mes parents le samedi matin à la banque quand j’étais enfant et en plus ils m’ont offert un cadeau quand j’ai ouvert mon livret jeune… ». Je les sentais proches des gens : « je vais pouvoir me sentir utile aux autres … et cerise sur le gâteau, il y a plein d’avantages pour les salariés …. ». Comme dirait un courtier rencontré dans une de mes dernières expériences bancaires en Haute-Savoie : « être banquier, c’est quand on n’a pas trouvé sa vocation », un métier « par défaut ».

ORSC : Avais-tu le sentiment, quand tu étais alors en poste, que tu faisais fausse route ?

Mélanie : pas au début, car je me sentais valorisée. Il y avait une bonne ambiance. Mes objectifs étaient toujours atteints. Toujours impliquée à 100% dans mes missions. Etant une «challengeuse » dans l’âme…

Juste après l’obtention de mon diplôme interne en 2014 qui a duré environ 4 ans, le mot TROP est arrivé. Vouloir tout faire, trop bien faire, être une bonne collaboratrice, une bonne conseillère, une bonne gestionnaire, bien former les nouveaux collaborateurs, trouver de nouvelles idées. Et en appuyant sur le bouton « Pause » je me suis R(éveillée) : « et moi, où est ma place ? Je n’ai pas de reconnaissance, on ne me propose pas une vision claire d’évolution de carrière, on tourne toujours autour des mêmes thèmes, des mêmes discours, des mêmes produits, des mêmes routines, toujours plus vendre ceci, se robotiser à prononcer des phrases obligatoires sans spontanéité… ».

J’ai alors éprouvé un grand désintérêt pour ma profession. Je suis une personne humaine et non une personne que l’on robotise à sa guise. Mes valeurs ont ressurgi : « Comment je peux continuer à vendre des produits en faisant peur aux gens ? Je perds mon temps, ma santé et mon énergie pour un travail ». Tout tournait en boucle dans ma tête avec diverses émotions (colère, tristesse, peur….). Mais ce que je savais, c’est que je devais quitter ce métier.

ORSC : Concrètement, comment est née l’idée de changer de métier Mélanie ?

Mélanie : au fond de moi, je savais ce que je voulais : quitter « la prison dorée » dans laquelle je me sentais enfermée. En m’observant dans mes entretiens clients, je parlais d’autres sujets pour lesquels je suis passionnée : nutrition, santé, développement personnel… Il fallait donc que je trouve cette voie qui me correspond, mais j’avais besoin d’aide. Car des idées, j’en ai à la pelle. Le but était de “focuser” vers LE métier qui me correspond. Allier passion et travail, telle est ma vocation.

ORSC : Pour toi, la bascule s’est donc faite par un moment de « crise personnelle » ?

Mélanie : exactement ! Une crise identitaire, au moment où j’ai commencé à travailler… sur moi. Cela fait un peu plus de 3 ans déjà que tout a basculé dans ma vie, sur tous les plans.

ORSC : Comment perçois-tu cette période difficile de ta vie Mélanie ?

Mélanie : comme une période de brouillard intense dans ma tête. La “foire à tout”, le bric à brac. Je ne savais plus quel sens donner à ma vie. J’étais perdue, avec un gros sentiment de solitude. Je voyais tout avec dégoût. Je ne savais plus ce qui me faisait vibrer dans la vie… Comme si j’étais seule dans le noir dans un tunnel sans fin. J’étais en colère, pleine de culpabilité, frustration et dévalorisation. Ce qui mène inévitablement à la dépression ou au burn-out. Je n’avais plus la force de jouer un rôle.

ORSC : Comment as-tu fais pour savoir où tu voulais aller ? Peux-tu nous raconter ton cheminement ?

