Innover ou mourir ? La mobilité, principe vital du territoire

#MoveInSaclay — Épisode 1

3 ingrédients pour une potion magique ?

Je vais vous parler d’un territoire qui possède trois caractéristiques un peu particulières. La première d’entre elle : une réputation, relayée par une réalité concrète et quotidienne, d’être un territoire mal connecté, mal desservi, difficile d’accès. La faute à des infrastructures limitées qui ne peuvent s’adapter au très fort développement d’un pôle mondial industriel et de recherche. Le tout pimenté par le retard conséquent d’infrastructures structurantes et indispensables à son développement. Un tel territoire constitue a priori un terrain de jeu idéal pour tout industriel ou chercheur souhaitant tester de nouveaux concepts. Pour le meilleur comme pour le pire.

Justement, ce territoire possède une concentration assez incroyable d’industriels, de chercheurs, de centres de formation et d’innovateurs de tout poil, dans tous les domaines pouvant trouver une application à la mobilité : l’informatique, la robotique, le véhicule autonome, l’intelligence artificielle, l’automobile et les transports, l’énergie, et j’en oublie certainement. La concentration de solutions potentielles est à la hauteur de l’intensité des défis.

Tout ceci serait fort bon mais ne garantirait pas une potion réellement magique, sans un troisième ingrédient, plus rare et précieux, à la source des innovations territoriales les plus prometteuses. Cet ingrédient garantit que les solutions rencontreront les bons problèmes, dans un mariage réussi. Sur ce territoire, une conscience des défis, un besoin de coopération et une volonté d’agir collectivement émergent. Une convergence s’opère entre acteurs économiques, de la recherche, de la société civile, citoyens et élus des 3 agglomérations du territoire. Symboliquement et médiatiquement, cette convergence a pris corps avec cette tribune réclamant que Paris-Saclay soit desservie par la ligne 18 comme prévu. Et dans les temps. Plus profondément, il s’agit du résultat d’un lent processus fait d’essais, d’échecs, de petites réussites successives, d’apprentissages communs.

Si le report de la ligne 18 à Saclay représente un gâchis des finances publiques et un échec de l’Etat, celui-ci a selon moi eu un effet positif : accélérer la construction d’une identité commune, forgée dans l’adversité. Cette identité s’est exprimée dans la protestation à l’idée de la possible remise en cause du projet même de Paris-Saclay, car il n’y a pas de territoire sans mobilité, comme un réflexe de survie. Elle demande maintenant à s’exprimer dans la construction de solutions, pour assurer la vitalité du territoire.

La nécessité d’agir. Différemment.

Nous y sommes. Cette dynamique naissante, bien que profondément ancrée dans l’action de ces dernières années, cette communauté d’innovation balbutiante, ont besoin d’être soutenues, d’être attisées. Les choses sont assez simples : personne ne veut que, de la profusion de solutions, n’émergent que des innovations stériles et sans avenir ; que les défis du territoire ne deviennent des handicaps insurmontables ; ou que la réaction collective de protestation d’un jour ne soit qu’une récrimination sans lendemain.

Beaucoup comprennent que nous sommes au moment favorable pour souffler sur les braises, juste ce qu’il faut, pour embraser un territoire qui n’attend que cela, pour y faire émerger des solutions et des modèles novateurs qui ne remplaceront pas le métro mais feront bien mieux que le préparer ou « faire patienter » : je suis convaincu qu’elles forgeront l’identité de ce territoire, elles constitueront certainement un jour sa marque de fabrique, au même titre que Copenhague du vélo sa marque de fabrique, et du « Snake Bridge » une nouvelle « petite sirène ».

La démarche que nous initions demain s’adresse à ceux-là donc qui partagent la conviction que le territoire de Paris-Saclay doit légitimement être un leader des mobilités non seulement à travers sa recherche ou ses solutions industrielles, mais avant tout par ses pratiques et son mode vie. Comment allons-nous travailler ? En partant des défis, de l’expérience de mobilité des habitants, des entreprises et de leurs salariés, ainsi que des aspirations de ces acteurs du territoire, en termes de mode de vie, de conditions de travail et d’écosystème d’innovation.

Elle réunit déjà des acteurs nombreux : industriels, centres de recherche, aménageur public (EPAPS) et collectivités locales, avec les 3 communautés d’agglomération concernées (Versailles Grand Parc, Saint-Quentin en Yvelines, Paris-Saclay). Depuis notre premier atelier de créativité du mercredi 21 mars cette communauté s’étend, en vue de co-désigner un projet partagé et des actions pour le territoire.

Un problème bien posé est un problème à moitié résolu

Tout a été dit et écrit sur le rôle vital des infrastructures de transport et de la mobilité pour la réussite du projet Paris-Saclay dans son ensemble et la vitalité du territoire. De la Cour des Comptes (2017, le projet de Saclay et l’offre de transports) à Cédric Villani (2018, lancement d’un groupe de travail avec la préfecture et les territoires), en passant par le Commissariat Général aux Investissements d’Avenir (2017, véhicule autonome et Grand Paris Express). Les acteurs du territoire eux-mêmes ont bien conscience et diagnostiqué les enjeux et des voies à suivre (Mobilité Campus, une stratégie des déplacements, EPAPS, 2014). Les 3 communautés d’agglomération du territoire ont elles-mêmes résumé quelques-unes de leurs priorités en termes d’innovation, dans une approche ouverte à l’échelle du territoire. Ce document bref et synthétique servira d’inspiration à nos travaux.

Notre approche n’est donc pas de réunir de nombreuses personnes pour réaliser de nouveau un diagnostic, ou bien cataloguer toutes les « solutions » disponibles. Ce serait réinventer l’eau chaude. Notre premier atelier, qui se déroule ce mercredi 21 mars à Supélec, vise à faire émerger de nouvelles « formulations » des défis du territoire, des formulations qui se prêtent à la résolution. Il est bien connu des mathématiciens (et notamment d’Hadamard) que la bonne formulation d’un problème peut en simplifier la résolution, ouvrir de nouvelles perspectives. Notre approche, qui puise dans le Design Thinking, est donc d’exprimer et scénariser des situations, des expériences de mobilité actuelles et à venir, sur le territoire de Saclay. Dans un second temps nous travaillerons à la construction de solutions concrètes qui partent de ces constats, et non l’inverse.

Nous adoptons trois angles pour regarder les expériences de mobilité sur Saclay et les exprimer :

  • La coopération et l’interdépendance des territoires
  • Le rôle des données et de l’information
  • L’attractivité du territoire : économie, qualité de vie, santé et performance

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Épisode suivant : résultats de la démarche de design sur les défis du territoire