Il y a un mois, on fermait Bot Burger. Retour d’expérience.

Anissia Tcherniaeff
Mar 1, 2018 · 8 min read

Il y a quelques jours encore, on vendait 250 burgers par week-end, on dénotait une croissance de 5% par semaine et on pouvait se targuer de faire les meilleurs burgers by night. On était heureux, tout allait bien dans le meilleur des mondes des startups, après 4 mois d’existence.

Mais que s’est-il passé ?


L’idée de départ part de 3 convictions

Janvier 2016 — Il est 02h27. Raphaël et moi-même “affonnons” nos dernières pintes au Café Belga à Bruxelles. Jusque là, rien d’exceptionnel. Raphaël et moi, on se connait grâce à Djump, qui opérait comme Heetch sur le marché de la mobilité à Paris, avant de fermer en 2015 pour des raisons légales. On se prend ensuite d’une grosse dalle de fin de soirée. Tout aussi normal.

Fast Forward juin 2016, je suis alors à Paris et l’expérience nous trotte en tête. Il y a quelque chose à faire pour ces dalles de nuit. On imagine alors Bot Burger en partant des 3 constats suivants :

  1. Il manque une offre de restauration nocturne de qualité pour les parisiens
  2. Trop de choix tue la décision #Deliveroo #Takeeateasy #OnFinitAvecLeKebabDuCoin
  3. Les foodtechs n’ont pas encore pris la mesure de la puissance des chatbots comme outil de prise de commande

Un GO de notre startup studio

Les startups en stand-alone, c’est sooooo 2010. Et puis on ne nous la fait plus. On les connait les réflexions d’entrepreneurs — “En fait, ça va rien nous coûter”, “On va dev ça en 2/2”, “On fera ça à côté du taff”. En vrai, un business, c’est une passion. Une passion, c’est du temps. Du temps, c’est de l’argent. Et l’argent, il nous sert à manger.

Je travaille alors au French Bureau, un bureau d’innovation à destination des grands groupes comme Danone, Air France, Saint-Gobain et bien d’autres. Le concept ? Après avoir imaginé et prototypé des produits et services qui répondent aux enjeux business des entreprises, on les lance nous-mêmes directement dans le startup studio.

Chez French Bureau, quand on a une idée, on ne laisse pas filer des semaines de tergiversations, on la teste. Même si Bot Burger n’émane pas directement d’un challenge auprès d’un grand groupe, French Bureau est prêt à tester l’idée de Bot Burger au sein du startup studio et à financer son amorçage. Tout va alors très vite : on part sur un budget de 5000€ pour le launch & le mois de kick-off. Dans la foulée, on recrute Mahdi comme CEO pour mener à bien le projet. Mazeltov !


Un MVP créé en quelques heures

“Et voilà, on a créé une foodtech”

me dit Raphaël après avoir passé quelques heures à faire du “plug & play” entre Chatfuel, Facebook, Zapier, Stripe et Forest Admin. On avait bel et bien un chatbot Messenger qui permettait de commander un burger entre 21h00 et 05h00 du matin, de dispatcher les courses à nos livreurs et de générer nos KPIs dans un admin.

Aucun de nous 2 n’était dev, et pourtant on a pu shipper rapidement un MVP grâce à tous les outils existants. La roue existe, on ne la réinventera pas.


Un départ en fanfare et une croissance soutenue

On était tout feu tout flamme. On n’avait même pas encore crash-testé notre service que Konbini nous appelait pour faire un article sur Bot Burger.

Article Konbini publié le 20 septembre 2017

De mes expériences passées, je savais que le groupe Facebook était l’outil de hack parfait pour créer et agrandir une communauté : il peut grossir très vite avec un peu d’huile de coude, il notifie tous ses membres au moindre post, il crée un effet FOMO quand on s’aperçoit qu’on est le seul de la bande à ne pas y être membre.

On met ensuite au point les aspects opérationnels :

  • On loue des créneaux horaires à Volumes, une cuisine partagée/foodlab dans le 19ème ; la recherche d’une cuisine à louer à Paris étant encore plus complexe que celle d’un appart de 40m2 pour un jeune couple CSP+
  • Pour les livreurs, on bossera avec des auto-entrepreneurs en scooter (cuisine décentralisée → besoin de rapidité) recommandés via des amis dans la foodtech
  • Le chef se relayera avec des commis de cuisine, tous auto-entrepreneurs
  • Un burger unique par week-end avec recette tournante toutes les semaines

Le 8 septembre : Soirée pilote chez notre chef

Le 22 septembre : Lancement officiel

Soirée pilote le 8 septembre 2017 chez Hervé

On est parti pour veiller toutes les nuits de week-end… et voir nos chiffres grimper au fil du temps.

Croissance du Chiffre d’Affaires depuis le lancement (en €)

Le chatbot : ses + et ses -

Le choix du chatbot comme MVP était à nos yeux évident. En plus d’être une solution relativement accessible d’un point de vue technique, il n’est pas cher (gratuit à la création et comptez 200€/mois pour le maintenir et le faire évoluer pour un volume de 10.000 bot users) et il permet un développement rapide. En effet, l’interface de conversation est très simplifiée et des outils comme Chatfuel existent et facilitent la création d’UX, ce qui évite de créer un bot-in-house.

Notre expérience de quelques mois nous a déjà permis de lister une série d’avantages à l’utilisation d’un chatbot en e-commerce, mais aussi quelques inconvénients.

