Pierre-Louis Umdenstock : “Le scénario est au centre des films que je fais”

En parallèle d’une formation aux Beaux-Arts de Paris, Pierre-Louis co-fonde un collectif de réalisateurs et tourne ses premiers court métrages. Après des années à se consacrer à l’écriture, il revient à la réalisation.

Marie Laplanche
Jun 17, 2019 · 7 min read

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

En 2005, je suis entré aux Beaux-Arts de Paris avec des envies de peinture, de dessin et de photographie. Mais dès mon arrivée, j’ai réalisé que tout ça n’était pas fait pour moi. Quelque chose me manquait. Je commençais à me dire que je m’étais trompé de voie, quand j’ai eu une idée. Et si j’essayais de faire un film ? J’ai tourné mon premier court et ça a été l’évidence. Raconter des histoires à l’écran, c’était ça que je cherchais. Comme le cinéma de fiction n’était pas la spécialité de l’école, j’ai tourné mes premiers courts en semi-indépendant. Je tournais constamment en dehors de l’école, tout en profitant de ses ressources. Les Beaux-Arts m’ont donné le goût de la liberté, de l’autonomie. J’y ai aussi fait de très belles rencontres, formatrices. En 2009, j’ai obtenu une bourse d’échange au Colombia College Chicago, une école de cinéma où j’ai reçu une vraie formation au scénario, à la prise de vue, au montage… J’ai eu la chance de tourner en pellicule, j’ai connu mes premiers plateaux de tournage et surtout, j’ai évolué avec d’autres passionnés de cinéma. À mon retour en France, avec des amis, nous avons fondé un collectif de réalisateurs. Pendant six ans, nous avons réalisé beaucoup de petits films, tournant sans arrêt, comme une petite troupe de créateurs. C’était formidable d’enchaîner les projets et d’emmagasiner de l’expérience. Après plus de cinq ans à tenir ce rythme, il était temps pour moi de ralentir et de prendre le temps de développer l’écriture. Je voulais emmener plus loin certaines idées de scénarios qui me tenaient à cœur. Je me suis plongé dans l’écriture, m’intéressant particulièrement à mélanger cinéma d’auteur et cinéma de genre. En parallèle, je suis entré au comité de sélection des courts métrages du Festival du Film Coréen à Paris, j’ai travaillé comme consultant au scénario pour une série nordique, et j’ai intégré un collectif de scénaristes composé d’anciens marathoniens du Festival International des Scénaristes — la promo 2016, dont je fais aussi partie. J’ai aussi travaillé en post-production, notamment comme assistant-monteur sur des longs métrages de fiction. Tout cela m’a énormément appris sur l’art de raconter des histoires. Aujourd’hui, je reviens à la réalisation pour essayer tout ça. J’ai réalisé un court métrage il y a six mois, Entorse, qui a reçu des prix et fait son chemin en festival. Et puis je tournerai un autre court début 2020, si tout va bien.

Quels sont tes projets actuels ?

D’abord, je cherche une production pour Sous la surface, le projet qui est sur Paper to Film. C’est un court métrage d’anticipation à l’univers orwellien, avec une touche de comédie piquante et du suspense, un peu dans la veine d’un Black Mirror. Le scénario a remporté le concours du festival De l’écrit à l’écran, qui porte sur les adaptations de nouvelles au cinéma — cette année, deux très belles nouvelles de Patrice Franceschi tirées de son livre Dernières nouvelles du futur (ed. Grasset & Fasquelle). Le gagnant du concours remporte notamment une dotation en industrie pour réaliser le film, et un contact privilégié avec l’éditeur afin d’obtenir les droits des textes.

En parallèle, je prépare le tournage d’un court métrage d’horreur, Symptômes, qui parle à la fois d’insomnie et d’addiction. C’est un film en forme d’expérience, où le réel glisse progressivement vers un univers halluciné, stylisé, qui flirte avec le fantasme. Je développe ce projet avec une production finlandaise, Empire Pictures. Je suis aussi intéressé par des collaborations à l’international, et ce projet est une première étape pour ça.

Aussi, je termine l’écriture d’un court au ton plus doux, Dans cette boite. C’est une comédie dramatique avec une touche de fantastique qui parle de ruptures amoureuses et, en toile de fond, de masculinité toxique. Je chercherai bientôt une production pour ce projet.

Enfin, j’ai un projet de long dans les tuyaux… mais c’est sans doute un peu tôt pour en parler !

Concernant “Sous la surface”, quelle a été ta méthode de travail sur cette adaptation ?

