Être hypersensible dans la vraie vie

Se sentir différent, l’être et le vivre pleinement

Il vous est déjà arrivé, pendant une discussion, d’avoir plusieurs pensées qui se créent instantanément et tournent dans votre tête sans faire d’effort. Puis au bout d’un moment, vous vous rendez compte que votre générateur d’idées est beaucoup plus rapide que votre capacité à les traiter et même à toutes les comprendre. Et il vous arrive de ne pas pouvoir exprimer correctement ce que vous ressentez ou pensez. Vous ne souffrez pas forcément d’un mal, rassurez-vous ! Vous êtes peut-être une personne hypersensible, comme moi. Ces faits que je vais vous relater maintenant décrivent mon quotidien.

Que signifie être hypersensible?

Vous en avez peut-être une idée. Une image rapide de la chose, vous vient en tête à cet instant-là. C’est l’image d’une personne émotive qui pleure à la moindre frustration ou quand elle se sent incomprise. Eh bien non, ce n’est pas vraiment ça être hypersensible!

En tout cas pas moi (pour le moment 😊! ).

Ce n’est pas non plus avoir une maladie, du genre pathologique qui vous rend instable et dangereux pour votre entourage. “ On est pas dans un thriller ! ”

“ Être hypersensible c’est tout autre chose.”

L’hypersensibilité dont on parle ici est d’abord un trait de personnalité.

C’est quand même 1 personne sur 5, à l’échelle de la population mondiale, qui ressent les choses différemment, un peu plus intensément que les autres.

Sensible aux choses qui paraissent banales pour les autres. L’hypersensibilité (HSP en anglais), c’est aussi une capacité à aller dans une telle profondeur de réflexion, même sur de simples sujets.

Un bagage d’émotions, et plein d’empathie !!

Nous sommes, nous humains, tous liés à nos émotions. C’est la base de notre réflexion et de notre capacité à fabriquer des idées. L’émotion nous fait comprendre l’importance de ce qui nous est transmis comme information ou sentiment et nous permet d’en créer une idée, un sentiment en réponse à cela.

Chez des personnes hypersensibles, c’est un peu différent, plus intense. Une HSP reçoit beaucoup plus d’informations de son environnement, peut-être même plus que nécessaire. Elle vit certaines situations de manière étrangement différente. A l’intérieur de sa tête, c’est un peu comme ça :

“ Cette fille qui pleure dans la rue là-bas, peut-être parce que son copain vient de la quitter, je n’arrive pas à l’ignorer. Mais encore la douleur qu’elle ressent, je la ressens comme si elle pleure avec mon cœur.”

“Ces personnes qui crient dans le fond du bus, ce n’est pas qu’ils me font peur, mais le bruit qu’ils font me dérange intérieurement comme si on me secouait.”

Un cerveau submergé par ses idées, et puis … Bug !!

Les personnes hypersensibles ont un système qui répond automatiquement à tout ce qu’ils reçoivent avec un nombre exponentiel de sentiments et d’idées. Elles tentent, et souvent vainement, de classer ces idées. Dans une conversation par exemple, le principe pour tout le monde, est de trier les idées puis de construire son argumentation pour exprimer son avis ou tout simplement participer de manière active à l’échange. Et tout ça doit se faire rapidement quand même pour que ça reste naturel. C’est bien là le problème chez certaines personnes hypersensibles.

“ Tout le monde n’a pas ton temps mon jeune homme ! ”

Parfois malheureusement, à cet instant là, c’est l’échec, bug! Les paroles ne suivent pas. Ou c’est peut-être le cerveau qui n’a pas suivi. Ce moment tragique où l’on perçoit vaguement plein d’idées qu’on essaie d’exprimer mais le bégaiement prend le dessus. Le stress qui en suit ne vient pas aider. On commence à raconter plein de choses sans trop de logique ou parfois rien. On perd le fil de l’argumentation. Notre tentative de dire quelque chose de simple et compréhensible pour ceux qui nous écoutent a simplement échoué. L’instant devient gênant. “ Awckward, that’s it ! ”. Nous nous posons nous même la question de savoir si on n’est pas hors sujet ou pire si on est capable de penser de manière cohérente. Et bien évidement vu que l’expression de notre visage ne montre pas d’assurance, l’auditoire se demande même si on est capable de réfléchir normalement.

Un potentiel à l’allure de problème

Quand le robinet est plus petit que le courant d’eau, il a intérêt à être solide sinon il craque.

