Le Burnout, fléau en Overwatch League ?| Le Récap de la communauté #VAS28

  • Cette semaine du 02 janvier, vous avez discuté du phénomène de burnout que subissent les joueurs OWL.
  • Nous accueillons aujourd’hui Kiyow, Manager de l’équipe Contenders européenne One.PoinT, afin de confronter son point de vue particulier à celui de la communauté.
  • Le débat a été plutôt riche pour cette vingt-huitième édition de votre-avis-sur.

► OWL saison 2 : une santé des joueurs davantage prise en considération ?

  • Un membre de la communauté pointe du doigt le fait qu’un certain nombre de joueurs professionnels se soit plaint du rythme soutenu de la compétition. OWL, All-Stars, puis la Coupe du Monde sans réelle interruption… Cela fait beaucoup à gérer. Il précise que ces derniers représentent la vitrine de la ligue, et qu’à ce titre leurs doléances doivent être prises en compte.

L’avis de Kiyow

“Je ne suis pas convaincue que la décision en elle-même de changer de format pour la saison 2 de l’OWL ait été prise spécialement pour le bien-être des joueurs, mais elle aura forcément un impact positif sur celui ci. À mes yeux, c’est surtout que l’ancien format était beaucoup trop chargé, et ça a finit par impacter le viewership, d’où la décision d’en changer. C’est une conséquence assez logique, puisque plus il y a de matchs moins il y a de “hype”, ça devient quelque chose d’assez commun et répétitif, et le nouveau format semble très prometteur de ce côté.
En revanche, comme je l’ai dit, l’impact positif se fera ressentir sur le bien-être des joueurs et la qualité des matchs. Préparer autant de matchs en si peu de temps n’a pas dû être facile lors de la saison 1, la cadence était très élevée, et si l’on compte en plus les événements extérieurs comme les All Stars ou la Worldcup ça ne m’étonne pas que joueurs et staffs aient eu du mal à suivre le rythme. Ça donnera aussi plus de temps aux équipes pour préparer leurs matchs, et par conséquent je pense que les matchs à venir seront beaucoup plus serrés que ce qu’on a pu voir lors de la saison 1.
Que du positif donc pour ce changement de format, même si encore une fois je ne pense pas que c’est la volonté d’améliorer le bien-être des joueurs qui l’a motivée.”

► Quelle responsabilité pour l’éditeur, la ligue, le management des équipes ?

  • Vous vous accordez pour dire que chaque équipe doit avoir une personne dédiée pour éviter le burnout.
“Il faut bien un perdant et un vainqueur lors des matchs officiels donc perdre un match pour lequel tu as autant sué ça frustre énormément, ajoutez à ça le fait de devoir toujours progresser.”
  • Avec une nuance cependant : le principal acteur du bien-être du joueur, c’est avant tout lui-même. A lui de savoir ce dont il a besoin, quelle sont ses limites, jusqu’où il peut aller. Il doit donc s’octroyer du temps off pour souffler et recharger ses batteries de temps à autre.

L’avis de Kiyow

“À cette question, je répondrais que la principale responsable est la ligue puisque c’est elle qui prend les décisions concernant l’organisation du tournois. En revanche je pense que c’est un travail qui doit être collectif entre la ligue et le management des équipes. Car au final, c’est le management qui supervise les joueurs et travaille avec eux aux quotidiens, donc à mes yeux personne d’autre n’est mieux placé pour connaître leurs besoins et limites. C’est aussi le rôle du management de faire son possible pour que les joueurs soient dans les meilleures conditions possibles pour se concentrer sur la compétition, sans forcément sacrifier leur bien-être. C’est une grosse partie de mon travail de faire attention à la stabilité mentale de mes joueurs. J’ai eu la chance de travailler avec énormément d’individus différents, et chacun d’entre eux gère la pression à sa manière. Certains joueurs évoluent très bien avec la pression de la compétition, certains ont besoin de plus d’attention. À la lumière de ce que nous, le staff d’une équipe, voyons, il y a dans un premier temps des choses que nous pouvons faire directement. Par exemple, l’aménagement de l’emploi du temps requiert une attention particulière, être assez complet sans forcément être trop chargé… Ensuite, pour tout ce qui n’est pas de notre ressort, il est aussi de notre devoir d’apporter des critiques et avis à la ligue lorsque l’on remarque que le format par exemple ne fonctionne pas bien pour les équipes, ou tout autre soucis.
Sans de bons feedback des équipes, je ne pense pas que la ligue puisse travailler correctement de son côté sur la question du bien-être des joueurs.
Quant à l’éditeur je ne pense pas que c’est quelque chose dont il puisse s’occuper, il peut peut-être donner à la ligue les moyens de travailler sur ce sujet mais son rôle principal reste de faire marcher le jeu sur les autres aspects.”

