Le Plongeoir

de Gilles Maugenest

Harry va donner son premier coup de couteau, faire couler le sang qui le fera avancer sur le chemin qu’il s’est choisi

Aristide est un gentil garçon, une sorte de gendre idéal, poli (trop), propre sur lui, l’ami, le fils rêvé. Oui mais voilà, Aristide veut passer de l’autre côté. Devenir une racaille. Quitter ses habits de petit-bourgeois pour endosser le costume du mauvais garçon. Il rencontre Zoran, et devient Harry.

Zoran, il « bricole » dans la cité, de matchs de foot en petits braquages, toujours un cran d’arrêt dans la poche, il connait toutes les ficelles, ces fameuses ficelles qu’Aristide voudrait bien maîtriser. Lui, Zoran, il rêve de respectabilité, de son autre côté à lui…

Pour sauver Zoran des pattes de la « milice », Harry va donner son premier coup de couteau, faire couler le sang qui le fera avancer sur ce chemin qu’il s’est choisi. Finira-t-il par « sauter du plongeoir de 7 mètres ? »


Un avant-goût

Le jour se lève. J’ai quitté mes parents. Juste après les résultats du bac. Je suis parti. Ils recevront mon diplôme dans quelques jours par la poste. Mention bien ; je ne sais pas si mon père descendra à la cave pour prendre une bouteille de champagne dans la caisse ou s’ils attendront mon retour. Pour l’instant, officiellement c’est rien que des vacances, je suis resté assez vague.

Je mords dans un Savane au chocolat format familial. Un sac de sport à mes pieds, je contemple cette ville inconnue. J’aurai bientôt 20 ans, il est temps de commencer une vie. Mon avenir m’attend dans la lumière pâle de ce petit matin de juillet. Voyou. Je serai voyou. Je le sais. Je l’ai décidé.

Je veux exister, marre d’être invisible. Je veux que maintenant le ciel et les filles me regardent. Je veux connaître l’aventure de la rue, les nuits scintillantes, les peurs, les échappées belles et les amours violentes. Connaître, dans tous les dangers, la vraie saveur de la vie. Parler à la mort. Devenir superbe.

Je suis pas né du bon côté, je le sais ça, pas besoin de me le rappeler. Je suis né avec une cuillère en argent coincée en travers du gosier. Mais parti de rien, je me ferai tout seul, vous verrez. Je gravirai un à un les échelons de la société. La rue, on me l’a pas donnée, je vais la prendre. Vous la prendre.

Vestige affligeant, mais utile, de l’existence que je fuis, j’ai, sur un livret, la somme de 3000 euros. Je trouve une location, un meublé, dans un quartier populaire qui, loin d’être la zone, tranche déjà sérieusement avec ma petite colline de la résidence Beauregard. C’est un quartier assez calme. Ma fenêtre au troisième étage surplombe une place triangulaire, la place Dramard.

Peu de temps après mon arrivée, devant le café, deux hommes furieux (j’ai vu cela de chez moi) se battent avec des piquets de parasols. Pour 8 euros cinquante à OK Corral, on a à peu près la même attraction. C’est pas à la résidence Beauregard que j’aurais pu voir ça, côté animation c’était nul, même les clébards fermaient leurs gueules. Il y a aussi, les soirs de championnat de France, toujours émanant du café, quelques clients qui braillent sur le coup de 10 heures et demie. Ces soirs-là, de mon appartement, première leçon, j’essaie d’imiter leur cri. Je n’y parviens pas.

Ces hommes je les admire. Non, sans rire, je les admire. Ils sont ce que je veux devenir. Leur corps a compris le monde alors qu’avec mes doutes, je m’y empêtre encore. Dans mon corps et dans le monde.

Ce qui me bouleverse c’est cette voix, comment vous expliquer. Toute leur force, tout ce que j’envie en eux, je l’entends dans leur voix qui jaillit de la zone reptilienne de leur cerveau sans le moindre filtre de conscience, sans aucune affectation. Elle est pure, dégagée de toute censure esthétique. Cette voix, et non ces voix, car ils ont tous la même. Cette uniformité est compréhensible puisque issue du corps et non de l’âme, leur voix n’est polluée par aucun raffinement, aucune touche personnelle.

Alors, derrière mes fenêtres, les soirs de championnat, profitant à leur insu de leur sagesse, je pousse moi aussi des beuglements. Oh mon Dieu ! Les pauvres petits cris étranglés. Pitoyables et grotesques. Il semble qu’avant de franchir le seuil de ma bouche, ils aient parcouru toutes les circonvolutions de mon cerveau. Je suis vraiment nul en beuglement.

Ma vie à cette époque est devenue une lutte laborieuse contre moi-même. Je travaille avec acharnement à être un autre. Je veux hurler dans les rues. Ma tâche est colossale.

Tous droits réservés. Gilles Maugenest et Numeriklivres.

Format numérique (ebook) — 235 pages-écrans — 3,99€


Disponible également au format ePub et/ou Kindle sur iBookstore Apple, Amazon.fr, ca et com, Kobo France et Kobo Canada, Google Play, Archambault.ca, ePagine.fr, Bookeenstore, Chapitre.com, Relay.com, Decitre, Culture, Nolim Carrefour, Feedbooks et +


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