L’hypersensibilité, c’est juste une manière différente de fonctionner. Vous savez que chez tout le monde cette partie du cerveau, qui permet de traduire les idées en paroles n’est pas la même que celle qui fabrique les idées et sentiments. Le cerveau gauche qui crée les mots est séparé du cerveau droit qui traite les émotions. C’est pour cela que vous entendrez dire parfois « J’ai ce ressenti au fond de moi mais je ne sais pas comment l’expliquer ». Ce sentiment-là, imaginez le deux fois plus intense, chez une HSP. Et c’est la partie droite de son cerveau qui domine en tout.

Des jours plus ensoleillés

Fort heureusement, il arrive parfois que le cerveau se surpasse, il arrive non seulement à ordonnancer ces idées mais à les traduire en mots adéquats. L’argumentation est claire. C’est peut être que le sujet de base n’était pas si complexe. Mais, là n’est pas le problème puisque les HSP vivent bien la complexité. Alors on commence à l’entendre dans toute la splendeur de sa capacité à s’exprimer avec passion, débattre, raconter une histoire et être intéressant, drôle. C’est le moment du flow. Le temps semble s’arrêter autour, les parties de son système ne font plus qu’un, elles travaillent toutes à leur vitesse de croisière.

Une image pour vous aider à comprendre l’hypersensibilité

Imaginez qu’on branche un scanner à la partie du cerveau qui traite les émotions et qu’à chaque fois une émotion ou une idée émerge, on affiche un point rouge sur l’écran de l’appareil.

Certains chercheurs ont prouvé que chez les femmes en général, les sentiments sont plus riches que les hommes. Donc imaginons qu’on aurait vu plein de points rouges apparaître rapidement sur l’écran de ce scanner pour une femme en colère ou en joie. Chez une personne HSP, ce serait l’explosion nucléaire. Une multitude de points qui apparaissent au début, comme pour tout le monde, mais rapidement on en voit de plus en plus là où chez les autres ça reste stable.

Il s’agit de sentiments de tout genre.

En supposant que le principe d’une communication orale revient à ajouter un mot à chaque point rouge de l’écran du scanner, imaginez combien de mots faudra-t-il pour nommer chaque idée ou émotion dans son cerveau. Ceci est un challenge permanent. Non seulement faut-il pouvoir identifier chaque idée parmi tant d’autres. Mais ensuite, avoir une vue d’ensemble, faire le tri par degré d’importance et construire ses arguments. Et tout ça même pour des choses simples comme simplement échanger avec un ami ou choisir un plat de la carte d’un restaurant.


Survivre dans le vrai monde

Cher ami qui me lie, je te demanderai, l’instant d’un paragraphe de te mettre dans ma peau.

Au travail tes collègues ne comprennent pas souvent l’approche que tu as par rapport à tel ou tel sujet. Ils sont parfois étonnés du type de réflexion que tu fais sortir de ta tête. Et les moments où tu atteins le fameux « flow » on entendra quelque part quelqu’un dire « C’est un philosophe ou quoi… ?».

Il faut avouer que cette condition a quelques avantages. C’est qu’être hypersensible te permet d’aller chercher plus loin que nécessaire, ce qui souvent apporte de l’originalité à ce que tu exprimes, de la particularité. Mais le problème est que, dans le vrai monde, ce n’est pas toujours perçu comme utile et la plupart du temps ça ne l’est même pas. Parce qu’être original c’est être différent, c’est ressortir des choses souvent incompréhensibles pour les personnes qui t’écoutent. Certains te pensent hors sujet, d’autres, au mieux, arrivent à juste voir la face drôle de l’idée. Mais rarement sa profondeur n’est perçue, encore moins son sens caché. Tout ceci te fait paraître étrange et la différence n’est pas, dans beaucoup de cultures, socialement perçue comme bénéfique.

Encore plus que lorsque tu vis dans un milieu dont tu n’es pas originaire (expatrié, immigré, africain en Europe, asiatique en France, de race différente,…) imaginez les interprétations qui en ressortent : « Mais qu’est ce qu’il/elle raconte encore …! Il/elle n’est vraiment pas comme nous.»


Le plus dur pour soi-même, c’est de ne pas comprendre ce qui se passe

Difficile à savoir ce qui rend une personne hypersensible. Il existe plusieurs hypothèses. Mais peu importe la manière dont c’est arrivé, le pire, c’est de ne pas en être conscient.

Je vous partage mon expérience personnelle.

