Inertie politique et engagement citoyen

L’émission “Le téléphone sonne” de France Inter du Lundi 21 décembre 2015 était consacrée à l’engagement citoyen face à l’inertie du politique, en présence de deux invités:

Pour introduire cette émission, le journaliste de France Inter (Nicolas Demorand) évoque ce que les élections régionales de décembre 2015 ont une fois de plus mis en évidence: les sentiments de “ras le bol” et de “résignation” des français à l’encontre de leurs élus, et la conviction que ces derniers étaient impuissants pour répondre à leur problèmes quotidiens. Les citoyens semblent fatalistes devant une alternative peu réjouissante: voter sans y croire ou ne pas voter.

Cet article est un résumé des échanges ayant eu lieu entre le journaliste, les invités et les auditeurs invités à s’exprimer.

Des élus impuissants sur les problèmes concrets?

De plus en plus de citoyens cherchent à agir sur le terrain, de façon pragmatique, en agissant concrètement sur les problèmes: ils utilisent pour ce faire l’outil “associatif” plutôt que “politique”. On constate effectivement que les “innovations sociales” proviennent le plus souvent du monde associatif.

Beaucoup d’élus semblent “coupés” du terrain et ils n’abordent les problèmes que par le biais de réunions: cette déconnexion des réalités concrètes leur rend plus difficile le fait d’admettre certaines difficultés. Contrairement au message consistant à dire que d’avoir, en plus d’un mandat national, un poste d’élu local leur permet de conserver une assise avec la population, il semble au contraire que le cumul des mandats contribue d’autant plus à éloigner les élus de la société civile.

Il faut noter une différence entre les élus nationaux et certains élus locaux: c’est de ces derniers que peut venir un changement, notamment ceux qui vivent leur mandat comme celui d’un animateur de son territoire, de façon plus proche des gens. Ce type de stratégie reprend des techniques propres au monde associatif en l’appliquant à la sphère politique et donne de bons résultats.

Mais d’une façon plus générale, on assiste à une sclérose des élus et de la logique de l’hyper-représentation: les élus sont censés pouvoir répondre à tous les problèmes - à la place des citoyens. Cette conception est de plus en plus archaïque à l’heure où Internet apporte des possibilités d’horizontalité dans la prise de décision.

Les citoyens ont le sentiment que les élus vivent dans un monde qui leur est propre, ce qui fait le jeu en France du Front National et de ses principes “autoritaire” et “anti système”. Le débat politique est phagocyté par des acteurs au pouvoir depuis longtemps et au main de partis qui verrouillent la parole. A ce stade, les invités de l’émission soulignent l’incroyable différence par rapport à un pays comme l’Espagne, où la société civile a réussi à mettre à disposition des offres politiques nouvelles et alternatives, qui ont connu un grand succès électoral.

Le citoyen, acteur clef de la démocratie

Il faut rappeler que la démocratie, ce ne sont pas seulement des institutions mais une forme de vie collective et un état de conscience, une manière d’être ensemble et de collaborer avec les autres. Comment recréer cette envie et ce plaisir d’être ensemble, de coopérer, de trouver des solutions? Il semble que les arcanes de la vie politique “traditionnelle” ne soit plus le lieu adapté pour cette ambition.

Le fonctionnement de notre démocratie représentative a contribué à une infantilisation des citoyens depuis sa mise en place il y a 1 siècle 1/2. Loïc Blondiaux nous rappelle que la démocratie représentative a été inventée par des gens qui haïssaient la démocratie et qui cherchaient une combinaison permettant de légitimer par le peuple leur pouvoir tout en le conservant. C’est ce principe qui semble contesté par une part grandissante de la population - mais pas encore suffisante pour changer le système. Certes, un peuple vivant et construisant un débat politique perpétuel semble utopique, car il est naturel qu’une fraction de la population ait le droit à “l’indifférence politique”, mais le problème pour notre démocratie est que les citoyens se contentent de la situation minimaliste actuelle, n’exigeant d’eux qu’un vote de temps à autres.

Il semble cependant que nous soyons à un moment de transition, où de plus en plus de citoyens sont prêts à contribuer pour faire évoluer notre démocratie vers une “démocratie contributive”. Le numérique avec Internet apporte de plus en plus de pouvoir d’agir à ce sujet, en mettant les gens en réseau et en leur permettant de (re)trouver des personnes partageant - ou pas - leurs opinions.

Internet apporte aussi une nouvelle vision et une nouvelle culture du politique, en apportant des notions de transparence, de partage et d’horizontalité. Ces nouvelles formes de démocratie doivent apporter de nouvelles sources d’inspirations à notre démocratie traditionnelle.

Cependant, le (trop) peu d’implication citoyenne actuelle pose question car l’idéal démocratique implique une responsabilisation des citoyens. Or actuellement, les citoyens ne sont plus que des “consommateurs” de services publics et de politique, se retrouvant de ce fait hors d’une implication réelle dans le champ politique. Pourtant, quand les citoyens s’impliquent, les choses peuvent changer du tout au tout, comme l’a démontré l’expérience des dernières municipales de Saillans.

Armel le Coz évoque une “remise en cause du principe de délégation” (le fait de voter pour un élu qui prendra les décisions à ma place) en proposant une reprise en main des problèmes par les associations et les citoyens. Il cite comme exemple le projet laprimaire.org qui organise une primaire ouverte aux citoyens pour la désignation du candidat à l’élection présidentielle de 2017.

Les élus au cœur du changement

Mais ce point de vue tendant à délégitimer le rôle de l’élu n’est pas unanimement partagé car beaucoup d’élus aident et appuient les associations et/ou citoyens qui s’investissent. La transformation ne se fera pas sans les élus car la volonté des élus fait partie du succès d’une démarche de concertation citoyenne.

Il est aujourd’hui impossible de faire sans les élus et il convient de penser le changement par transformations successives, car seule une partie du changement peut se faire à l’écart des institutions.

Certains élus font d’ailleurs part d’expériences décevantes sur leur volonté d’impliquer leurs administrés: échec des expériences de démocratie participative lors des conseils municipaux pour une ancienne maire, référendum local sans participation pour un autre…

Malgré tout, l’échelon communal reste le niveau idéal pour des expérimentations démocratiques et les outils numériques construits avec Internet doivent permettre d’ouvrir d’autres possibles, en reliant les initiatives locales. Car outre un indispensable renouvellement du personnel politique, les élus doivent aussi ouvrir des voies aux initiatives citoyennes: il faut de nouvelles manières de s’organiser car le système démocratique actuel est défaillant.

Vous pouvez retrouver sur le site de France Inter le podcast de cette émission.


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