Donner vie à un projet innovant autour de la santé féminine en 2020

Début février 2020, j’ai lancé un projet appelé FXMMES avec Paul Morin, co-fondateur du projet et designer chez Possible Future. L’idée ? Parler du sexisme dans le milieu médical et permettre aux femmes — et personnes assignées femmes à la naissance — de reprendre la main sur leur parcours de santé. 8 mois plus tard, le projet a changé de nom — MedFem Collective — et il se développe au gré des partenariats et des rencontres. Retour sur un parcours 2020, entre engagement féministe, passion FemTech et entrepreneuriat.

Paola Craveiro
Oct 19 · 9 min read
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Comment tout a commencé…

Je me considère comme féministe depuis l’âge de 15 ans. Je n’avais pourtant jamais réussi à véritablement concilier cet engagement personnel à mon parcours professionnel… jusqu’à ce que je me plonge dans le milieu de l’innovation — il y a 4 ans — et, dans le même temps, dans celui des FemTech. Là, j’ai compris qu’il était possible d’être féministe, de le revendiquer et de créer des produits, des services, des initiatives intrinsèquement destinées à changer la vie d’une moitié de la population, pour le meilleur ! C’est absurde que ça m’ait pris tant de temps, mais c’est la vie :p

J’ai commencé à regarder le secteur des FemTech avec mon oeil de planneuse stratégique : entre analyse, décryptage et prédiction de tendances. Puis, regarder est devenu trop peu : il fallait que je passe à l’action ! La première étape a été simple : j’ai appliqué un bout de mes compétences pros à un sujet qui m’intéressait. J’ai lancé, début 2019, une étude qualitative et quantitative sur le sujet de la contraception, de la maternité et de la fertilité. J’ai mené une quinzaine d’interviews et réuni presque 500 réponses sur un questionnaire en ligne, qui avait vocation à comprendre si et comment le désir d’être mère se manifestait chez les femmes et les liens d’influence dans notre contexte social. Au-delà du bilan de l’étude en tant que telle (, un fait présent dans presque tous les témoignages m’a choqué. Quasiment toutes les personnes répondantes avaient vécu une(des) mésaventure(s), plus ou moins grave(s), avec le corps médical — qui, bien souvent, minimisait leurs expériences. Si j’avais déjà conscience du sujet des violences obstétricales, et des retards de diagnostic pouvant exister pour l’endométriose par exemple, je n’avais pas conscience de tous les sujets de santé sur lesquels les femmes se voient quasi-systématiquement nier leurs ressentis. Et là, j’ai ouvert la boite de Pandore…

Les femmes sont sous-représentées dans toutes les formes d’études cliniques sur les maladies et les médicaments¹. Les femmes sont traitées moins rapidement que les hommes lorsqu’elles parlent de douleur². Les femmes sont surreprésentées parmi les patients de maladies auto-immunes³, qui se détectent et se soignent encore très mal. Les femmes sont plus souvent interrompues lors de rendez-vous médicaux. Les femmes vivent avec des pathologies non reconnues (). Les femmes sont plus souvent exposées à des réponses du type “c’est normal” ou “c’est dans votre tête”. Les femmes sont plus souvent mises en situation d’errance médicale. Les femmes prennent soin de leur famille mais personne ne prend soin d’elles.

Pour toutes ces raisons, j’ai créé MedFem Collective !

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MedFem Collective, que faisons-nous ?

Au départ, l’idée était de créer une plateforme digitale qui mette tout cela en lumière et qui accompagne les femmes dans leur parcours de santé en :

  • les dirigeant vers des praticien·ne·s bienveillant·e·s > création d’un annuaire ;
  • les informant sur leur(s) pathologie(s) > création de contenus à visée informative, gratuits et payants ;
  • leur permettant de faire de la télé-consultation avec des praticien·ne·s bienveillant·e·s ;
  • accompagnant les praticien·ne·s de santé vers plus de bienveillance et d’écoute > des ateliers & des formations de transmission patientes-médecins.

