De l’achat dans le nucléaire à galeriste, portrait d’Elisabeth Ndala !

ORSC : Bonjour Elisabeth !

E :Bonjour Marina, merci pour cette interview !

ORSC : Elisabeth, vous avez opéré une reconversion impressionnante puisque vous êtes passée de l’achat dans le nucléaire à galeriste ! Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs en quoi consistait votre ancien métier ?

E : En fait, je suis passée des achats dans le nucléaire au marketing produit, puis au marketing digital toujours dans le secteur de l’énergie, pour enfin arriver au métier de galeriste.

ORSC : Pendant combien de temps avez-vous exercé votre ancienne profession ?

E : En tout, pendant 12 ans.

ORSC : Comment et à quel âge vous est venue l’envie du changement ?

E : Au début de ma carrière professionnelle ! A la petite vingtaine et après des études supérieures, j’ai très vite eu envie de changement. Trois mois après le début, pour être plus précise. Mais j’occupais une place « enviée » dont on me disait que c’était une chance. Alors, je suis restée.

ORSC : Comment a cheminé cette petite graine intérieure ?

E : En fait, il a fallu qu’elle soit plantée. Une rencontre a tout fait ! Cela s’est passé en vacances, à Gorée. J’y ai rencontré un artiste dont le travail m’a plu. Nous avons beaucoup échangé. Notre conversation a duré deux heures durant lesquelles je me suis sentie à ma place, presque en phase avec l’univers (sourire). Une phrase m’est restée de cette rencontre « il faut que je travaille avec des artistes ».

ORSC : Concrètement, comment avez-vous fait pour opérer la bascule entre votre ancienne et votre nouvelle vie ?

E : Cela a pris dix ans, ça donne l’ampleur de la tâche ;-). La graine qui avait été plantée a germé en silence, me laissant vivre une vie de cadre, dans une grande entreprise.

A la naissance de ma fille, j’ai eu une autre révélation : voulais je subir ma vie ou la vivre ? J’ai entrepris un bilan de compétences qui m’a montré qu’une carrière dans le milieu artistique était sérieusement envisageable. J’ai donc entamé un 3ème cycle en conduite de projets culturels. Ce cursus était nécessaire pour solidifier mes compétences et commencer à construire un réseau. La fin de la formation a débouché sur un stage au sein de la galerie Goutte de Terre. Là , une vocation est née.

Après quelques recherches, j’ai trouvé un premier nid pour accueillir mon projet, la BAB’s Galerie, à Bagnolet. La bascule s’est faite doucement, puisque j’ai continué à travailler pendant 1 an 1/2 en tant que salariée. Lorsque l’activité a réclamé un investissement plus important pour se développer, j’ai sauté le pas.

Très vite, il m’est apparu que la géographie de la galerie devenait un obstacle à la pleine réussite de mon entreprise. Je me suis donc installée dans le 7ème arrondissent de la capitale, où je suis toujours.

ORSC : Des obstacles ?

E : Les obstacles sont principalement psychologiques, « peur de l’échec », « peur du regard et du jugement de l’autre », « peur du déclassement »…

Ensuite, il existe de réels obstacles : matériels, faiblesse du réseau adéquat, connaissance du marché…

Je travaille tous ces obstacles tous les jours et je dois dire qu’ils s’atténuent, à ma grande joie.

ORSC : Comment avez-vous vécu ce changement de vie ?

E : C’est une révolution morale, physique, familiale, financière, idéologique…bref, une révolution, telle que peut être la naissance d’un premier enfant.

ORSC : Des regrets ?

E : Oui, peut-être. On dira que j’ai fait pas mal d’erreurs, qui en fait étaient des expériences qui me servent aujourd’hui. L’une d’entre elles est peut être de ne pas avoir frappé assez fort financièrement dès le départ.

ORSC : Avez-vous été soutenue par votre entourage ?

E : Le soutien de mon conjoint a été essentiel et l’est encore, au même titre que celui de mes enfants. Dans ce genre d’aventure, on découvre des soutiens insoupçonnés sur son chemin et d’autres que l’on attend toujours…

ORSC : Vous êtes galeriste aujourd’hui, en quoi consiste votre métier exactement ?

E : je recherche, je sélectionne, j’expose, je présente et je vends des œuvres d’art. J’invite des acheteurs et des collectionneurs à découvrir le travail des artistes que je représente. J’accueille le public, le conseille et le renseigne.