Mélanie : je ne suis pas le genre de personne à avoir les deux pieds dans le même sabot. J’ai commencé à piétiner, à boiter… dans le but de trouver la bonne paire qui me fasse galoper. J’ai commencé par un bilan de compétences fin 2015. A l’image du jeu de société « Qui Est-ce ? », j’ai éliminé ce qui ne me convenait plus. J’ai continué à travailler dans d’autres postes dans le système bancaire. Etant consciente que ce secteur d’activité n’était plus à mon image, j’ai écumé des salons bien-être, je me suis formée à des thérapies alternatives, j’ai participé à des ateliers, j’ai lu, appris, voyagé, vécu de nombreuses expériences personnelles où j’ai rencontré beaucoup de personnes. C’était décidé, il était temps de me lancer, en créant mon entreprise ou en me formant à la spécialité qui me tient à cœur : la naturopathie. Je n’avais aucune carte en main sur le « comment y parvenir » mais j’étais décidée et déterminée à aller dans cette voie d’accompagnement de l’Humain vers des solutions alternatives vers son mieux-être. J’ai quitté la banque définitivement en novembre 2016 avec la chance d’avoir le droit à un financement dans le cadre d’un Congé Individuel de Formation (CIF).

ORSC : As-tu pu t’appuyer sur ton entourage ?

Mélanie : j’ai eu droit à tous les cas de figure : ceux et celles qui ont cru en moi dès le départ et ceux et celles qui m’ont fait douté et entrer dans mes peurs liées à la sortie de ma zone de confort. J’ai donc eu droit à divers points de vue. Ils m’ont tous servi pour atteindre mon but en pleine connaissance de cause. Que ce soit ma famille, mes amis, mes collègues, mes connaissances, ma conseillère de formation, ma conseillère du Pôle Emploi. Je les remercie car leurs intentions étaient en faveur de ma réussite. Et j’ai persévéré en toute sécurité.

ORSC : Quels obstacles as-tu dû surmonter Mélanie ?

Mélanie : les obstacles surmontés ont été nombreux. Aucun accord n’a été trouvé avec mon employeur initial pour obtenir une rupture de contrat à l’amiable. C’était non discutable. Afin de démissionner au bout de 8 ans de CDI, je me suis engagée dans un autre CDI. L’herbe n’étant pas plus verte dans le pré du voisin, ce nouveau contrat m’a encore plus démotivée et déprimée avec un portefeuille de 1200 clients et des tâches administratives qui me paraissaient insurmontables. Beaucoup de stress est apparu : « Comment faire ? Financièrement ? Pourquoi ai-je accepté ce contrat ? C’était mieux avant, je me suis peut-être trompée, Qu’est-ce que je fais ici ? …. ». Mon mental a été le champion de l’obstacle à surmonter…. Avec du recul, j’ai réfléchi aux solutions pour sortir de ce labyrinthe. Mon but était de ne pas me retrouver sans finances pour atteindre mon objectif et d’avoir un temps de pause pour préparer la suite de façon sereine. Il fallait que je trouve un contrat d’une durée minimale de 91 jours pour ouvrir mes droits au Pôle Emploi. Et obstacle franchi car un CDD pour remplacement de congé maternité s’est ouvert dans le domaine bancaire dans un poste au siège social. J’ai réussi à l’obtenir. Une fois celui-ci terminé, bingo j’ai pu m’inscrire au Pôle Emploi, et, cerise sur le gâteau, j’avais le droit à un Congé Individuel de Formation (ce qui n’était pas mon objectif initial). J’ai donc demandé un financement pour pouvoir intégrer une école de naturopathie. On me l’a refusé au départ car cette formation n’était pas certifiée par l’Etat. J’ai donc réfléchi et je me suis inscrite à une école de coaching personnel et professionnel. Au fond, cela n’était pas concret, je n’avais pas une vision claire de l’ « après » et tous les modules étaient en e-learning et je n’aurais pas eu suffisamment de soutien financier . Retour à la case départ jusqu’au 7 avril 2017 où je trouve un post sur Facebook mentionnant qu’un lycée agricole avait obtenu la certification RNCP par le ministère de l’Agriculture pour le diplôme « conseiller en naturopathie raisonnée ». Aucune question à se poser, j’ai foncé, monté mon dossier et j’ai été retenue par l’école. Le 29 juin 2017, mon CIF a été accepté par la commission. Je retiens ce beau message que je me suis appliquée : « Quand on tombe, on se relève, on recommence et les résultats finissent par arriver ».

