La richesse pour tous, avec des solutions simples et sobres

La valeur pivot de notre mode de vie actuel est l’argent. Tout est quantifié en euros ou en dollars, et si j’ai un besoin ou un désir à satisfaire, la première question posée est:

ai-je assez d’argent pour acheter ce bien ou ce service?”.

Selon ma richesse (mes possessions et/ou ma rémunération), la réponse peut-être positive ou négative. On pourrait résumer la notion de richesse avec le décompte des réponses à cette question: beaucoup de réponses positives, je suis riche. Beaucoup de négatives, je suis pauvre.

Et pourtant, il y a un autre décompte qui a son importance, c’est le nombre de fois où je me pose cette question…


Le besoin de richesse

Pour analyser la notion de richesse, on peut comparer deux quantités indépendantes: ce que nous possédons, et ce que nous désirons.

Un homme qu’on qualifierait de riche, vu de l’extérieur, et qui possède une ou plusieurs grandes maisons, de belles voitures et des capitaux importants, peut parfois se sentir pauvre s’il ne peut pas satisfaire d’autres désirs encore plus onéreux. A l’inverse, un individu a priori pauvre peut se sentir riche, s’il estime ses désirs amplement satisfaits grâce au peu qu’il détient.

Je me souviens de la démonstration d’un cadre parisien, plutôt bien payé, qui m’avait expliqué pourquoi il était pauvre:

“Il est vrai que mon salaire mensuel semble élevé. Mais avec cette somme, chaque mois, je dois payer le loyer de mon appartement haussmannien (il faut bien se loger). Ensuite je paye l’entretien de ma belle voiture (il me faut un moyen de déplacement pour venir au bureau), mes sorties dans les grands restaurants ou dans les bars, mes vacances au soleil, au moins deux fois par an (il faut se détendre pour encaisser tout ce stress), ma femme de ménage, le traiteur pour me nourrir, un peu d’épargne en cas de coup dur, etc. Une fois tout cela retiré, il me reste au final moins de deux euros par jour, soit quasiment le seuil de pauvreté.”

CQFD…

Des vacances dans les îles…

Être riche est ainsi une comparaison entre mes moyens et mes besoins. Si je m’estime pauvre et que je veux devenir riche, je peux soit trouver une solution pour augmenter mes moyens soit diminuer mes besoins. L’un et l’autre ne sont cependant pas toujours possibles…

Dans les pays riches, les besoins primaires sont généralement satisfaits, et la question de la richesse porte majoritairement sur l’acquisition du superflu (savamment déguisé pour paraître indispensable). On dispose alors d’une marge de manœuvre pour devenir riche: diminuer ses désirs de superflu.


Toujours ce problème de la croissance!

Oui mais dans ce cas, c’est la décroissance! Ça peut être considéré par certains comme problématique, voire amoral. En effet, qui dit moins d’échange, dit moins de travail, et également moins d’impôts et de taxes, et donc moins de contribution à l’effort collectif.

Mais on peut retourner l’argumentation. Moins de travail, c’est du temps pour le bénévolat, ou pour s’occuper de sa famille. Moins de production superflue, c’est aussi intéressant, ça diminue notre empreinte écologique. Et puis moins d’échanges monétaires, c’est potentiellement plus d’échanges gratuits, du don de soi et les retours qui vont avec, ce qui crée une vraie richesse partagée.

On entendra alors les économistes ou les “je sais tout” nous dire que ça n’est pas comme ça que ça marche. D’accord, alors s’il savent comment ça marche, qu’ils solutionnent tout de suite les crises sociales, environnementales et économiques en cours et on n’en parle plus!

Aparte: il faudrait d’ailleurs que l’on puisse payer nos impôts et taxes en nature (temps, production), ça serait beaucoup plus juste pour les personnes qui n’ont pas beaucoup d’argent.


Satisfaction alternative

Il y a pourtant souvent des solutions qui permettent d’accomplir un projet, ou de satisfaire un désir, même avec peu de moyen: elles consistent à ne pas considérer l’achat immédiat comme la seule voie possible.

