Richesse pour tous #2: fenêtres surcoût…

Avant de parler de rénovation de portes et de fenêtres, j’ai envie de commencer par une petite digression sur la richesse et la liberté.

La combinaison du marketing, de l’argent et du travail constitue pour beaucoup d’entre nous une prison moderne. On se laisse convaincre par la publicité ou par des démarcheurs de la nécessité d’acheter des objets qu’on nous dit indispensables. On vide le compte en banque, ou on demande des crédits pour pouvoir se payer ces “indispensables”. Et on devient alors captif de notre patron, pour pouvoir approvisionner ce compte en banque qui se vide sans cesse. Et le cycle se perpétue, le tonneau des Danaïdes a toujours soif…

L’acte d’achat, a priori libre et consenti, est aujourd’hui le meilleur allié des dominants. L’hyper-consommation est devenue bien plus efficace que la matraque pour garantir l’ordre établi.

Et pourtant, on peut se libèrer de ces chaînes mentales par le “faire”, par la réparation, par l’échange, par la sobriété, ou encore par l’achat ultra engagé (local, circuit court, écolo et bio…). En ce moment, le réveil des consciences, le regain d’intérêt pour la gestion collective, les grêves, tout ça montre que le marketing et l’hyper-consommation commencent à perdre le contrôle.

Mais le pouvoir, pour perdurer, amorce une mutation. Pour le moment il a l’air un peu tenté par le retour à la matraque, mais la bureaucratie et “big brother internet” peuvent également lui fournir de nouveaux outils très efficaces (l’hyper-connexion peut avantageusement remplacer l’hyper-consommation).

Fin de la digression, qui n’en était peut-être pas une...


Pour économiser l’énergie, faut-il acheter de nouvelles fenêtres?

La réponse n’est pas la même pour tous. Le marketing des solutions industrielles vous assurera que oui, il faut changer ses fenêtres pour en installer de flambant neuves. D’ailleurs, le changement des fenêtres est la rénovation énergétique la plus fréquemment mise en oeuvre par les propriétaires, preuve que le marketing fait mouche sur ce point.

Et pourtant l’économie d’énergie finale peut-être assez réduite. On estime que les fenêtres représentent environ 10 à 15% des pertes thermiques globales de la maison, bien en deçà des murs, du toit et du renouvellement de l’air, qui peuvent chacun représenter des pertes deux fois plus importantes. Pour des logements avec des fenêtres très anciennes, en particulier des simples vitrages associés à de désagréables courants d’air, une économie de 8% sur le chauffage est théoriquement atteignable.

Une vieille fenêtre

Pour les autres cas ça se discute. Il n’est pas forcément pertinent ni pour son budget ni pour la planète de remplacer tous ses double-vitrages des années 80 s’ils sont encore en bon état et qu’ils ne sont pas sources d’inconfort (courants d’air). Pour le budget, une économie potentielle de 4% sur le chauffage risque d’être difficile à rentabiliser. Pour l’environnement, l’énergie grise nécessaire à la fabrication des nouvelles fenêtre peut anéantir la faible économie sur le chauffage.

L’énergie grise d’une fenêtre

L’énergie nécessaire à la fabrication d’une fenêtre moderne est différente selon le matériaux choisi: un mètre carré de fenêtre peut nécessiter de 1000 MJ (méga joules) pour du bois à plus de 3000 MJ pour de l’aluminium. Pour un logement de 100 m², qui aurait 15 m² de vitrages, ceci représenterait une quantité d’énergie comprise entre 4000 et 13000 kWh. Si le logement a de mauvaises huisseries et qu’il consomme 20000 kWh par an (classe énergétique D), les 8% d’économie d’énergie serait rentables pour la planète en trois ans pour des fenêtres en bois mais en neuf ans pour de l’aluminium. Il s’agit bien sûr du cas favorable, qui ne prend cependant pas en compte le coût environnemental lié au recyclage des vieilles fenêtres.

Dans un cas plus défavorable de remplacement de fenêtres double-vitrage anciennes (hypothèse 5% d’économie), il faudrait respectivement 6 ans et 18 ans pour que la planète soit ravie de l’opération.

La première conclusion est donc extrêmement simple: il vaut mieux remplacer les huisseries lorsqu’elles sont obsolètes et dégradées, en particulier si elles sont en simple vitrage et qu’on ne peut plus refaire les joints pour éviter les courants d’air.

La deuxième conclusion est qu’il faut privilégier le bois local (pour la fabrication des huisseries), qui, en plus d’être naturellement isolant, fait office de stockage de carbone.

Bois local…

Les matériaux bas de gamme comme le PVC ne sont pas forcément une solution à privilégier: son énergie grise est supérieure à celle du bois (1500 MJ pour 1 m² de fenêtre), sa fabrication à partir de pétrole, de chlore et de nombreux additifs est loin d’être “locale” et sans danger, et il part trop souvent en incinération au lieu d’être recyclé (c’est pourtant possible et assez peu complexe).