► Un manque de stabilité comparé à des jeux établis comme CS:GO ou Starcraft, couplé à des patchs fréquents : facteur principal de burnout sur Overwatch ?

  • Blake Panasiewicz, ancien Coach Performance de LA Gladiators, s’est exprimé cette semaine sur le phénomène de burnout en Overwatch League. Pour lui, la santé mentale des joueurs n’est pas suffisamment prise au sérieux.
  • Plusieurs aspects sont abordés pour expliquer les causes du burnout, avec tout d’abord l’adaptation constante dont doivent faire preuve les joueurs à la sortie de nouveaux patchs.
“Chaque fois qu’un changement se produit, vous devez apprendre comment il affecte une carte, les particularités des personnages et les mécaniques de jeu. Cela exige une extrême concentration sur ces aspects-là. Ajoutez à cela les stratégies, le travail d’équipe et la cohésion — cela vous donne une situation extrêmement stressante.” Blake Panasiewicz
  • Avis partagé par un joueur qui explique sur sur d’autres jeux comme League Of Legend, les changements de métas sont plus étalés sur le temps, moins brutaux que sur Overwatch. Il donne l’exemple de la méta dive double sniper et la GOATS qui ont une façon de jouer radicalement différente.
  • Pour un autre, ce n’est pas forcément lié à la sortie de patchs, puisque les joueurs peuvent innover d’autres manières.
“Beaucoup de joueurs trouvent de nouvelles manières de jouer tel ou tel héros, de nouvelles compositions, nouveaux spots pour certains héros, des fast path sur certaines maps.”
  • On cite souvent le nombre d’heures de travail journalier comme facteur principal pouvant mener à un burnout, alors qu’en réalité il en existe beaucoup d’autres.
“Les facteurs de stress sont littéralement tout événement qui cause du stress à la personne. Donc, cela ne se limite pas seulement au temps de jeu d’une équipe et peut inclure les relations entre joueurs, les conditions de logement, leur intimité, le temps libre dont ils disposent pour se rétablir, etc. Le temps de jeu d’une équipe est un facteur parmi tant d’autres”. Blake Panasiewicz