On peut commencer déjà par le temps de la réflexion.

Nul n’est censé ignorer le temps, il est affiché sur la maison de dieu!

La consommation compulsive, immédiate, ne nous laisse pas le temps d’analyser notre désir. L’accès facilité au crédit (trois fois sans frais, crédit à la consommation) est une arme encore plus dangereuse car elle élude la question du budget tout en maintenant la nécessité de fournir l’argent (en temps différé).

Une analyse est pourtant incontournable. En plus de la question posée en introduction (ai-je l’argent?), il y a la suivante:

Est-ce un besoin ou un désir?

Généralement, un besoin doit pouvoir être satisfait. Qu’il soit primaire, secondaire ou tertiaire, il est parfois bloquant pour la continuation de la vie que nous avons choisie: c’est notre nourriture, nos moyens de transport pour aller au travail, un vêtement pour participer à un événement social important, des fournitures scolaires pour notre enfant…

Quant à la non-satisfaction du désir, elle ne contraint pas notre mode de vie. On peut alors céder immédiatement, résister ou différer sa réalisation. La dernière solution est assez intéressante, car elle permet de tester sur la durée notre envie: si elle persiste sur plusieurs jours, on finira peut-être par céder.

Quoi qu’il en soit, sortir de l’immédiateté est plein de bon sens. Avec un peu de temps et de recul, on trouve souvent de vraies bonnes alternatives à l’achat (neuf). Qui n’a pas déjà acheté un livre, et a découvert le même ouvrage le lendemain dans la bibliothèque empoussiérée d’un ami?


Des exemples bons pour la planète

Peut-on continuer à avoir de grandes aspirations si on n’achète pas ou peu? A l’heure où l’investissement dans les économies d’énergie, dans le renouvelable et dans les transports verts devient crucial pour notre survie, on peut supposer qu’il sera difficile de serrer le budget.

On classera difficilement ces besoins là dans la catégorie du superflu.

Et pourtant, il me semble que dans ce domaine là, le temps de la réflexion est tout aussi important. Comme je l’ai écrit dans un article précédent (Les chiffres de la sobriété énergétique), une technologie a priori propre peut avoir un coût énergétique défavorable du fait de son énergie grise.

Dans une série d’articles à venir, j’ouvrirai la porte à des solutions écologiques simples, et qui offrent une alternative à l’achat de solutions intégrées parfois complexes et onéreuses: un article sur l’eau chaude, un autre sur les doubles vitrages, le chauffage au bois, les déplacements, l’alimentation etc.


Exit la question de l’argent

Personnellement, la question du budget est une question que je ne me suis pas souvent posée. Ce constat est un contre exemple à mon propos introductif, mais je ne suis qu’un petit homme, et l’homme est un animal plein de contradictions…

Cela signifie donc que je suis riche, ou tout du moins, que mes besoins et mes désirs sont en général bien en dessous de mon budget disponible. En vérité je suis un piètre consommateur, et même si je ne me défini pas comme un décroissant, je crois que je n’ai jamais crû et suis resté sur un niveau de consommation d’étudiant fauché.

Néanmoins, il est une question qui revient fréquemment dans ma petite tête d’homme-fourmi, et qui parfois fait souffler une brise d’anxiété de par son absence de réponse certaine:

“ai-je assez d’argent pour mes besoins à venir?”

C’est ici la problématique de l’avenir, l’insondable avenir, qui vient nous déranger. L’homme dans son orgueil pense pouvoir résoudre cette épineuse équation grâce à l’accumulation de devises.

Pour ma part, cette question, je préfère (tenter de) l’ignorer, car elle peut conduire à un comportement maladif de captation de ressources et de prédation, comme un lion sénile qui tuerait dix-huit gnous chaque jour et qui tenterait de les ingurgiter coûte que coûte.

Car l’argent, ce chiffre abstrait, autorise l’accumulation sans fin. L’abeille, elle, n’accumule que ce qu’elle peut stocker dans sa ruche, pour passer l’hiver. Une constante de temps bien plus réaliste, mais avons-nous atteint son niveau de sagesse?

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