Rénover l’existant autrement

Et c’est là que la richesse des alternatives nous ouvre ses bras. Si l’on abondonne certains postulats sur nos fenêtres, on peut économiser de l’énergie tout en sauvegardant notre petit capital.

Qui dit “fenêtre” pense “ouvrant”. On envisage très rarement les vitrages fixes. Et pourtant, il y a des configurations de logements ou un certain nombre de fenêtres ou de porte-fenêtres n’ont pas forcément besoin de battant ou de coulissant. C’est le cas des petites fenêtres annexes d’une pièce possédant déjà une grande fenêtre avec ouvrants. C’est le cas aussi d’une baie vitrée, qui peut être intégralement ou partiellement fixe. On peut aussi avoir sur une fenêtre un côté fixe et un côté ouvrant. L’avantage d’un vitrage fixe est aussi de ne pas poser de soucis en terme de joint d’étanchéité et de futures potentielles entrées d’air froid.

Intégrer un vitrage fixe dans un encadrement est en général meilleur marché qu’une fenêtre avec ouvrant. Il est même assez facile de fabriquer un double-vitrage fixe soi-même: un cadre en bois, deux vitres, un peu de lasure suivant l’essence du bois et une cartouche de silicone pour le joint. L’écartement entre les deux vitrages sera préférentiellement de 16mm, et il est possible d’y intégrer un sel dessicant pour éviter la condensation.

On peut aussi rénover simplement une fenêtre avec ouvrant en lui adjoignant un survitrage. Cette méthode réduit les déperditions thermiques de la vitre seule (au mieux une diminition de moitié du coefficient de transmission thermique Ug). Il est cependant nécessaire de réaliser un vide d’air parfaitement étanche. De plus, il est important de traiter en parallèle les joints de l’ouvrant pour supprimer toute entrée d’air parasite autour de la fenêtre. La méthode du gel de silicone moulé (voir lien ci-dessous) semble idéale pour les fenêtres anciennes.

Pour la pose d’un survitrage, ou la construction d’un double vitrage fixe, il faudrait privilégier en vitre intérieur une face à faible émissivité, qui renvoie le rayonnement infrarouge (chaleur) dans la pièce. Passer d’une face classique (verre ou vitre composite) à une faible à faible émissivité peut permettre de réduire les pertes thermiques du vitrage de près de 20% (réduction du coefficient Ug). Cependant, il est difficile de trouver une miroiterie qui accepte de vendre ce type de vitrage seul, il est souvent proposé uniquement dans les doubles vitrages complets (à faible émissivité et à gaz argon). Il existe des films à faible émissivité que l’on peut coller sur des vitres en place, c’est une solution intéressante mais pas forcément bon marché.

Le fait de ne pas pouvoir remplacer l’air dans le double vitrage par un gaz plus isolant (argon…) est moins problématique, car son impact sur les pertes est moins significatif (potentiellement moins de 10%).

Auto-construction d’un double vitrage fixe comme double fenêtre

Une autre technique, quasiment absente en France mais présente dans certains pays nordiques consiste à ajouter dans l’encadrement une deuxième fenêtre. Cette double fenêtre peut être en simple vitrage ou en double vitrage, ce qui devient presque équivalent au global à un double vitrage ou un triple vitrage en simple fenêtre. La grande quantité d’air entre les deux vitrages n’est pas forcément optimale pour l’isolation, mais ceci peut-être en partie compensé par la suppression du pont thermique au niveau du mur en appui sur le dormant si l’isolation est réduite à ce niveau là. Niveau financier, mettre une deuxième fenêtre neuve à le même coût que le changement de la fenêtre existante. Cette technique peut surtout avoir un grand intérêt pour réutiliser de façon efficace des fenêtres anciennes initialement vouées à la destruction.


Le temps de faire

Pour résumer, c’est en prenant le temps de faire des rénovations au fur et à mesure que l’on trouve le meilleur équilibre économique et écologique. C’est valable pour les fenêtres mais aussi pour de nombreux travaux. L’idéal est de partir d’un audit ou d’un bilan global de sa maison, et de rénover chaque élément qui arrive en fin de vie en essayant de le faire de façon cohérente avec la cible fixée. Il ne faut alors pas hésiter à faire soi-même certaines rénovations, sans complexe par rapport aux professionnels qui ne fournissent pas tous un travail soigné…

Cette méthode a l’avantage de rendre économiquement accessible la démarche à des revenus modestes, et elle évite les dépenses d’énergies grises qui parfois rendent la démarche anti-écologique (et ce malgré la bonne conscience que l’action a pu nous procurer).


PS: les liens vers les différentes techniques citées sont trop nombreux pour être listés ici. Ci-dessous des mots-clefs à mettre dans votre moteur de recherche libre favori (www.duckduckgo.com, www.qwant.com …):

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