L’extrait de «The Newsroom» qui ne va pas plaire au mouvement Nuit Debout

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La conférence de rédaction peut se révéler cruelle. Le journaliste Neal Sampat en a fait l’amère expérience dans la série américaine «The Newsroom» (Aaron Sorkin, 2012). Lors de cette réunion quotidienne, le personnage a pour habitude de proposer des sujets décalés voire complètement à côté de la plaque. Vous aimeriez vraiment que Laurent Delahousse ouvre son journal avec une créature légendaire nommée Bigfoot?

Bref, ce jour-là Neal a un super sujet à proposer à la productrice de l’émission MacKenzie McHale (saison 2). Une information qu’il a dégoté sur Internet, c’est lui qui tient le blog du présentateur vedette Will McAvoy. Un mouvement de résistance, sans leader, s’installe dans les rues de New York. «Neal a assisté à un rassemblement ce week-end. Occultez Wall Street», se moque MacKenzie McHale. «Occupy Wall Street», soupire Neal. La raison de ces moqueries? La manifestation n’a pas eu un succès monstre: 300 personnes se sont rassemblées dans le parc Zuccotti, au sud de Manhattan, pour dénoncer les abus du capitalisme financier.

«C’est la cacophonie»

La série d’Aaron Sorkin avait la périlleuse ambition de s’inspirer de faits réels. Les médias américains ont véritablement mis de côté le mouvement Occupy Wall Street à ses débuts. «Les journalistes ne trouvent pas cool de prendre au sérieux ces gens qui veulent changer le monde», commentait (pour de vrai) Will Bunch du Philadelphia Daily News dans l’émission de Keith Olbermann. Une vidéo d’arrestations musclées postée sur YouTube mettra finalement un coup de projecteur sur le mouvement. Dans la série, Neal capture la scène avec son téléphone avant d’être interpellé.

Le présentateur de la chaîne fictive ACN Will McAvoy évoque alors le mouvement Occupy Wall Street à l’antenne. Il reçoit même une manifestante en direct (épisode 4). Mais il l’a pousse dans ses retranchements et finit par la ridiculiser devant plus d’un million de téléspectateurs. Dans ce mouvement, il n’y a pas de leader, «chacun a la parole», affirme-t-elle tout sourire. «Traduction: c’est la cacophonie», répond Will McAvoy. Elle sort furieuse du studio. Will finira par s’excuser et admettre avoir été arrogant. Il faut dire que, dans la réalité, le mouvement s’étendra dans près de 1 500 villes de 82 pays…

Manifestations en direct

Méfiants vis-à-vis des médias traditionnels, de véritables participants d’Occupy Wall Street ont retransmis en direct les manifestations. Une idée qui nous ramène en 2016, place de la République à Paris. Le mouvement français Nuit Debout est également diffusé en direct mais cette fois sur l’application Periscope. Une radio et une télévision ont même vu le jour. Le défi médiatique est complexe: faire exister un mouvement aux revendications multiples mais sans véritables propositions.

Une équation que n’avait pas réussi à résoudre le mouvement Occupy Wall Street qui a toujours refusé d’élire des porte-parole pour se faire entendre. «La tempête médiatique qui s’était engouffrée dans les tentes de Zuccotti Park est repartie souffler ailleurs», souligne Thomas Frank, journaliste à Harper’s Magazine. En lisant cette phrase, Will McAvoy s’esclafferait avant d’allumer une cigarette. La vedette de «The Newsroom» serait sans doute tout aussi amusée par le direct Periscope de la Nuit Debout. Pauvre Neal…

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