Sandra, 3 burn-out et 1 reconversion

ORSC : Hello Sandra !

S : Hello Marina ! Merci pour l’invitAction !

ORSC : Sandra, quel âge as-tu ?

S : Comme ça, cash ? Moi qui suis fan de trilogies j’arrive à 33 : j’aime bien ;-). Si tu le plies en deux ça fait l’infini…

ORSC : Tu as fait 3 burn-out, tu nous en parles ?

S : C’est mon côté perfectionniste ça, j’ai enchainé les burn-out jusqu’à en faire un bien, histoire de bien maîtriser mon sujet !

Plus sérieusement…oui, j’ai cumulé les burn-out hélas, par manque d’informations déjà, parce qu’à l’époque du premier (ça fait vieux de dire ça !) le mot était à peine prononcé, et en plus j’avais la combo burn-out/dépression, donc on m’a plutôt parlé de dépression. Dans un contexte de drame familial ça faisait sens, mais par chance j’étais tombée dans une librairie sur UN livre qui parlait de burn-out, parce que je ressentais une pression au travail et que je sentais bien qu’il y avait autre chose…

C’était « Burn-out, quand le travail rend malade » du Dr Baumann. J’ai toujours eu une belle synchronicité pour accéder aux informations au bon moment ;-).

Pour les deux autres, je ne peux pas plaider l’ignorance, mais plutôt mon perfectionnisme maladif, mon incapacité à dire non, poser des limites, me faire passer en priorité plutôt que remplir le rôle de la « petite fille modèle » qui fait tout bien ce qu’on lui a demandé même si c’est juste trop, et irréaliste.

Les deux derniers burn-out étaient dans la même entreprise, et franchement on ne peut pas dire que je ne les ai pas vu venir, mais je continuais à croire que j’allais y arriver, que je devais y arriver.

Pour moi c’était plus important de répondre aux attentes et de mettre en place des solutions que de me faire arrêter… Le fameux « moi, c’est pas grave » (il faut l’exterminer celui-là !). Sans compter qu’avec le perfectionnisme, au lieu de ne pas faire les choses parce que tu ne peux pas, tu vas rajouter ta propre couche d’exigence et en faire encore plus que ce qu’on te demande. Parce que c’est binaire : parfait, ou nul. La voie royale vers le burn-out !

Le problème c’est que tout ça je ne l’ai réalisé qu’après le 3ème burn-out. Avant j’étais persuadée d’y arriver, en travaillant dur. Sauf que bien sûr le corps n’a pas suivi. Il a fini pas s’arrêter net. C’était chaque fois plus rapide, à chaque fois plus violent.

ORSC : Parviens-tu à identifier les causes de chacun de tes burn-out ? Un dénominateur commun ?

S : Le dénominateur commun c’est clairement mon absence de limites, et aussi mon profil atypique. Ce profil « zèbre » (je n’aime pas le terme de « surdouée ») avec le faux-self associé, ce charmant « costume de normalité » qu’on porte en entreprise pour ne pas montrer notre différence qui coûte en énergie, et une certaine propension à vouloir tout faire, avoir en permanence de nouvelles idées, de nouveaux projets qu’on veut mettre en place… en plus de ses missions de base, parce qu’on n’a pas de limites ! J’ai toujours cumulé assez vite les postes, les missions, les responsabilités… sauf que ce n’est pas humain, rapidement on s’épuise !

Ensuite le burn-out est multifactoriel, et ça chaque fois j’ai eu des combos différentes. Pour le premier je faisais des photos de concert à côté de mon travail, que je traitais la nuit donc pas de repos, plus un drame familial et du cumul de poste.

Pour les deux suivants cumul de postes et gros soucis financiers (le procès est toujours en cours… face à des banques qui font des choses illégales on se sent vite impuissant, et quand ça dure des années c’est usant, ça a eu un rôle certain sur les deux derniers burn-out).

Sur le dernier en plus j’ai changé de postes en plus de les cumuler, et j’avais perdu une bonne partie de mes missions créatives. Sauf que la créativité c’est ma valeur la plus importante. Je me suis éteinte très rapidement.

ORSC : En termes de symptômes, tes burn-out ont-ils été les mêmes ?

S : Pas exactement, mais on retrouve des dénominateurs communs, notamment chez moi les troubles de sommeil, la fatigue permanente (qui ne part pas avec le repos), les infections et surinfections à répétition, l’agressivité, le mal de dos.

Ensuite sur les deux premiers je faisais des insomnies, alors que sur le 3ème je dormais beaucoup (quand je prenais le temps…).

Sur le premier j’essayais de me maintenir avec du café et des « boissons qui donnent des ailes », j’avais des problèmes de tachycardie (palpitations, c’est assez flippant).

Sur le deuxième j’ai fait un truc très spécial, une grosse hypothermie le jour du burn-out, j’ai dû me trainer en dehors du lit pour boire de l’eau chaude et me rechauffer. Depuis je ne fais plus de fièvre, quand je suis malade je descends dans les 34–35 au lieu de grimper vers les 39–40…

Depuis le 2ème j’ai aussi régulièrement des ulcères aux yeux quand je suis fatiguée ou trop sur l’ordi. Je ne peux plus mettre de lentilles à cause de ça.

