Quand tuer le temps au travail nous tue

Nous parlons beaucoup du burn-out et de ses conséquences psychiques sur les femmes et les hommes surmenés au travail et exposés à un stress chronique. Moins traité par la presse générale et spécialisée : le bore-out ou ennui au travail. De quoi s’agit-il ?

Comment peut-on s’ennuyer au travail ? Il y a toujours quelque chose à faire !” s’indigne Judith, cadre dans l’aéronautique. Judith adore son travail. Il est, pour elle, une véritable source d’épanouissement. A-t-elle de la chance ? Peut-être…

Tous les salariés ne vivent pas le même plaisir au travail…loin s’en faut. Pour un pourcentage (trop) élevé de la population, le travail est un supplice. Une longue journée qui n’en finit pas…

Ils sont victimes du bore-out syndrom, l’exact inverse du burn-out ainsi nommé en référence à la terminologie anglaise to bore, s’ennuyer. Moins évident que la surcharge au travail, ce syndrome d’épuisement par ennui au travail fait peu parler de lui. Peut-être parce qu’il sous-tend une accusation implicite des organisations concernées, l’ennui au travail reste tabou.

Combien de salariés sont touchés ? On ne dispose pas, pour l’heure, de chiffres réellement précis sur ce syndrome.

L’ennui au travail est pourtant une réalité. Nous recevons nous-même beaucoup de personnes envisageant une reconversion professionnelle à cause d’un ennui profond au travail et de l’évidente perte de sens qui l’accompagne. D’après les travaux de Christian Bourion, rédacteur en chef de la Revue Internationale de psychosociologie, docteur en sciences économiques et professeur à ICN Business School Nancy-Metz, “plus de 30 % des salariés en poste — toutes catégories confondues — sont en chômage — partiel ou total — à l’intérieur même de leur poste”*. Une étude menée chez nos voisins belges considère qu’entre 21 % et 39 % des employés n’ont pas assez de travail pour remplir leurs journées. Le phénomène est donc loin d’être anecdotique.

Que recouvre-t-il ?

Le bore-out, ou ennui au travail, désigne « un ensemble de souffrances détruisant la personnalité des salariés inactifs. D’une part, le salarié bénéficie d’un contrat de travail et d’un salaire. D’autre part, ses quelques tâches sont très peu nombreuses ou inintéressantes au possible. Le bore-out est imputable au décalage entre le temps de présence au travail et les volumes d’activités quotidiennes déclarées qui semblent inférieurs à deux heures. A part dans la situation particulière dite de «mise au placard» destinée à punir un salarié, le bore-out syndrom résulte d’un processus non-intentionnel, imputable au fait qu’à cause d’améliorations technologiques, de réorganisations ou de la baisse d’activité, certains postes de travail se sont vidés peu à peu de leur contenu, pour se remplir d’inactivité de façon insensée. Le cerveau du salarié qui occupe le poste doit absorber cette inactivité, ce vide, ce qui provoque une grande souffrance. Car il n’y a pas de syndrome plus déstructurant de la personnalité sociale que le bore-out » (Christian Bourion). Le temps se dilate pendant que le salarié se délite.

Cette situation, lorsqu’elle s’installe dans le temps, peut avoir des conséquences catastrophiques, allant jusqu’à la dépression, voire même, dans les cas les plus extrêmes, au suicide.

Concrètement, que se passe-t-il en situation de bore-out ?

Le salarié sous-occupé va commencer à adopter des stratégies palliatives et à combler lui-même son temps d’inactivité. En quête de nouvelles missions, il se tourne souvent dans un premier temps vers sa direction ou ses managers afin d’obtenir plus de choses à faire. Il arrive parfois à s’auto-octroyer de nouvelles tâches, même si elles sont en dehors de son périmètre d’activité. Tout sauf le vide (la nature n’en a pas horreur pour rien…). Il se surprend à proposer de l’aide à ses collègues. Petit à petit, il lui est de plus en plus difficile de trouver des choses à faire pendant ces temps de « vide » qui deviennent récurrents. Le salarié plonge alors parfois dans une lecture assidue de la presse, ce qui a l’avantage de pouvoir se faire derrière un écran et donc de passer potentiellement inaperçu… Les autres n’y voient que du feu. Les jeux sur l’ordinateur ou le téléphone portable sont également investis. Les coups de fil aux ami(e)s, au conjoint et à la famille se multiplient. Le salarié prépare ses prochaines vacances, puis les suivantes, puis encore les suivantes…jusqu’au moment où il a tout épuisé, surtout lui-même…

Puis plus rien à faire...au bout d’une heure ou deux, le néant. Impossible de s’occuper. Le vase vide est plein.

C’est après avoir épuisé toutes ces stratégies de remplissage que la question du sens se pose, fragilisant alors l’individu qui non seulement remet en cause l’organisation mais se remet en question lui-même. L’heure du doute arrive. « A quoi je sers ? », « suis-je vraiment utile ? ». La descente aux enfers commence. A l’ennui et au manque de stimulation intellectuelle s’ajoute la culpabilité (“je suis payé à ne rien faire…je ne vais pas me plaindre”). L’auto-dévalorisation pointe le bout de son nez entraînant une souffrance qui peut dépasser le cadre psychique et dépasser la personne tout court. Il est alors essentiel d’en parler et de pas ajouter de l’isolement à l’ennui.

Si vous vivez cette situation, n’hésitez pas à nous rejoindre sur le groupe privé Facebook Burn-out, parlons-en !.

Marina Bourgeois

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Pour en savoir plus sur l’épuisement professionnel : Marina Bourgeois. Burn-out. Le (me) comprendre & en sortir, 2018.

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