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25 Mai 2018

Voile sur la maternité

Neuf mois après le début des violences qui ont contraint des milliers de Rohingyas à fuir le Myanmar, les conditions de vie des femmes enceintes dans l’un des plus grands camps de réfugiés au monde restent dramatiques, notamment pour les victimes de violences sexuelles.

Lorsque les violences ont éclaté au Myanmar en août 2017, plus d’un demi-million de Rohingyas ont fui vers le Bangladesh. Des récits horrifiants de viols et de violences sexuelles à l’égard de femmes et de jeunes filles ont fait surface. Neuf mois plus tard, nombre d’entre elles se retrouvent confrontées à la perspective d’accoucher dans l’un des plus grands camps de réfugiés au monde. Voici l’histoire de quelques-unes d’entre elles.

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« … Au Myanmar, le viol était monnaie courante, certaines femmes étaient même tuées après avoir été violées, et d’autres étaient enlevées à leur domicile », raconte Nafiza, 15 ans, depuis le petit abri recouvert d’une bâche qui lui sert désormais de maison dans un camp de réfugiés du Bangladesh. Enceinte de sept mois, elle pense que c’est la conséquence du viol que les soldats de l’armée birmane lui ont fait subir. Nafiza était mariée depuis un an lorsqu’elle a fui le Myanmar. « J’ai perdu mon mari dans la cohue, et depuis, je suis sans nouvelles de lui. Je ne sais pas s’il est mort ou blessé. »
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La vie d’Azara, 20 ans, a été brisée par l’arrivée de l’armée dans son village. Agressée sexuellement, elle a été laissée pour morte. « J’ai perdu toute ma famille, mais si Dieu me donne un fils ou une fille, cela me permettra de survivre. Je pense au moment où mon bébé viendra au monde et où je poserai mes yeux sur lui, et cette image me donne de la force. » Lorsqu’on lui demande ce qu’elle dirait à d’autres victimes de violences sexuelles, Azara est succincte dans sa réponse : « Je leur dirais de ne pas s’inquiéter ou d’avoir peur. Il faut penser à son bébé et faire tout ce qui est en son pouvoir pour survivre. »
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Arefa, 17 ans, a fui vers le Bangladesh juste après l’enterrement de son mari, tué lors d’une manifestation. Elle a été violée après s’être retrouvée séparée de sa famille dans la forêt. Maintenant, elle est enceinte et ne sait pas qui, de son mari ou de l’homme qui l’a violée, est le père de son enfant. « Ce n’est pas simple de donner la vie, alors j’ai un peu peur, dit-elle. C’est mon premier bébé et nous sommes dans un camp de réfugiés. »
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Rahenah, 15 ans, était en train de cuisiner lorsque les soldats sont arrivés. « Nous, les filles, n’avons pas pu nous enfuir. Les militaires nous ont attrapées et attachées à un arbre. […] Puis ils nous ont violées. » Elle a retrouvé son mari dans la forêt et ils se sont enfuis à pied. « Lorsque nous sommes arrivés près de la plage, des soldats ont tiré sur mon mari et je l’ai vu mourir sur le sable. Il avait 19 ans. » Rahenah se réjouit de devenir mère, mais elle s’inquiète des conditions de vie au sein du camp. « Si mon bébé survit, je ferai tout mon possible pour qu’il reçoive une éducation. »
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« Nous étions mariés depuis trois ou quatre mois lorsqu’ils ont tué mon mari », se rappelle Sameera, 17 ans. Elle a été violée deux jours plus tard. Trois soldats se sont présentés à sa porte avec deux filles rohingyas. Toutes trois ont été violées et deux d’entre elles ont été violemment battues, à coups de crosse dans le cas de Sameera. « Quand mon bébé naîtra, il ou elle sera à moi, peu importe qui en est le père », affirme-t-elle.
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Supriti, 30 ans, a assisté au meurtre de trois de ses quatre enfants et de son mari. Elle a été violée par des soldats avec sept autres femmes dans une maison de son village tandis que les bâtisses environnantes étaient en flammes. Désormais réfugiée au Bangladesh, Supriti se repose presque entièrement sur sa fille survivante car elle souffre d’une blessure profonde à la tête qui lui a été infligée, dit-elle, par la machette de l’un de ses agresseurs. Elle qui a entendu parler des risques de trafic qui guettent les enfants du camp s’inquiète pour sa fille. « Je dois garder un œil sur elle », confie-elle.
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L’an dernier, un vendredi matin d’août, l’armée birmane a encerclé le village de Manoshi, 18 ans. Son frère et ses quatre sœurs ont été tuées. « Mon père aussi a été tué, laissant ma mère et moi comme seules survivantes », raconte-t-elle. Manoshi a été violée par les soldats et s’est rendu compte qu’elle était enceinte une fois arrivée au Bangladesh. Chassée de la maison de sa mère, Manoshi doit désormais affronter l’avenir seule.
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C’était une journée de travail comme les autres pour Shofika, à l’époque âgée de 14 ans, lorsque les soldats sont arrivés. Elle a été violée par deux d’entre eux et son mari a été tué dans l’attaque. Au Bangladesh, Shofika a constaté qu’elle n’avait plus ses règles : « Je me suis rendue dans une clinique et le médecin m’a annoncé que j’étais enceinte. » Dans un premier temps, elle a voulu interrompre sa grossesse, mais le médecin et les infirmières lui ont déconseillé de le faire en raison de conséquences potentiellement dramatiques pour sa santé. Elle s’est depuis résignée à devenir mère à l’âge de 15 ans.
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Hamida, 18 ans, n’était mariée que depuis deux mois quand les soldats sont arrivés. C’est aux environs de minuit qu’ils ont entraîné son mari dans l’obscurité. « J’étais seule et je priais pour que mon mari revienne, mais ce sont trois soldats qui sont apparus », dit-elle. Après être arrivée au Bangladesh, Hamida a découvert qu’elle était enceinte : « […] J’ai été violée. De nombreuses femmes l’ont été. Je ne suis pas toute seule. »

De tous les bébés nés dans les camps depuis septembre 2017, seuls 3 300 — soit 1 sur 4 — sont venus au monde dans un centre de soins. À l’heure actuelle, 15 % des femmes seulement ont accès à des structures de ce type.

La priorité de l’UNICEF est de s’assurer que chaque femme enceinte reçoit le soutien et l’aide dont elle a besoin pour accoucher dans un endroit sûr, et qu’elle a les moyens de s’occuper de son bébé du mieux possible.

En collaboration avec des partenaires, l’UNICEF fournit des soins aux mères et à leurs bébés avant et après la naissance. Des visites sont régulièrement effectuées dans les abris où vivent les femmes enceintes pour évaluer leur situation et leur apporter un soutien — plus de 150 groupes parentaux ont été mis en place dans les différents camps.

L’UNICEF a également mobilisé près de 250 bénévoles communautaires pour s’assurer qu’un nombre croissant de femmes se rende en centre de soins avant et après avoir accouché.

* Tous les prénoms ont été modifiés.


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