Le burn-out est un tsunami

Isabelle, pour toi, qu’est-ce que le burn-out ? Comment le définirais-tu ?

Pour moi, le burn-out c’est un tsunami dans sa vie, car on ne le voit pas venir, on ne veut surtout pas le voir, on qualifie la situation de stress, de dépression… On croit que l’on va gérer comme d’habitude, mais non, c’est plus complexe que cela, et tout s’écroule.

Gros trou d’air, on tombe d’un coup, on sent une limite que l’on ne doit pas franchir, donc on va chez le médecin, qui nous arrête, et qualifie notre état de burn-out. Puis de fil en aiguille on découvre ce que c’est que le burn-out, la vie privée et le travail sont impactés gravement. Il y a un élément ou évènement déclencheur à cela. Souvent une grosse déception suite à la non reconnaissance de tous nos efforts pour satisfaire chacun(e) depuis de nombreuses années. C’est mon cas, déception professionnelle. Chaque situation de burnout est différente par certains côtés, mais il y a des points communs notamment les signes médicaux avant-coureurs du burn-out.

A quel âge t’est-ce arrivé ?

Cela m’est arrivé à l’âge de 40 ans, en 2006.

L’as-tu senti arriver ? Des signes annonciateurs ?

Oui et non. On ne connaît pas le burn-out avant d’y être confronté. On pense que l’on est stressé au départ, puis en dépression ensuite. C’est le médecin qui a qualifié mon état de burn-out et c’est vrai que, quand j’ai fais une rétrospective pour essayer de comprendre ce qui m’était arrivé, j’ai constaté que j’avais suivi sans m’en rendre compte toutes les étapes qui amènent au burn-out. Pour moi il y a eu un élément déclencheur : le refus de ma demande d’avancement de grade, alors que j’étais bien noté et avais de bonnes appréciations. Cela faisait 23 ans que je travaillais dans cette mairie, je m’investissais beaucoup et c’était la première fois que je demandais quelque chose au niveau de ma carrière. La fatigue, l’amaigrissement, les problèmes de mémoire et de concentration, les rapports avec ma N+1 qui se sont dégradés, elle a fini par exercer du harcèlement, une prévision de réorganisation de service, avec encore plus de travail, tout cela a fait que je me suis sentie incapable d’assumer à l’avenir les tâches administratives que l’on voulait me confier. J’ai alors senti une limite à ne pas franchir et je suis allée chez mon médecin généraliste, qui m’a arrêté pour burn-out.

Où en es-tu aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je considère avoir retrouvé la santé, même si en situation de stress j’ai des problèmes de concentration et de mémoire. La fatigue est toujours bien présente aussi. Mais le moral est bon et je vais de l’avant. Professionnellement, j’ai quitté la fonction publique territoriale, cela a été très dur. Je travaille maintenant dans le privé, comme intérimaire, dans les usines agro-alimentaire, ce qui est un non sens pour moi, car je suis encore dans un schéma de destruction de ma santé, le travail étant très dur avec des horaires un peu décalés. Mais je n’ai pas le choix, cela m’assure une certaine sécurité financière, puisque malgré tous mes efforts pour trouver un travail épanouissant et adapté à ma personne, je ne trouve rien d’autre. Région sinistrée au niveau de l’emploi, les agences d’intérim qui ne font pas l’effort de s’adapter à ton CV, l’handicap de l’âge (53 ans), et pour finir je suis seule donc je ne peux pas me consacrer à une formation car je dois assumer financièrement. Je tourne en rond professionnellement. Mais bon, j’ai réussi à stabiliser ma vie même si ce n’est pas folichon. Je poursuis mes efforts sur mon bien-être.

Cet épisode a-t-il changé ta perception du travail ?

Oui, cet épisode de burn-out a changé ma perception du travail. Le travail n’est plus prioritaire pour moi. J’ai appris à vivre avec beaucoup moins de moyens financiers.

Aujourd’hui je suis beaucoup moins perfectionniste et je ne souhaite plus travailler à plein temps, 24 h/semaine toute l’année me conviendrait bien.

Pour t’en sortir, quelles béquilles as-tu utilisé ?

Pour m’en sortir, j’ai beaucoup utilisé les médecines non conventionnelles, mais cela faisait très longtemps que je travaillais sur moi. Je voyais une fois par mois mon médecin généraliste. J’ai beaucoup marché dans la nature. J’ai fais un gros travail mental pour accepter l’inacceptable.

Comment vis-tu ta reprise ?

J’avais essayé de reprendre dans mon ancien travail, mais ma N+1 a exercé du harcèlement. Je suis donc partie définitivement, j’ai envoyé tout balader : vie privée et vie professionnelle, et je suis partie me reconstruire dans un autre département de ma région, cela pendant 3 ans 1/2. Là-bas, contrainte et forcée au bout d’un certain temps j’ai commencé à faire de l’intérim dans les usines agro-alimentaire puisque je ne trouvais pas de travail dans ma branche. Je n’y connaissais rien aux usines agro-alimentaire, je me suis adaptée car il a fallu tout reprogrammer mes automatismes : déjà travailler avec mes deux mains au lieu d’une, puisque avant j’étais secrétaire et je n’utilisais qu’une main pour écrire. Au niveau physique cela a été très dur au début, je faisais les 3/8. Actuellement je travaille en journée.

Si tu devais te comparer à un animal ?

Isabelle : Je serais une tigresse. Il a fallu se défendre, s’imposer, être pugnace, persévérante, patiente, combative. Touchée mais pas coulée !

Merci beaucoup pour ton témoignage !

Merci également.

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Pour en savoir plus sur le burn-out : Marina Bourgeois. Le (me) comprendre & en sortir, 2018.

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Oser Rêver Sa Carrière accompagne les femmes et les hommes en questionnement professionnel afin de les aider à (re)trouver leur voie, (re)construire une carrière qui leur ressemble et passer à l'action.

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