ORSC : J’ai rédigé un article sur les montagnes russes émotionnelles inhérentes au changement de voie. Les as-tu connu, toi, ces montagnes russes ?

Mélanie : Oui ! J’ai vécu beaucoup de montagnes russes émotionnelles. Et en plus, j’ai le vertige… Je passais du rire aux larmes, de la joie à la dépression assez rapidement. Dans ces moments là, la recherche est celle de l’équilibre émotionnel. Etant une personne qui aime tout contrôler, j’ai compris que plus on lutte pour guérir, réussir … plus on renforce cette lutte et c’est l’éternel recommencement… Et l’équilibre ne trouve pas sa place dans cette bataille.

Comme disait Claude François «Ca s’en va et ça revient ».

ORSC : Comment définirais-tu le fait de « trouver sa voie » ? Est-ce ton cas aujourd’hui ?

Mélanie : trouver sa voie, c’est aller vers ce qui nous fait vibrer, ce qui nous donne envie de nous lever le matin, c’est ce qui nous met en joie à chaque instant. Trouver sa voie, c’est se sentir léger et fluide. Dans cet instant présent, je dis OUI j’ai trouvé ma voie pour une partie de ma vie. L’enseignement de Bouddha m’a appris que la vie est « Anicca » = impermanence, alors je choisis de me laisser guider par ma Voix Intérieure.

ORSC : Mélanie, crois-tu au concept de « vocation » ?

Mélanie :« Connais toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux ». Selon moi, c’est le travail de toute une vie car nous avons une multitude de vocations innées ou à développer. Une qualité générale peut mener à diverses vocations. La mienne est de transmettre, accompagner et former. Cela laisse des possibilités infinies. Le jeu est juste de relier les points entre eux pour obtenir la forme.

ORSC : Que te dis-tu en regardant en arrière ?

Mélanie : je suis fière de moi car l’expérience fait grandir. Aujourd’hui, je conserve tous les enseignements personnels et professionnels pour pouvoir continuer à grandir encore et toujours. Je m’aperçois que j’obtiens toujours ce que je désire avec confiance et persévérance. Et je ris de moi en me disant : « toutes ces batailles mentales m’ont épuisées alors que tout est si simple quand on prend un moment pour respirer et observer. Il y a toujours une clé pour déverrouiller la serrure » J’ai appris et conscientisé cela grâce au silence d’une retraite de méditation.

ORSC : Et en regardant en avant ?

Mélanie : je regarde en avant sereinement en me sentant confiante et heureuse à l’idée de réaliser un de mes rêves. Je me focalise sur ce que je vais apprendre pendant ma formation. Je note toutes les idées que je désire mettre en place quand je pourrais entreprendre grâce à l’obtention de mon diplôme. Aujourd’hui, je commence par donner des soins de lâcher prise auprès de mes proches et connaissances, ayant investi dans une table de massage. Quand je vois le bonheur réciproque que cela procure, je sais que je suis à ma place. Je me sens officiellement en vacances aujourd’hui.

ORSC : Des regrets ?

Mélanie : j’en ai eu en me disant : « si j’avais su j’aurais agi avant.. j’aurais fait comme si ou comme ça… ». Mais cette période de ma vie est révolue. Aujourd’hui est le commencement d’une nouvelle vie.


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Oser Rêver Sa Carrière accompagne les femmes et les hommes en questionnement professionnel afin de les aider à (re)trouver leur voie, (re)construire une carrière qui leur ressemble et passer à l'action.

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