Sur le troisième une fracture de fatigue, globalement des blessures à répétition.

Et le sentiment d’être dépassée, de ne pas y arriver, de se sentir nulle, sacrifiée, désinvestie mais sans pouvoir décrocher, et de plus en plus dans le brouillard.

Et une fois en burn-out, c’est simple, le corps est HS : je ne pouvais que comater, dormir, souffrir du dos, accumuler toutes les infections qui profitent que je me sois enfin arrêtée pour me tomber dessus, et apprendre à rebouger, remarcher, repenser… C’est long.

ORSC : Des signaux d’alerte avant tes burn-out ?

S : Il y a deux symptômes que je trouve caractéristiques : le fait de tomber systématiquement malade le week-end ou au début de vacances, qui montre combien l’organisme est épuisé et vulnérable. Il tient sur ses limites.

Et pour les migraineux le fait d’avoir des migraines quand on arrête de travailler, ce qui est super vicieux… D’ailleurs je réalise que depuis que j’ai quitté le monde de l’entreprise je n’ai plus de migraines J

Aussi, j’ai toujours des vertiges les jours précédant le moment où je vais m’effondrer.

ORSC : Comment as-tu réussi à t’en sortir ?

S : Sur le premier honnêtement j’ai repris trop vite et je tenais avec des médicaments. Plutôt loosif.

Sur le second j’avais agi beaucoup plus sainement, en travaillant sur mon hygiène de vie, avec du sport tous les soirs pour passer de ma journée de boulot à ma soirée perso, et je faisais attention à mon alimentation. J’ai commencé à lire des livres de développement personnel et des livres sur le burn-out (il y en avait déjà beaucoup plus !), et je me suis fait accompagner quelques mois. J’étais vraiment mieux armée, je m’étais même fait tatouer mes valeurs pour ne pas replonger… mais c’était dans le dos, erreur, je ne les voyais pas ^^ !

Ensuite, je crois qu’il ma « fallu » ce troisième burn-out pour avoir une vraie prise en charge complète : un vrai temps de repos, un travail sur l’écoute du corps avec pilates/yoga puis reiki avec mon Sensei Raynald.

Et surtout j’ai rencontré Lyvia et Martin Latulippe et David Lefrançois, j’ai réalisé que l’entreprise n’était pas la seule voie possible. Je me suis retirée la pression de « devoir y retourner ». Et grâce au coaching edont j’ai rejoint la formation j’ai enfin entendu des messages qu’on ne diffuse pas assez : je suis assez, je n’ai pas à être parfaite, on ne va pas me tuer si je dis non, et surtout je suis ma priorité. Comme avec les masque dans l’avion : moi d’abord, les autres ensuite.

Depuis je travaille à intégrer et transmettre tout ça…

ORSC : Le burn-out est une véritable souffrance pouvant pousser ses victimes à commettre l’irréparable. Quels conseils donnerais-tu à l’entourage d’un « working dead » ?

S : Sur un premier burn-out c’est toujours délicat parce que la personne ne le voit pas venir, est persuadée qu’elle est « plus forte que ça », qu’elle va tenir le coup… et là il n’y a que l’entourage qui voit le changement. La personne devient agressive, un peu cynique parfois, elle va se couper des autres…

C’est important que les proches soient au courant des symptômes, pour alerter du changement qui se produit… en marchant sur des œufs et avec bienveillance (attention le Working Dead est agressif, ne le prenez pas personnellement !).

Le but ultime pour l’entourage c’est amener à consulter, parce que l’important à ce stade c’est de s’arrêter. Appuyer sur STOP, et prendre le temps de se reposer (vraiment, sans regarder ses mails ni bosser de chez soi). Ensuite ça doit venir de la personne. C’est pour ça que pour les proches il peut être plus facile de montrer que la personne compte pour nous, et l’orienter vers de l’information, mon site, le tien, et ultimement le médecin une fois qu’il y a prise de conscience du problème.

(on peut suggérer une consultation sur un des symptômes annexe aussi, l’air de rien : fatigue, troubles du sommeil, les douleurs, les infections… une petite dose de fourberie est bienvenue, c’est une question de stress-défense !)

ORSC : Selon toi, faut-il en faire une maladie professionnelle ?

S : Je suis partagée sur la question. Parce que le burn-out n’est pas forcément uniquement professionnel, il y a souvent plusieurs facteurs associés, et parce qu’il est important de responsabiliser le burn-outé dans sa reconstruction.

Ensuite il y a de vrais efforts de sensibilisation et prévention, aménagement du temps de travail et droit à la déconnexion à mettre en place au sein des entreprises. Et si leur faire porter le poids financier des arrêts maladie peut les faire réagir et être plus à l’écoute du bien-être des salariés, alors dans ce cas la reconnaissance est une bonne chose.

