Sociologie d’internet : survoler la toile pour mieux la comprendre (Partie 1)

En travaillant dans le numérique et dans le web, on a parfois le nez dans le guidon et on peut avoir tendance à minimiser certaines réalités, voire à les oublier complètement. En tant qu’acteur des civictech, il nous paraît pertinent de pouvoir prendre du recul sur la mise en place d’un outil comme Politizr.

Les études universitaires s’avèrent être un bon moyen d’éclaircir et d’enrichir son opinion sur un sujet. Nous vous proposons à ce titre un ouvrage écrit par Eric Dagiral, Jean-Samuel Beuscart et Sylvain Parasie, trois universitaires enseignant à Paris : Sociologie d’internet. Je vous propose un résumé (vraiment) succinct et en plusieurs parties de ce livre qui a le mérite de faire le tour des études universitaires sur l’internet, ses usages, sa réputation, …

Introduction

Au début de l’ouvrage, les auteurs évoquent le champ de recherche qu’est la sociologie d’internet, les difficultés qu’il appelle, les nouveautés méthodologiques, … La partie la plus intéressante de cette introduction est le déroulement de trois questions centrales :

  1. Qu’est-ce qu’internet fait à la capacité d’action des individus ?
  2. Dans quelle mesure internet favorise-t-il des relations plus symétriques, plus horizontales, ou plus égalitaires entre les individus ?
  3. Peut-on dire d’internet qu’il introduit une plus grande visibilité de la société à elle-même (entendre : est-ce qu’internet est représentatif de la société ? la société peut-elle regarder l’activité du web pour se comprendre ?) ?

Ces trois problématiques appellent à de véritables débats :

  1. D’un côté, il y a élargissement de la capacité d’action des individus (enrichissement des considérations sur le monde, contournement d’acteurs économiques, …). De l’autre, il y a investissement d’internet par les organisations comme un moyen de rationaliser, d’évaluer, de communiquer largement, et donc le balisage de l’action individuelle.
  2. Internet peut être vu comme un outil plus égalitaire avec la symétrisation des relations sociales, mais aussi comme un renforcement des asymétries avec la monopolisation de la parole par des individus ou encore de l’épanouissement de la toute puissance de monopoles, le tout renforcé par des algorithmes.
  3. Enfin, internet introduit une visibilité accrue, du plus partagé au plus intime pour le privé ; on peut aussi parler d’une visibilité de l’intervention publique possible, dès lors que les administrations diffusent leurs données,... Mais l’essor d’internet produit aussi de l’invisibilité. Les usages d’internet étant socialement différenciés, une partie de la population n’accède pas à la parole et n’est pas visible sur le web.

En conclusion de cette introduction, il y a cette idée qu’il n’y a pas de catégorisme possible, rien n’est jamais “tout noir ou tout blanc”.

Chapitre 1 : Une histoire d’internet

Plusieurs choses d’intéressantes ici : d’abord, c’est assez connu aujourd’hui, internet trouve ses origines dans un système d’informations militaires pensé pour faire face à des attaques sur des bases de données (Arpanet). Très vite, l’Arpanet est saisi par les autorités économiques et administratives, car c’est un formidable outil de partage de données et de facilitation des procédures.

Ce chapitre est aussi mis sous le sceau de la question de savoir si certains principes présents aux origines du web ont influencé le développement du web ensuite. Les auteurs expliquent ainsi que le net fut très vite investi par des universitaires, des mouvements libertaires : certains auteurs vont parler d’un imaginaire technique qui se créé, des espoirs d’une société plus égalitaires, porteuse de démocratie …

Trois principes constituent cet imaginaire :

  1. La promesse d’une société virtuelle, d’une auto-organisation en communauté s’affranchissant des frontières
  2. L’espoir d’une horizontalité et d’un renouveau de la démocratie
  3. Les possibilités d’une nouvelle économie, de nouvelles relations marchandes

Ensuite, une partie de ce chapitre concerne la diffusion d’internet, les différents cercles où le web s’est affirmé peu à peu, notamment à travers le développement des outils informatiques dans un milieu professionnel d’abord (dans les entreprises, les administrations, les bureaux, …), puis l’arrivée progressive dans le milieu privé. Aujourd’hui, on parle d’une massification des internautes, car on note une augmentation du nombre d’usagers depuis 2005 et une hétérogénéité progressive des origines sociales, culturelles et économiques. Les différences entre les groupes sociaux se situent désormais dans les usages de l’outil (qu’est-ce qu’on fait d’internet ?).