Quand j’ai lu les nouvelles de Patrice Franceschi, j’ai pris une claque. J’ai tout de suite été réceptif à cet univers dystopique où la vie privée s’en est allée, avalée par les caméras de surveillance intelligentes, par l’obsession sécuritaire. Ce monde est si loin et en même temps, si proche du nôtre. Et puis, il y avait les personnages des nouvelles. Ça m’a touché de les voir braver tous les dangers pour quelques secondes à eux, sans les caméras. Je trouve qu’il y a de la poésie là-dedans. Alors dans l’adaptation, c’est ça que j’ai voulu mettre en avant : l’aspect l’humain. Aussi, la question de la faisabilité s’est posée tout de suite : dans le monde des Dernières nouvelles du futur, les histoires se déroulent aux quatre coins du globe, il y a des drones qui tournent dans le ciel, beaucoup de décors… à l’échelle d’un court, ça aurait été très difficile en terme de production. Alors, j’ai pris la décision de m’approprier cet univers pour inventer une histoire à part, écrite pour être un court et rien d’autre. Je me suis mis des contraintes : “ce sera un huis-clos, il y aura un ou deux personnages au maximum, et l’action sera resserrée sur une seule situation. J’ai développé la première idée qui cochait toutes les cases, qui respectait l’univers de Patrice Franceschi et surtout, qui me donnait envie. Ensuite, j’ai essayé d’écrire le film que je voudrais absolument faire si j’avais la chance de gagner le concours. Ça a donné Sous la surface.

Comment trouves-tu l’inspiration ?

Pour les scénarios originaux, ça vient souvent d’une bribe d’idée qui me trotte dans la tête. Presque rien. Ça peut être un début de scène, une idée de personnage, quelques dialogues, un événement de l’actualité… Le travail démarre vraiment quand je m’assois et que j’essaie de comprendre pourquoi, au juste, ça me trotte dans la tête. Qu’est-ce que ça m’évoque ? J’écris “autour” de l’idée, sans me censurer. Ça part souvent en hors-sujet, mais c’est une liberté que je me laisse. Je cherche à débusquer les thèmes cachés, qui seront au coeur du récit à venir. Souvent, ça ne donne rien, et je passe à la suite. Mais parfois, je débloque quelque chose et un autre travail commence : trouver une forme. Là, j’écris des pitchs. Je dis “des” pitchs, car je décline systématiquement mes idées. C’est la technique du “et si… ?”. Je me pose la question : “si je change telle ou telle chose, est-ce que ça sonne comme une meilleure histoire ?”. Ensuite, je prends ma meilleure proposition et je l’essaie à l’oral, en la pitchant à des personnes de confiance. Si je vois la petite lumière s’allumer dans les yeux des mes interlocuteurs, l’idée m’intéresse… Sinon, soit je jette, soit je revois ma copie. C’est le jeu.

Mes idées viennent aussi d’une réflexion plus directe sur des thématiques récurrentes, que j’ai fini par identifier avec les années. Par exemple, je me suis rendu compte que mes histoires parlent souvent de gens qui mettent un bouchon sur leurs émotions, et doivent se reconnecter à une partie d’eux-mêmes pour avancer. Forcément, quand tu retrouves ce genre de motifs dans les histoires que tu écris, ça te pousse à y réfléchir… et ça te donne des idées.

Et puis pour rester inspiré, je lis, je m’informe, je vois des films, je dessine beaucoup, je parle aux gens, j’observe. Tout cela me permet de rester dans une attitude de proposition. Je crois que c’est important pour un auteur, et j’essaie de cultiver ça.

As-tu une étape préférée dans l’écriture ?

Ce fameux moment du “et si ?”. J’aime cet instant entre la phase de brainstorm et celle où les premières vraies idées de films arrivent, encore fragiles mais bel et bien là, sur le papier. C’est magique parce que tout est encore malléable, on peut imaginer mille choses. Aussi, j’adore l’étape du montage. C’est de l’écriture aussi.

Quelle place prend l’écriture dans ton quotidien ?

Le scénario est au centre des films que je fais. Donc, j’y passe beaucoup de temps. J’écris au moins quatre heures par jour, principalement dans les cafés car je n’aime pas écrire chez moi. J’ai besoin de bouger et j’écris aussi en marchant, en utilisant la fonction “dictée” du portable. Je manque souvent de me casser une jambe en sautant de la douche pour noter une idée. Ça m’arrive de me réveiller en pleine nuit pour noter un rêve. Je n’arrête jamais d’écrire.

Selon toi, quelle est la nature de la relation entre l’auteur et le producteur ?

Il y a beaucoup de bons auteurs, et beaucoup de bons producteurs, mais peu de combinaisons gagnantes. C’est ce qu’il faut chercher. Et si on a trouvé cette relation si rare, alors c’est précieux. Il faut s’assurer qu’auteur et producteur veulent faire le même film dès le départ. Le processus de création est difficile, alors il faut être bienveillant dans un sens comme dans l’autre, garder l’esprit ouvert tout en se parlant franchement. Pour moi, un producteur n’est pas seulement là pour récolter et gérer de l’argent : c’est un partenaire artistique incontournable, le meilleur ami du film, celui ou celle qui le protègera à chaque étape. C’est ça que je cherche comme auteur et comme réalisateur : cette évidence qu’on est fait pour travailler ensemble sur ce projet-là, à ce moment-là.

Ses projets sur Paper to Film :

Sous la surface — Lauréat du concours De l’écrit à l’écran : Dans un futur proche où les citoyens sont espionnés 24h/24 par des caméras de surveillance ultra sophistiquées, Luc doit retrouver la confiance du régime en passant une redoutable inspection.

Paper to Film

Le blog officiel de Paper to Film, la première plateforme de mise en relation entre scénaristes, producteurs et agents. // The official blog of Paper to Film, the first network connecting scriptwriters, agents and producers

Marie Laplanche

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Collaboratrice chez Paper to Film

Paper to Film

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