ORSC : Elisabeth, votre journée type ?

E : J’ai 3 ou 4 “journées type” !

  • Journée de montage d’exposition : après une période de réflexion, j’entame la partie manutention. C’est une journée très physique, où je monte et descends de mon escabeau pour donner une forme à l’exposition. C’est un de mes moments de création. Le montage ne s’arrête que lorsque je suis pleinement satisfaite du résultat. Cette activité se prolonge souvent jusque tard dans la nuit. J’adore jouer les déménageur. Sachant que les montages d’exposition sont souvent réalisés sans les artistes…
  • Journée d’événement type vernissage : la journée sera ponctuée par la finalisation des détails (comme réaliser les cartels par exemple), la préparation du buffet et autres éléments permettant d’accueillir au mieux mes visiteurs d’un soir.
  • Journée “courante” : la journée est réservée à l’accueil du public, à la diffusion des œuvres et au travail administratif.
  • Journée “rendez-vous” et “visites d’atelier”

Certaines journées sont aussi consacrées aux artistes soit à travers des visites d’atelier ou de présentations à la galerie. C’est un des éléments de mon travail que j’apprécie le plus. De nouvelles rencontres, de nouveaux voyages dans l’univers de l’artiste.

ORSC : Psychologiquement, comment s’est passée votre reconversion ? Avez-vous pu identifier des étapes ?

E : Voici les différentes étapes que j’ai pu identifier :

  • L’idée qui jaillit;
  • Le tiraillement entre “y aller ou pas”;
  • La décision d’y aller, et la peur qui va avec;
  • Le saut avec parachute : on y va mais avec une certaine retenue car on ne sait pas si on va persévérer;
  • Le saut sans parachute : on sait qu’on a fait le bon choix, il n’y a plus de retenue dans la prise de décision, ce qui permet de se projeter et de ne plus prendre de décisions « petits bras ». L’enthousiasme grandit du fait que c’est un saut sans parachute, on se sent pousser des ailes et effectivement, des ailes vous poussent ;-) ! Les doutes apparaissent durant le voyage car tous les résultats ne sont pas au rendez-vous;
  • La libération arrive réellement lorsqu’on arrête de douter, de remettre en question le bien fondé de son projet. C’est ce qu’il y a de plus difficile pour moi;
  • Le chemin à parcourir : il s’agit ici de tout ce qui me reste à accomplir pour être pleinement satisfaite.

D’ailleurs, l’année 2017 démarre avec un super projet qui traite de la maturité de la galerie et de ma propre maturité aussi. Il s’agit du projet photos “TOTALLY MEGALO, TOTALLY SCHIZO, TOTALLY PHOTO”. C’est avant tout une expérience photographique réunissant une dizaine de photographes avec lesquels la BAB’s Galerie souhaite écrire une nouvelle page artistique. Habituellement chargée d’accompagner, de promouvoir, de diffuser et de vendre le travail des artistes, durant 6 mois, j’ajoute une corde à mon arc en passant de l’autre côté du miroir, devenant «sujet», « muse », le temps d’une séance. “TOTALLY MEGALO, TOTALLY SCHIZO, TOTALLY PHOTO” présente le travail d’artistes aux univers personnels, forts, audacieux et troublants d’émotion, dont la galerie aime la proposition artistique. Le projet donnera naissance à : Une Parution, Une exposition…

ORSC : Sur le plan financier, comment s’est passée votre transition ?

E : Alors…monter son entreprise, c’est gagner moins d’argent, beaucoup moins d’argent ! En tout cas, au début. Mais c’est gagner tellement plus…

Aujourd’hui, je suis riche d’expériences, de compétences, de rencontres et bientôt, d’argent !

Plus sérieusement, Une nouvelle affaire nécessite d’importants investissements que j’avais sous-estimés. Il faut essayer de bien dimensionner son projet et le budget qui va avec. Pour cela, il faut se faire aider et bien connaître les tenants et aboutissants du marché.

ORSC : Si c’était à refaire ?

E :Je le referais, différemment, mais je le referais , sans aucun doute !

ORSC : Merci Elisabeth !

E : Merci Osez Rêver Sa Carrière, c’était un plaisir !

Pour visiter la BAB’s Galerie, rendez-vous au 27 rue Casimir Perier, 75007 Paris (métro Varenne ou Solferino) et sur la page Facebook de la galerie. Vous pouvez également retrouver Elizabeth en image en visionnant cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=6atjfpLC1EQ


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