Chapitre 2 : Interagir et se présenter sur internet

Dans ce chapitre, les auteurs développent l’accroissement des interactions sur internet. Il y a un dépassement du simple cadre d’échange entre les individus et les questions que posent ce chapitre sont centrales, notamment au jour de l’avènement des réseaux sociaux : dans quelle mesure internet affecte les façons d’échanger ? Peut-il permettre une communication authentique ?

Aux débuts du web et des possibilités d’interagir en usagers (milieux des années 90), on peut évoquer qu’il y a une forme d’auto-régulation des échanges (sur les forums, les blogs,…). Les habitudes des différents usagers s’ajustent et une minorité intervient pour orienter, structurer ou modérer les échanges. Porté par les universitaires et des usagers avertis, internet est à ses prémisses un espace avec des idéaux de partage de connaissance et d’échanges horizontaux. Au fil des années, de plus en plus d’individus “profanes” s’approprient l’outil : l’enjeu est l’apprentissage et l’appropriation des normes déjà présentes.

La dimension de la présentation de soi de plus en plus centrale. Internet devient un lieu où l’on produit son image, où l’on choisit ce que l’on révèle de son identité ou non. Les blogs apparaissent en 2003–2004. Les réseaux sociaux débutent juste et cristallisent déjà cette tension existante autour du web sur la limite entre le public et le privé, frontière trouble dont la définition semble au cœur d’enjeux toujours plus engageants sur l’utilisation des données.

Chapitre 3 : Sociabilité et réseaux sociaux

Les réseaux sociaux se sont affirmés comme un élément incontournable du numérique et de nos vies.

En 2004, Tim O’reilly et Dale Dougherty crééent l’expression Web 2.0 pour rassembler les développements internet facilitant les contributions et les participations des usagers. L’expression matérialise une rupture, cependant il faut encore davantage souligner une continuité.

La massification des usages d’internet proviendrait du fait que le web est un formidable outil pour faciliter les pratiques sociales : c’est un dispositif qui peut répondre à des besoins ou être un support aux pratiques sociales (le partage d’informations, les réseaux sociaux, les réseaux d’échanges, de vente,…). La population a intérêt à s’en emparer pour son activité et les profils sont de plus en plus hétérogènes.

Plusieurs travaux illustrent ce constat :

  • l’encastrement des pratiques en ligne dans les sociabilités et comme prolongement des relations sociales, à travers les cas particuliers du jeu en ligne et des sites de rencontres
  • l’usage des réseaux sociaux qui est fait par les individus et les groupes
  • dans quelle mesure internet reconfigure la vie privée des individus et les modes de visibilité de leurs actions et de leurs identités

L’usage des réseaux sociaux devient incontournable sur le web et on observe des pourcentages dépassant les 80% d’utilisateurs des réseaux sociaux les plus communs. L’usage reste en revanche très différenciée et l’utilisation des réseaux sociaux dans les socialités des individus n’est pas sans conséquence sur la configuration de leur visibilité numérique et de leur identité. Trois caractéristiques des réseaux sociaux sont cernées pouvant participer à modifier la construction d’une identité: “(1) la construction d’un profil semi-public au sein d’un système (2) en les articulant à une liste d’autres usagers avec lesquels ils partagent un lien (connexion) et 3) voient et peuvent consulter leurs propres listes de liens et ceux tissés par autrui dans un système”. Cependant, leurs effets supposés sur les sociabilités des individus et sur leurs réseaux sociaux délicats à appréhender. Pour Grosseti, qui a travaillé sur les réseaux sociaux réels ou physiques :

les dispositifs ne vont pas bouleverser les réseaux sociaux. Ils les rendent plus tangibles, plus manipulables. Ils renforcent des tendances plus générales des relations interpersonnelles et des réseaux, mais la cause de l’effet sur ces tendances provient de causes multiples, loin de se réduire aux évolutions des moyens de communication, mais intègrent les changements dans les hiérarchies d’éducation et de revenus, les structures familiales, les engagements collectifs.

Conclusion

On va finir le premier résumé sur ces trois chapitres. Le prochain est central vu qu’il pose la question du renouveau démocratique auquel invite le net.


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