L’avis de Kiyow

“Je trouve ça assez inexact de dire qu’il n’y a pas de fondation sur laquelle se baser comme Starcraft ou CS:GO. L’adaptabilité est effectivement une bonne qualité a avoir, mais ce n’est pas la principale. Les “skills” à développer varient simplement en fonction du rôle joué. Tout comme l’aim se développe en s’entraînant, le gamesens se développe en regardant des VODs. Donc oui, il y a des skills mécaniques à développer sur Overwatch et qui resteront d’actualité peu importe le patch. C’est inévitable également, vu que le jeu continue de se développer, qu’il faille apprendre de nouveaux personnages. À mes yeux, il y a une fondation bien plus importante que les aspects mécaniques cités précédemment, qui ne changera JAMAIS peu importe le patch, le personnage ou le rôle. C’est la discipline. Une équipe dont les joueurs jouent avec discipline aura toujours l’avantage sur des individualités fortes, car Overwatch a été design pour être un jeu basé sur le teamplay.
Même si s’adapter aux nouveaux patchs est effectivement un effort, déjà je ne considère pas ça comme un problème à proprement parler puisque ça fait partie du jeu, et ensuite ce n’est pas un phénomène propre à Overwatch puisque présent dans d’autres jeux qui fonctionnent très bien compétitivement, comme League of Legends par exemple.
Ensuite, par rapport au poids de l’image publique, là je rejoins totalement l’article de Blake Panasiewicz. Ce n’est pas quelque chose dont les joueurs devraient se soucier. La popularité non plus ne devrait pas influencer le salaire des joueurs, et c’est malheureusement le cas. Idéalement, la “valeur” d’un joueur devrait être déterminée par ses performances au sein de l’équipe. Mais quand on regarde la réalité, d’un point de vue d’une organisation, c’est très important pour qu’un investissement soit rentable que le joueur signé soit “marketable”. Tous ces éléments font que oui, la pression pour un joueur pro en règle générale est assez lourde. Et Overwatch, qui est un jeu jeune avec une scène compétitive nouvelle et qui se cherche. C’est un jeu dans lequel il est encore difficile de ne pas succomber à la pression. C’est difficile pour un joueur d’assumer tous les efforts nécessaires pour arriver au sommet.”

► Les solutions : que pouvons-nous faire pour limiter ce phénomène ?

  • Blake Panasiewicz donne 3 clés pour les équipes qui souhaitent combattre le burnout, axées autour du management d’équipes :
“1. Surveiller les facteurs de stress contrôlables et les facteurs de stress non contrôlables des joueurs. Pour ce faire, il faudrait quelqu’un qui comprend la santé mentale, les problèmes que les joueurs éprouvent et qui se tient au courant des joueurs et du stress auquel ils sont soumis.
2. Si vous remarquez que les facteurs de stress commencent à s‘empiler et que le joueur est incapable de les gérer, travaillez sur les facteurs de stress sur lesquels vous avez un contrôle.
3. Cherchez à augmenter lentement le niveau de stress qu’une personne peut gérer en lui donnant des responsabilités qui sont plus faciles à assumer pour qu’elles deviennent des normes.”
  • Un membre de la communauté met en avant le rôle de la ligue. Il explique qu’avoir des cashprizes et un suivi médiatique plus sérieux en Contenders aiderait indirectement à lutter contre le burnout en rendant le milieu moins précaire. Il met en cause le faible encadrement et le rythme rapide de l’esport comparé aux sports classiques. Il estime également qu’empêcher des organisations tierces à faire des tournois nuit à la visibilité des joueurs et par extension à leurs revenus.

► Kiyow : Le mot de la fin

“Je trouve que c’est là où c’est important d’avoir un staff compétent. Sans forcément parler de l’OWL, j’ai travaillé toute l’année 2018 en Contenders, avec des équipes, des joueurs et des coachs différents. J’ai pu voir l’impact de notre travail sur les joueurs, et c’est notre responsabilité de les accompagner du mieux que nous pouvons, et à tous les niveaux, notamment parce-que l’environnement compétitif en Contenders est beaucoup moins soutenu par Blizzard que l’OWL, les moyens sont énormément réduits. J’ai vu des joueurs prometteurs se retirer de la scène, et j’ai vu des joueurs en difficulté se développer en tant que personnes et gravir les échelons, certains jusqu’en OWL.
Donc je conclurais en disant que oui, la pression est énorme, mais non elle n’est pas insurmontable. La ligue a encore du travail pour s’épanouir et construire un environnement compétitif sain. Le jeu en lui-même se cherche encore. Pour un bon développement, il est essentiel que la ligue et le management des équipes travaillent ensemble et communiquent, car ils ne trouveront pas de bonnes solutions l’un sans l’autre. Le bien-être des joueurs est une question qui doit être au centre des intérêts de chacun, et il reste beaucoup d’efforts à faire, mais je suis confiante quant à l’avenir de la scène compétitive d’Overwatch, et ses meilleures années sont encore à venir.”

  • Merci à tous d’avoir participé au débat, et surtout à Kiyow d’avoir accepté l’invitation.
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