De l’art du sourire gratuit dans la rue. Secret d’une énergie insoupçonnée.

On me demande souvent d’où je puise toute mon énergie, ma force, mon enthousiasme du quotidien, ma joie de vivre perpétuelle et mon ardeur infatigable. J’esquisse généralement des réponses vaseuses, des généralités confusément enrobées de quelque sincérité, mais il me manquait toujours cette part essentielle, qui m’échappait aussitôt que je m’en saisissais, cette petite touche de persil qui rehausse le goût, et qui in fine explique tout.

Puis la réponse m’a frappée ce matin. Et dans tous les sens du terme. Elle m’est tombée dessus, et elle m’a épatée tant elle était en réalité évidente.

Je me nourris simplement de sourires au quotidien.

Lorsque je cours dans un parc, petit footing hebdomadaire, que j’arrive à ces moments critiques des 15, 30 ou 45 minutes — car oui, c’est un éternel retour, cet essoufflement qui manque de nous faire faillir et qui nous relance tous les quarts d’heure — que je lutte intérieurement, douloureusement, pour ne pas m’arrêter, que je me débats contre cette envie d’abandonner , et que, pile à cet instant précis, à ce point-T crucial, celui-ci et pas un autre, je croise une personne qui me sourit, ou parfois même me gratifie d’un “Courage!” ou “Tenez bon!”, alors je ressens une énergie nouvelle renaître en moi. Et je redouble d’entrain.

Quelle est donc cette force mystérieuse qui soudain germe en moi et éclate ainsi en mille particules d’adrénaline et de joie et se déverse en moi ?

Je n’avais jamais véritablement compris pourquoi. Jusqu’à ce que je me rende compte que cette vigueur était présente tout autour de moi.

Lorsqu’il pleut dans la rue, comme aujourd’hui, que je me réfugie maladroitement sous mon parapluie et hâte le pas précipitamment pour pallier mon retard, et que je croise un homme qui me sourit — un bon père de famille qui a aussi ses propres soucis, le manteau long entièrement trempé, le parapluie légèrement usé qui résiste tant bien que mal à l’averse parisienne— je ressens à nouveau cette agréable sensation, cette sève qui coule en moi comme une cascade, et le ciel me paraît moins lourd tout d’un coup.

Lorsque je rentre le soir, fatiguée, que j’attends le feu vert pour traverser et enfin retrouver mon chez moi, et que j’échange avec mon voisin ou ma voisine un petit sourire de solidarité — face à l’attente — le feu rouge me paraît moins hostile. Plus, même: il me paraît doux, car il offre finalement un temps de pause à une journée perpétuellement chargée. Et seulement alors je savoure cet instant de répit.

Lorsque je prends le métro, qu’il est bondé, que j’étouffe coincée que je suis, avec mon mètre cinquante-cinq, entre des aisselles et des doudounes, et que je reçois des sourires — de compassion, de partage de ma souffrance? — je me sens le coeur plus léger.

Mais, on me rétorquera, comment cela se fait-il qu’on sourit autant à une jeune fille complètement inconnue ? N’est-ce pas étrange, même louche ? Grossière erreur. L’homme est fait pour sourire. Sourire à la vie. Sourire à ses imprévus, à ses surprises, à ses peines et ses joies. Sourire à toutes les marches de l’existence pour lui donner une saveur plus sucrée. Ou plus acidulée, selon les goûts de chacun. Ce qui importe, c’est notre liberté de lui donner le parfum que l’on souhaite. Car oui, je crois fermement à notre capacité d’insuffler à notre propre vie les saveurs de nos envies. Car tout n’est finalement que force de volonté.

Evidemment, la vie parfois est dure. Je ne le nie pas. Que tout n’est pas joie, mais qu’il y a amertume, angoisse, peur, tristesse, douleur ; que parfois elle nous est insupportable et qu’on aimerait gommer ces traits ratés sur le dessin de notre existence comme on raye facilement un parasite. Mais tentez de sourire. Prenez sur vous, pensez aux choses heureuses, passées et à venir, remémorez-vous les souvenirs drôles, les obstacles — même pénibles — surmontés, le chemin traversé et accompli jusqu’ici, et riez-en. Alors tout semblera tellement plus doux.

Donc oui, je souris dans la rue. Je rigole ouvertement lorsque je songe à une chose drôle, je n’hésite pas à partager mes joies, quand bien même certains me regarderaient d’un air surpris, décontenancé — mais ce n’est pas du reproche que je sens dans leur regard, au contraire. Car oui, je veux être heureuse et rire. Et alors l’on me sourit également. Dans la rue, dans le métro, au restaurant, dans la queue d’un magasin, sur un banc, partout. Des sourires, encore et encore. Offrez et recevez.

Et ce sont précisément ces sourires, cette bonne humeur spontanée qui rejaillit et qu’on me partage, qui m’encouragent au quotidien. Ils m’apportent ma détermination, renforcent mes convictions ; ils fortifient ma croyance en une nature bonne de l’être humain et en le caractère fondamentalement délicieux de la vie.

Alors oui, je souris et on me sourit. On me sourit et je souris. Ainsi se dessine le plus efficace des cercles vertueux.

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