(Sur)charge mentale : comment s’éviter l’épuisement ?

La vie des actifs n’est pas toujours de tout repos ! C’est le moins que l’on puisse dire en cette période atypique de télétravail pour beaucoup d’entre nous et pendant laquelle la frontière entre le boulot et la maison est encore plus ténue que d’ordinaire, renforçant ainsi notre fameuse charge mentale.

Penser à réserver les billets de train pour les prochaines vacances, prendre rendez-vous chez le dentiste pour l’aîné, rappeler Sophie qui nous a laissé un message il y a cinq jours, envoyer le dossier Dupont avant ce soir, acheter du lait pour le petit dernier avant 18h… ça vous parle ? C’est exactement ça la charge mentale : penser à 1001 obligations en même temps… Une « to do list » longue comme un rouleau de papier toilette mais qui ne se termine jamais… un tunnel sans fin… une charge en perpétuel renouvellement.

Rappelons tout d’abord ce qu’est la charge mentale pour éviter toute confusion ultérieure. La notion a été définie en 1984 par Monique Haicault, (sociologue) comme étant le fait « de devoir penser systématiquement à des choses appartenant à deux mondes séparés ».

Autrement dit, c’est le fait d’avoir en permanence en tête des préoccupations dédiées au bon fonctionnement du foyer (avec ou sans enfant) et à la logistique domestique et éducative. C’est par exemple être au travail mais avoir tout un tas de « post-it intérieurs » du type « acheter le cadeau pour l’anniversaire du copain de Nathan samedi », « arroser les plantes ce soir sinon tout va faner », « appeler ma belle-mère pour prévoir l’arrivée des petits aux vacances de Pâques ». Toutes ces petites choses qui, si elles ne sont pas faites, plongent l’organisation générale dans le chaos…

C’est également être à la maison et penser au mail que l’on a oublié d’envoyer à ses équipes et qui doit impérativement partir avant demain matin, au dossier à relire pour la prochaine réunion, à ses vacances qu’il faut poser avant la fin du mois, etc.

On est à un endroit A mais l’on pense à ce que l’on doit faire dans l’endroit B et inversement. En sus de ne pas être vraiment dans le moment présent, on s’use. Mentalement comme physiquement.

Historiquement et sociologiquement très prégnante chez les femmes, la notion est rentrée dans le Larousse en 2020. Elle a connu un « revival » en 2017 avec la BD, devenue virale, de la bloggeuse Emma.

Emma, Massot Editions

En réalité le problème n’est pas la charge mentale en elle-même : nous avons tous, femmes et hommes, un poids mental quasi permanent que ce soit au travail, à la maison ou dans le cadre d’engagements associatifs, politiques, religieux ou autre. Le problème est la surcharge.

Or, il y a bien souvent surcharge :

  • lorsque la to do list au « travail » s’allonge et n’en finit plus, et/ou que la to do list de la « maison » repose sur une seule personne (une pensée toute particulière pour les mamans ou papas solo au passage) ;
  • lorsque la charge mentale professionnelle et/ou personnelle est mal répartie, voire pas répartie du tout.

Et lorsqu’il y a un trop plein au boulot et un trop plein à la maison… c’est la catastrophe assurée ! Stress chronique, perte d’énergie, anxiété, surmenage, fatigue persistante, saturation cognitive voire épuisement total (burnout)… Les conséquences de la surcharge mentale sont peuvent être extrêmement délétères, pour soi, pour le couple, pour la famille et pour le travail.

Toutes ces petites choses incombant parfois à une seule personne (très souvent la femme, dixit l’Insee) surchargent le disque dur interne. Et comme tout disque dur internet saturé, au bout d’un moment ça disjoncte : plus de temps pour soi, sensation d’être en mode pilotage automatique en permanence ou dans un tunnel sans fin… L’addition charge mentale pro + charge mentale perso est déjà parfois salée, alors celle de la surcharge pro + surcharge perso… n’en parlons pas !

Comment, dès lors, faire bouger les lignes et s’éviter la chute ?

1/Tout d’abord en reconnaissant les signes de surchauffe : irritabilité, crise de larmes, sommeil non réparateur ou perturbé, lassitude, exaspération, etc. Tous ces symptômes doivent vous alerter. Le burn-out est toujours précédé d’une phase de “burn-in” (plus ou moins longue selon les individus) pendant laquelle le corps parle. Ecoutez le et consultez votre médecin.

2/ En se déchargeant d’une partie de sa charge mentale. Au travail, comme à la maison, allégez la mule !

Au travail : déléguez et fixez des limites !

Posez-vous et listez toutes les petites, moyennes ou grandes tâches que vous pourriez déléguer aux autres : collègues, collaborateurs, stagiaires, etc. Si vous souhaitez vraiment libérer un peu d’espace mental et ne plus être à 100 à l’heure en permanence, vous n’avez pas d’autres choix que d’accepter l’aide d’autrui. Les choses ne seront peut-être pas faites comme vous l’entendiez mais au moins vous retrouverez un petit peu plus de temps pour vous concentrer sur vos missions essentielles. L’éparpillement mental n’est jamais bon.

