Pôle Emploi

Le travail

Depuis que je suis au chômage, je n’arrête pas de bosser. Mes recherches d’emploi — une véritable quête du Graal — se combinent à la réalisation de piges ponctuelles et à l’élaboration d’un système D financier. À cette routine bien rodée, s’ajoute ASV STP, le projet transmédia que je développe avec Florian Delhomme, sur le rapport des enfants de l’Internet au couple. J’adore réfléchir à sa promotion comme j’ai adoré m’occuper du tournage et du montage du documentaire, point de départ de cette réflexion socio-journalistique que nous souhaitons a posteriori collaborative. Nouer des partenariats judicieux, animer la page Facebook et tweeter des lolcats, convaincre mes proches de nous soutenir sur Ulule… J’ai atteint le rythme de croisière de douze heures de boulot quotidien, du lundi au dimanche — vite, une médaille ! Je me lève chaque matin avec un but précis et signifiant. Pourtant, je n’existe pas aux yeux de la société. Je baigne dans l’illusion d’un cadre. Je suis un poids. Et [bientôt] quand mes indemnités Pôle Emploi cesseront, si je n’ai pas débusqué le Saint-Graal, je serai une plume, prête à m’envoler dans la ville vorace.

La valeur effort a remplacé la valeur travail. D’un côté, on multiplie les contrats courts et les activités non ou mal rémunérées, stimulantes mais sournoises, faussant tout un système et entretenant les abus. De l’autre, on s’invente des passe-temps professionnalisants, en parallèle ou à défaut d’un job. C’est le moment où je vous propose quelques illustrations : Floriane et son blog de thésarde curieuse et acharnée ; Eudes, le grand enfant avide de légendes urbaines ; Suzanne et son road-trip idéologique, Europe next door. Le moment où j’oublie les autres aventuriers de mon entourage. Le moment où vous pouvez vous interroger sur cette génération caméléon, désireuse d’apprendre, rencontrer, s’épanouir, considérant la créativité — donc, souvent, le bénévolat — aussi nécessaire que la [sur]vie. Nécessaire à la [sur]vie.

// Anti-conseil // Faites-vous tatouer “Jeunesse paresseuse” sur le front, pour la blague.

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