Avantages et Inconvénients du chatbot dans l’e-commerce

Ce que nous retiendrons :

  • L’hyper-agilité du bot grâce aux solutions “Plug & Play”. Chez Bot Burger, il “suffisait de demander” pour tester une nouvelle fonctionnalité. En quelques minutes, ça pouvait être déployé. Attention aux “Nice to Have” abusifs toutefois !
  • L’option “Message vers la fanpage” rajoutée aux campagnes d’Ads en 2017 par Facebook diminue la friction de l’ad au bot et convertit plus facilement et à moindre coût un prospect en bot user (une personne ayant interagi avec le bot). A titre d’exemple, l’acquisition d’un bot user coûtait en moyenne 0,9€ chez Bot Burger alors qu’un téléchargement d’app revient en moyenne entre 1€ et 4€ en France.
  • La possibilité de créer des UX totalement personnalisées par bot user. Exemple : Si Nicolas commande systématiquement 2 burgers toutes les 2 semaines à la même adresse, le bot pourra l’inviter toutes les 2 semaines à commander ses 2 burgers et prédira directement la bonne adresse de livraison. Ceci est complètement impossible avec une application !

Un modèle économique difficile à craquer

Malgré un “market-fit” pourtant surprenant, nous ne sommes pas parvenus à craquer l’équation d’un modèle économique viable (duuuh) : une situation somme toute assez fréquente au sein de la scène foodtech…

Les contraintes liées au métier de la restauration (un burger doit être mangé dans les 30 minutes) et le niveau de volume requis pour entamer une optimisation au niveau des livraisons nous empêchaient de trouver la piste saine vers un business model pertinent.

En réalité, 2400, c’est le nombre de burgers par week-end qu’il aurait fallu vendre pour arriver au break-even, avec un prix de vente de 12,5€/burger. Si l’objectif était accessible, nous y étions encore loin, et il a fallu alors débuter une réflexion sur ce que nous voulions faire avec Bot Burger.

Une fin accélérée grâce au startup studio

On a alors imaginé pivoter :

  • Pourquoi ne pas co-brander nos burgers avec des marques et lancer le burger Criteo ou le burger La Garçonnière ? Il y avait un fort intérêt au vu de nos premiers contacts.
  • Ou bien créer le SaaS de la foodtech en permettant à chacun de lancer sa foodtech en 1 jour grâce à notre chatbot de prise de commande et de dispatch — encore faut-il que ce soit intéressant de lancer une foodtech. Hum.

Après de nombreuses discussions sur l’expérience, un bilan des derniers mois, des tentatives de pivot et une réflexion sur le réel potentiel du service, nous avons décidé d’arrêter l’aventure Bot Burger.

Une fin peu habituelle pour une startup, puisqu’on a tendance à les connaître différentes : nez dans le guidon, à cramer tout le cash qui reste, bridger encore et toujours, se fritter un peu avec ses associés, se dé-solidariser avec la mission principale de la boite, etc.

On avait eu une idée, on l’a testée. Ce 1er projet interne nous a permis d’explorer le secteur de la foodtech de l’intérieur, concrètement, et à titre individuel a permis aux Frenchies de mettre les mains dans le cambouis du lancement opérationnel d’une startup. On a beaucoup appris, et puis on s’est dit que continuer n’avait pas autant de sens que ce que l’on pensait. C’est l’avantage d’un startup studio de pouvoir arrêter un projet lorsqu’on sent qu’il est arrivé à son terme.

Et c’est sur cet avantage qu’on souhaite s’appuyer pour pouvoir se lancer rapidement dans une nouvelle aventure et sur d’autres secteurs :)

Game Over pour Bot Burger le 29 janvier 2018.
C’est le jeu, ma pauvre Lucette.

Merci coeur

❤ Merci Raphaël pour ton grain d’entrepreneur, ta complicité et ton efficacité

❤ Merci Nicolas pour ton énergie, ta créativité de chef, ta rigueur et tenacité

❤ Merci Thomas pour ta confiance, tes encouragements et ta reconnaissance

❤ Merci Mahdi d’avoir porté le projet sous ton aile et d’y avoir cru jusqu’au bout

❤ Merci à toute l’équipe de French Bureau pour votre soutien et particulièrement à Paola, Clémentine, Grégoire et Ming pour leur investissement et les nuits entières passées en cuisine à dispatcher les commandes

❤ Merci à tous ceux qui ont bravé la pluie all-night-long pour notre 1ère soirée pilote (Faten, Clément, Brian, Jérôme)

❤ Merci à nos ambassadeurs d’école

❤ Merci à nos plus grands Bot Lovers

❤ Merci enfin à toute la communauté d’aficionados de burgers nocturnes. Nous avons été très heureux de faire du bien à vos estomacs affamés :)


We build start-ups. From ideas to launch. French Bureau

Possible Future — French Bureau

Sustainable innovation. From ideas to launch

Thanks to Grégoire Naudin, Faten Saleh, Brian O'Hagan, and Paola Craveiro

Anissia Tcherniaeff

Written by

Possible Future — French Bureau

Sustainable innovation. From ideas to launch

Welcome to a place where words matter. On Medium, smart voices and original ideas take center stage - with no ads in sight. Watch
Follow all the topics you care about, and we’ll deliver the best stories for you to your homepage and inbox. Explore
Get unlimited access to the best stories on Medium — and support writers while you’re at it. Just $5/month. Upgrade