Cela implique donc de faire le tri entre l’essentiel et l’accessoire, et de faire un travail de priorisation. Quelles sont vos priorités du mois/de la semaine/du jour ? Concentrez-vous sur elles et déléguez ou relayez à d’autres (lorsque c’est possible) le « reste à faire ».

Cela s’appelle le « lâcher-prise » (je ne suis pas fan de ce concept utilisé à tort et à travers mais il est ici tout à fait adapté). Apprendre à lâcher-prise consiste à identifier ses limites, à les admettre puis à les opposer (voire les imposer) aux autres. Et à moins que vous ne sauviez des vies (et encore, même et surtout dans ce cas là il est essentiel de se préserver), le travail non accompli ne changera pas la face du monde. Cela engendrera peut-être du retard, des décalages, le mécontentement de votre équipe ou de votre N+… Qu’importe. Votre santé physique et mentale doit être votre priorité.

Vous avez besoin de partir à 18h alors que tout le monde part à 20h ? Là encore, qu’importe ! Rester deux heures de plus pour faire du présentéisme ne sert à rien, si ce n’est entretenir le culte poussif selon lequel « plus on passe de temps sur sa chaise de bureau, plus on est un bon élément ». Assumez vos exigences. Vous aurez peut-être des réflexions ou des regards inquisiteurs les premiers jours, mais vous verrez qu’à force les équipes s’y feront… et vous suivront peut-être dans votre audace (qui, même lorsque l’on adore son métier, n’a pas envie de rentrer plus tôt chez soi pour s’adonner à d’autres activités ?…). Le temps passé à travailler ne signifie pas travail bien fait. L’amplitude horaire n’est qu’une vitrine. Une réunion à 20h ? Osez dire non : « j’ai une vie à côté ». Pour s’éviter l’épuisement et tant que le respect de l’équilibre de vie n’est pas permis ou respecté par votre entreprise, fixez vous-même les limites et assumez les. Oui, c’est dur. Mais c’est essentiel. Aucun travail ne mérite de mettre votre santé, votre couple ou votre vie de famille en péril.

A la maison : répartissez !

La charge mentale à la maison correspond à tout le travail invisible (et non rémunéré) d’organisation et de gestion des travaux ménagers et de la logistique familiale.

Cette charge s’ajoute à celle du travail, si bien que l’on se retrouve souvent à avoir une « double journée » et à être fatigué en permanence, sans que les temps de repos (week-ends et vacances) ne permettent de vraiment récupérer.

Là encore, lâchez prise, déléguez et répartissez.

Si vous en avez les moyens, embauchez un homme ou une femme de ménage. Ou un(e) nounou pour les enfants. Sollicitez les grands-parents (je sais, avec la Covid c’est compliqué), vos amis, vos frères et sœurs pour un peu de baby-sitting afin de vous dégager du temps pour vous. Et répartissez les tâches : vous n’avez pas à endosser le rôle de “Responsable en titre des tâches domestiques”. Devoir penser pour deux, pour trois (et parfois plus encore !) n’est ni normal ni souhaitable. Pourquoi un seul membre du foyer devrait anticiper les besoins de tout le monde ? Personne ne naît avec le gène de l’anticipation systématique ! Et avouons qu’organiser des vacances en famille est sympa, mais le faire tout le temps… ce n’est plus du plaisir ! Et anticiper les besoins en ravitaillement pour que tout le monde soit nourri (a minima correctement) n’est pas une franche partie de rigolade non plus. Pas de raison que ce soit toujours la même personne qui anticipe et oeuvre pour le fonctionnement commun.

Nous avons travaillé et testé pour vous un petit tableau fort utile pour rétablir l’équilibre dans un foyer. Il s’intitule “T’as pensé à…” et vous permettra de penser (et panser !) la répartition des tâches entre vous, votre partenaire et vos enfants si vous en avez. Distanciez vous de l’affect et envisagez votre foyer comme une colocation : lorsque l’on est en coloc’, on se réparti les tâches. Et bien faites la même chose en couple ou en famille.

T’as pensé à ?

JE TELECHARGE LE TABLEAU

Faites un test pendant 1 mois : accrochez le quelque part chez vous. Chaque membre du foyer devra cocher une case à chaque fois qu’il réalise une tâche. Vous verrez ainsi à la fin du mois si déséquilibre il y a. Sur cette base, vous pourrez rectifier ce qui doit l’être. Vous nous direz si cela a marché (contact@orsc.email).

A bientôt !

Marina, Dirigeante d’Oser Rêver Sa Carrière

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Marina Bourgeois

Marina Bourgeois

www.oser-rever-sa-carriere.com

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