ORSC : Aujourd’hui, que fais-tu ?

S : De la sensibilisAction pédagogeek au burn-out !

SensibilisAction parce qu’il y a une véritable invasion de Working Dead qui errent en quête de sens dans les couloirs des entreprises, et encore trop peu d’information sur le burn-out. Ou alors de l’info erronée, avec toujours cet amalgame entre burn-out et dépression…

Et pédagogeek parce qu’avec des références à des séries, des films, des jeux vidéos… sous format articles, vidéos, formAction en ligne, depuis peu ateliers et conférences. Mon but : former une armée de Stress Fighters qui saura reconnaître les signes du burn-out et éviter le côté obscur. Des Maîtres du Je(u) ;-).

ORSC : Te considères-tu comme résiliente Sandra ?

S : Pas encore assez, mais j’y travaille ! J’ai enfin appris qu’avoir des émotions n’était pas quelque chose de négatif, au contraire, et je les accueille avec bienveillance au lieu de les étouffer. Et si je reste « chatouilleuse » sur l’injustice je fais mieux la part des choses entre ma zone de contrôle et les événements sur lesquels je n’ai pas prise. L’occasion de développer mon lâcher prise (ou Game of Thrown en pédagogeek) ;-).

ORSC : Quel regard portes-tu sur le monde de l’entreprise aujourd’hui ?

S : Je suis partagée, on commence à voir émerger de belles initiatives de bien-être au travail, droit à la déconnexion, intrapreneuriat, gestion des talents et compétences qui sont de belles pistes d’épanouissement au travail. 
 Mais que ce soit dans mon expérience et mon audience on est plus dans de la souffrance, des attentes beaucoup trop élevées par rapport aux ressources, des injonctions contradictoires, du harcèlement, une forme d’obligation morale malsaine de répondre à ses mails à toute heure et même le week-end, une forme d’hyperconnexion qui se déconnecte de l’humain.

Il y a une réelle hypocrisie dans tout ça. Moi qui suit hypersensible et assez hermétique à la diplomatie et aux non-dits j’ai beaucoup souffert des incongruences entre le discours officiel et les comportements… C’est un vrai problème chez les atypiques, alors que nos cerveaux efferveScients ont tellement à apporter !

ORSC : A ton avis, est-on responsable de son burn-out ?

S : Oui, au moins en partie. Que ce soit à cause du perfectionnisme ou du surinvestissement, ou parce qu’on n’a pas su dire non à des attentes irréalistes ou des comportements déplacés ou intrusifs. Alerter sur une surcharge en continuant de faire les choses ne marche pas, j’ai testé. Mais rester pour trouver LA solution qui arrange tout le monde (sauf soi) au lieu de se faire arrêter avant de sombrer, oui clairement c’est ma responsabilité.

Toujours dans la logique de prendre soin de soi avant de prendre soin des autres : on a tous le choix de partir au lieu de se sacrifier. Même le temps d’un arrêt pour organiser sa recherche ailleurs, son bilan de compétence, sa reconversion : il faut déconnecter. Si on a alerté et que rien n’a changé, il faut partir.

ORSC : Si tu devais le définir en une phrase, ce serait quoi pour toi le burn-out ?

S : Le burn-out c’est le stade ultime de l’accumulation de stress, stress qui a oxydé les réserves de l’organisme jusqu’à griller tout le système.

ORSC : As-tu des recommandations en termes de ressources ? Ouvrages, articles ou sites, blogs ?

S : Mon objectif avec EfferveScience c’est d’infuser et diffuser les idées, et aussi les ressources. J’ai une page de ressources de Stress Fighters sur mon site, et je ne peux que mettre en avant des initiatives comme ton groupe ou le mien. On est dans la même démarche de partage des ressources et ça j’adore !

En terme de lectures j’aime beaucoup « Je dis enfin Stop à la pression » d’Audrey Akoun et Isabelle Pailleau pour « avant le burn-out » parce qu’il est fun à lire et plein de conseils et outils, et pour l’après burn-out « Se reconstruire après un burn-out » de Sabine Bataille, parce qu’il explique les mécanismes qui amènent au burn-out et les étapes de la reconstruction (même si j’adorerais mettre ma patte artistique sur ses diapos, un peu old school, même si super bien faites par ailleurs !). C’est essentiel de comprendre ce qui nous a amené au burn-out avant de repartir vers de nouvelles aventures, pour éviter de se reprendre un mur…

ORSC : Merci Sandra pour tes mots et ta très jolie illustration pour Oser Rêver Sa Carrière ! Longue vie sans burn-out à Effervescience et rendez-vous le 1er avril pour la 4ème édition des Samedis du Burn-out !

S : Merci à toi, longue vie à la sensibilisAction collaborActive !

Lien site Internet : www.EfferveScience.fr

Pour s’inscrire à la 4ème édition des Samedis du Burn-Out (thème : burn-out, comment en sortir ? : http://meetu.ps/37hdby).

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