Moi, jusqu’à l’âge adulte, je n’ai pas su que j’étais hypersensible. Néanmoins, j’ai toujours su que j’étais différent sans forcément comprendre pourquoi. Vous savez, dans certaines cultures, la différence est beaucoup plus tolérée ou acceptée que dans d’autres. J’ai grandi dans des pays africains où la vie en communauté et l’acceptation vous donnent la chance de pouvoir vous exprimer tel que vous êtes. Jusqu’à mon jeune âge j’ai vécu introverti et je me suis progressivement ouvert à mon entourage. Ceci, grâce à des amitiés, créées pendant mes années d’études et, qui sont devenus aujourd’hui des amitiés fraternelles.

En fin d’années d’études en Master, j’ai décidé de me spécialiser. J’ai donc choisi de faire une formation complémentaire à Paris. C’est le type de formations professionnelles où on rencontre des personnes avec des profils différents, venus de partout. Il y avait parmi nous un compagnon d’origine colombienne qui m’a marqué, car il avait le courage de penser bleu quand tout le monde pensait jaune ou rouge. Ses avis étaient toujours différents. Et surtout il se foutait pas mal du jugement des autres. Un jour, il nous est arrivé de travailler en binôme sur un projet. Comme je m’y attendais, nos idées ne convergeaient jamais, même si elles étaient toutes très intéressantes. Je tiens à préciser tout de même que ce camarade était très cultivé, et avait une vision profonde des choses. Il a été l’une des meilleures rencontres que j’ai pu faire pendant cette formation d’une année.

Un jour, il me posa une question qui, ma foi, a changé ma vie. Il me dit : « Je sais qu’on n’est jamais d’accord toi et moi, mais je suis sûr que tu as du potentiel à appréhender les choses d’une manière encore plus différente que moi. Ne serais tu pas un HSP person…? » Et à moi de lui répondre : « Mais c’est quoi un HSP machin ?… ». Ce fut le début d’une longue histoire que je continuerai d’écrire toute ma vie.

Je te remercie cher ami de m’avoir éclairé ce jour-là sur une tonne de questions que j’ai pu me poser pendant longtemps.

Il existe bien sûr d’autres âmes bienveillantes, sinon ce serait trop triste !

Même si cette vie me paraît toujours complexe et toutes les situations comme des casse-tête à déchiffrer. Il existe dans mon entourage une personne qui, elle, perçoit bien l’avantage de cette hypersensibilité. C’est ma femme.

Toujours étonnée de ce que je peux bien aller chercher dans ma tête. Elle en rit souvent de manière à me faire comprendre que je suis exceptionnel. Avec elle je me lâche vraiment. Je peux passer toute la journée à raconter des « bêtises » (mes réflexions farfelues de tout genre) ou à agir de manière imprévisible, elle reste impressionnée, elle essaie de faire pareil parfois.

Elle ne se rend même pas compte qu’une partie de mon équilibre intérieur ne tient qu’à sa manière de m’accepter. Elle me dit toujours en rigolant, que je suis « fou ». Mais détrompez-vous, c’est sa manière à me faire comprendre que je suis spécial. Et ça, je trouve que c’est mignon de sa part et, paradoxalement valorisant.

Elle pourrait se plaindre quelques fois de ces longs moments d’indécision que j’ai (parce je veux toujours absolument étudier toutes les possibilités… » ). Elle n’arrête de me dire qu’elle ne s’ennuiera jamais avec moi.

Elle et moi sommes originaires d’un même pays et avons donc la même culture, mais même pour elle je reste différent. Différent certes, mais spécial. Cette différence elle l’a choisie pour la vie.


Pour finir donc, quelques petits conseils

A ceux qui se retrouvent dans l’histoire de cette différence ni créée par soi-même, ni comprise réellement, sachez-le, ce n’est pas une maladie ni un défaut.

Peut-être que cette condition nous expose à une condition mentale particulière. Il faut en être conscient. Gérer une telle abondance de sentiments et de pensées est presqu’un combat.

Etre hypersensible est un avantage énorme, mal connu et surtout mal compris.

J’ai quelques conseils à vous donner :

  • Apprenez à vous connaître, prenez le temps et donnez-vous les moyens de le faire.
  • Considérez-vous comme une personne qui a reçu une qualité spéciale, un potentiel inestimable, plutôt qu’un fardeau. Prenez confiance en vous!
  • Entourez-vous de personnes qui vous acceptent et qui acceptent la différence.
  • Et si vous y arrivez, Utilisez ce potentiel pour être de plus en plus créatif au quotidien, et révolutionnez le monde!

Bibliographie

  • Pour comprendre l’hypersensibilité : « Je pense trop : Comment canaliser ce mental » de Christel Petitcollin
  • Pour maximiser son potentiel créatif : La Confiance Créative : Tous innovateurs avec le Design Thinking de Tom Kelley & David Kelley