Design system & services publics : ❤ ?

Les services publics se déploient désormais sous de nombreuses formes, notamment numériques, pour correspondre à l’émergence des nouvelles problématiques sociales, urbaines, et rurales. Mais cette pluralité débouche parfois sur une cacophonie visuelle, qui nuit à la lisibilité et à la compréhension de ces services. Tentative de résolution par le design system.

C’est au cours de notre accompagnement du cabinet de conseil Itinere que j’ai pu constater l’ampleur des dégâts : à travers leurs centaines de références dans le secteur public, beaucoup de logos, et surtout beaucoup de logos illisibles et incompréhensibles pour des institutions similaires voire régies par les mêmes instances !

Et s’il est vrai que la multiplication de ces institutions visait à résoudre les problèmes d’immobilisme et de lenteur administrative que rencontrent les structures publiques, il en découle néanmoins un autre problème, majeur, qui est la perte de sens et d’accessibilité.

Lequel est un comité et lequel est un centre ? Perdu, c’était l’autre.

Mais la question des sigles / logos pourrait constituer l’arbre qui cache la forêt : on devrait en fait s’interroger sur le sens de multiplier les solutions créatives pour chacune de ces nouvelles structures. Car l’accumulation de composants et de codes visuels amène parfois son lot de contenu indéchiffrable ou inexploitable…


Le design dans les services publics, parlons-en.

Il est délicat pour des équipes de services publics de rédiger des cahiers des charges ou de passer des commandes de design. Et notamment parce que, avouons-le, personne ne sait trop définir ce qu’est le design.

Il paraît compliqué dans ce cadre de statuer si l’on a besoin de design ou d’un∙e designer. Les appels d’offre se résument donc bien souvent au listing de supports identifiables, même si souvent mal appréhendés : logo, supports imprimés, site web…

S’il y a par exemple un domaine que de plus en plus d’institutions intègrent, grâce notamment aux conseils et à la pédagogie sans relâche de nos pairs, c’est celui du design graphique via la commande de chartes d’identité.

La réponse à l’appel d’offre (non-retenue) de Graphéine pour la refonte de son identité visuelle

Néanmoins, si quelques appels d’offre permettent petit à petit de structurer et d’uniformiser des supports de travail ou de communication, ils sont pensés et émis indépendamment en fonction du support : un jury va statuer sur le choix d’un prestataire pour le logo tandis qu’un autre va s’engager en parallèle avec une agence pour la réalisation du site web.

Les réponses apportées sont alors déconnectées les unes des autres et ne convergent pas vers une même intention, un même discours.

S’ajoutent à cela les aléas inhérents au statut du public : manque de communication et d’échanges entre les institutions, changements de visions politiques qui viennent précipiter ou au contraire remettre en cause des chantiers de transformation (notamment digitales) ; manque d’archives ouvertes ou de transparence autour des projets déjà mis en place, et dont on gagnerait énormément dans le croisement des données ; difficulté d’implanter dans des systèmes quasi-inébranlables de nouvelles façons de travailler… Mais il s’agit là d’une toute autre (vaste) problématique.


Design System : ça veut dire quoi ?

Comme l’explique très bien l’article d’Audrey Hacq, le design sytem ou système de design désigne bien plus qu’un ensemble de composants visuels : il englobe à la fois les principes et valeurs au fondement d’une structure et leurs concrétisations dans des produits ou des services.

“Un Système de Design, c’est un point de contact unique qui regroupe tous les éléments qui vont permettre aux différents acteurs d’un projet de le concevoir, de le réaliser et de le faire évoluer.”

Audrey Hacq

Ma tentative de définition / synthèse du Design System

Les ressources autour de systèmes de design se multiplient et donnent, je trouve, beaucoup de profondeur à des services ou des produits. Centraliser et synthétiser de telle manière toutes les informations, les décisions et leurs implications dans des outils et des composants de création permet une lecture riche, nouvelle et sereine des projets et de leur développement.


L’open source pour tout résoudre

Dès lors qu’on a résumé ce qu’était le processus du design system, on est en droit de s’interroger sur sa pertinence vis-à-vis de nos structures administratives publiques : en effet, nous n’avons là ni offre ni produit à proprement parler, seulement des services rendus le plus souvent au cas par cas et surtout, une intermédiation entre le citoyen et de plus hautes instances gouvernementales.

Tout ça pour dire qu’on a du mal à voir ce que viendrait faire une pensée systémique dans un environnement qui s’adapte et évolue sans cesse selon les décisions politiques, et c’est pourtant là où le design system prend toute son importance.

Superbe étude de cas de Datagif pour la refonte du site du Conseil Constitutionnel : un système de design strict, centralisé et sensiblement modulaire

Il est désormais nécessaire de mettre à plat l’ensemble des supports d’informations et de services pris en charge par le public et d’analyser leur pertinence et leur rôle dans un nouvel écosystème, pour finalement donner l’accès à des outils :

— libres de droits 🕊

— collaboratifs 🤝

— largement diffusés 📢

— facilement exploitables 👍

Ces outils permettront aux équipes de répondre plus rapidement à l’émergence de nouveaux besoins et tester simplement de nouveaux services mis en place avec des moyens légers. Ils ouvriront aussi, je le souhaite, la piste à une approche plus citoyenne de réflexion autour des valeurs de nos structures et de nos services.

Avec l’ouverture prochaine de postes de Designer d’Intérêt Général, j’espère que le design system nous aidera à prendre de la hauteur sur des modes de fonctionnement dépassés et à emmener avec nous les équipes concernées vers des services mieux pensés, plus humains et plus accessibles.