Burn-out, dépression ?

Le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, désigne un “état d’épuisement physique, émotionnel et mental qui résulte d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel” (Haute Autorité de Santé, 2017).

Originellement utilisé par les soignants ou bénévoles pour désigner leurs collègues surmenés devenus cyniques vis-à-vis des personnes qu’ils prenaient en charge, le burn-out touche l’ensemble des catégories socio-professionnelles, hommes et femmes confondus.

Bien qu’il n’y ait pas d’unanimité sur le sujet, on le distingue traditionnellement de la dépression. Selon Sabine Bataille, “une dépression n’entraîne jamais un burn-out, mais l’ inverse peut la précipiter. En cas de burn-out, la personne est en situation de stress chronique dans 100% des cas, tandis que c’est le cas seulement une fois sur deux dans une dépression d’origine non professionnelle” (Sabine Bataille, Se reconstruire après un burn-out). Si le burn-out ne conduit pas systématiquement à une dépression, il peut toutefois la provoquer, notamment par la crise existentielle (et identitaire) qu’il engendre parfois.

Le burn-out se caractérise par l’apparition, plus ou moins insidieuse, de différents symptômes (physiques, psychiques et comportementaux) que nous avons déjà largement explicité dans nos colonnes.

D’un point de vue symptomatologique, le burn-out est un épuisement physique et psychique. Contrairement à la dépression, il ne fait pas partie des descriptions médicales et pathologies répertoriées en psychiatrie. “Il a été historiquement comparé ou assimilé à un type de dépression réactionnelle car les symptômes se ressemblent mais aujourd’hui, il n’est pas considéré comme une maladie psychique car le processus et les causes physiologiques sont très différents. Le burn-out (conséquence du stress chronique) est une maladie physiologique qui a une incidence sur l’équilibre psychologique, contrairement à la dépression qui est une maladie psychique ayant des conséquences sur le corps” (Catherine Vasey, Comment rester vivant au travail ?). Autrement dit et à l’inverse de la dépression, le burn-out affecterait d’abord le corps, puis le mental. Et le burn-out aurait pour origine un stress perdurant au travail là où la dépression n’est évidemment pas liée qu’au travail mais peut avoir diverses origines. Ainsi peut-on lire “le burn-out ne concerne que l’activité professionnelle, voire quelquefois seulement telle tâche dans le travail, quand la fatigue (dépressive) touche l’ensemble des activités” (Marie Pezé, Le burn-out pour les nuls). Il est donc différent de la dépression qui se caractérise par la perte de l’élan vital dans l’ensemble des activités de la personne.

La frontière est toutefois mince en pratique puisque vie professionnelle et vie personnelle ne sont que rarement cloisonnées de façon totalement étanche. Ce sont bien souvent des “vases-communicants”. La fatigue générée par le stress chronique au travail peut affecter la vie personnelle et donc l’ensemble des activités de la personne. Où se situe la ligne de démarcation entre les deux “états” : l’état d’épuisement et l’état dépressif ?

La frontière entre les deux est d’autant plus ténue que les symptômes du burn-out sont facilement comparables à ceux de la dépression :

  • troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie) et/ou de l’appétit ;
  • fatigue extrême ;
  • culpabilité excessive ;
  • perte de motivation ;
  • problèmes de concentration, voire d’élocution ;
  • ralentissement général ou, à l’inverse, agitation flagrante ;
  • perte de plaisir ou d’intérêt pour toute activité ;
  • tristesse prédominante, etc.

Force est de constater qu’il s’agit là de symptômes identiques à ceux de la dépression, trouble mental caractérisé par des épisodes de baisse d’humeur accompagnée d’une faible estime de soi et d’une perte de plaisir ou d’intérêt dans des activités habituellement ressenties comme agréables par l’individu. Contrairement au burn-out, la dépression, anciennement classifiée dans le groupe des troubles de l’humeur par le Manuel diagnostique de l’Association américaine de psychiatrie, figure depuis la sortie du DSM-V en mai 2013 dans la catégorie des “troubles dépressifs”. Or, le burn-out ne figure pas dans cette classification. Son tableau nosographique (description et classification) n’existe pas. “Les atteintes doivent donc être sévères (25% d’incapacité permanente partielle) et le lien au travail doit être fortement établi pour que l’épuisement professionnel soit reconnu” (Marie Pezé, op. cit.). Pour l’heure, les seuls symptômes psychiques en lien avec le travail reconnus par le groupe de travail de la commission des pathologies professionnelles du Conseil d’orientation sur les conditions de travail (COCT) sont la dépression, l’anxiété généralisée et l’état de stress post-traumatique. Il est d’autant plus difficile à diagnostiquer que tous les médecins généralistes, psychiatres, psychologues, médecins du travail, ne sont pas nécessairement formés à la compréhension de l’épuisement professionnel. Mais, peu importe, l’essentiel est de distinguer les signaux avant-coureurs et de consulter le plus rapidement possible. Tel que l’indique Marie Pezé “même si les symptômes que vous présentez ne relèvent pas du burn-out, ils sont tout aussi sérieux et vous devez les prendre en compte et consulter”. Il ne faudrait pas passer à côté du diagnostic d’un état dépressif. Car si le repos et le temps permettent de retrouver l’énergie nécessaire à un retour “à la normale” après un burn-out (à condition, bien sûr, de revoir son rapport au travail, de bien comprendre ce qui relève de la responsabilité de son organisation et de sa propre responsabilité, etc), l’état dépressif nécessite une approche médicale et/ou thérapeutique adaptée qui se distingue de celle utilisée en situation d’épuisement professionnel.

Marina Bourgeois

Pour aller plus loin sur le sujet, Marina Bourgeois. Burn-out. Le (me) comprendre & en sortir, 2018.

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