L’idée, dans un premier temps, c’était de tester l’attractivité de nos différentes propositions pour les personnes qu’on ciblait. Notre approche multidisciplinaire — avec le planning stratégique chez moi, et design de services et de produits chez Paul — nous a permis de rendre tangible très rapidement notre proposition de valeur. On s’adressait à des personnes parfois isolées, préoccupées par des sujets difficiles et souvent tabous. On les a réellement considérées en tant qu’utilisatrices, en tant que personnes à qui il fallait rendre service. On a donc utilisé nos capacités à comprendre les besoins et à les traduire en proposition de services. Et ça nous a permis d’aller à l’encontre d’une vision froide et impersonnelle des sujets de santé.

Deux semaines après le lancement, on avait 150 inscrit·e·s à notre newsletter — et un peu plus de 1000€ sur une cagnotte qu’on avait ouverte pour financer la création des premiers contenus de notre plateforme . Des premiers signaux assez encourageants !

Ensuite, on s’est lancé dans la création de contenus : ouverture de la page Instagram et partage de posts d’information , rédaction d’articles et interviews. On a commencé notre annuaire — qui aujourd’hui atteint presque les 1000 praticien·ne·s recommandé·e·s, sur tout type de spécialités. On a aussi mis en ligne notre premier “”, un outil destiné à aiguiller les personnes qui soupçonnent vivre avec une pathologie dans leur parcours, en faisant le point sur leurs symptômes et en les orientant vers les bon·ne·s praticien·ne·s pour un diagnostic.

La surprise, ça a été de voir le nombre de personnes qui nous écrivaient en privé pour nous raconter leurs expériences et nous demander des conseils : quel type de praticien·ne puis-je aller consulter pour telle pathologie, comment pourrais-je faire comprendre telle chose à mon médecin, quelle approche alternative pour gérer tel sujet. On ne donne pas de conseil médical évidemment, mais on s’est rendu compte que, souvent, juste soutenir dans sa recherche de diagnostic une personne, l’écouter, et essayer de trouver une solution avec elle, c’est important… Car le soutien vient rarement du corps médical !

On s’est aussi rendu compte que certaines choses ne seraient pas faisables avec nos petits moyens (). La télé-consultation, par exemple, nécessitait un gros développement technique et commercial — et il y a déjà de très gros acteurs bien en place sur le marché. On a préféré le mettre de côté. De même, les formations patient·e·s-praticien·ne·s demandent énormément de temps de développement et un peu d’investissement pour être réellement lancées. Elles sont encore en projet, mais viendront probablement dans un second temps.

Les 2 premiers objectifs de départ sont finalement toujours au coeur de ce que fait MedFem Collective. Informer, orienter, accompagner, réconforter — et donner la force à toutes les femmes qui en ont besoin de lutter pour obtenir les solutions efficaces auxquelles elles ont droit !

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notre instagram : @medfem.collective

Retour d’expérience, après 8 mois

Le gros #FAIL :

Dans toutes les aventures comme celle-là, il y a des échecs. Pour nous, ça a été la mise en place des premiers contenus vidéo payants. Nous avons produit un mini-série informative d’une heure, pour apprendre les bases de la symptothermie (). Malheureusement, avec seulement 3 achats, on ne peut pas dire que cela fut couronné de succès ! Après discussion avec des personnes qui déploient ce genre de contenus, nous savons désormais que, sans force de frappe de communication, sans communauté déjà très large et très engagée, mais aussi sans pure validation médicale, il est compliqué de faire payer un produit de santé à des patient·e·s.

Le gros #KIFF :

Au fur et à mesure des mois qui passent, entre les choses qui fonctionnent et celles qui fonctionnent moins bien, il y a les gens. Les praticien·ne·s que j’ai rencontré et qui croient à fond dans la mission. Les patientes qui te disent merci après une reco de médecin bienveillant·e ou après avoir lu un des interviews dans lequel elles se reconnaissent. Les entrepreuneures FemTech avec qui j’ai échangé et qui me comprennent mieux que n’importe qui. Les personnes qui postulent chez MedFem, alors que je n’ai même pas l’impression de vraiment exister et de me faire entendre. C’est un projet profondément humain et c’est l’échange, les encouragements — et ces quelques personnes qui te disent que tu as changé leur vie — , qui font que j’ai envie de continuer même quand ça devient un peu plus dur.

Le gros #OBSTACLE :

Il y en a 2. D’abord, le contexte du secteur médical en France est très particulier : avec la sécurité sociale, et le fait que les personnes ne soient pas habituées à financer eux-mêmes des produits et services liés à la santé, le sujet du business model des différents produits qu’on a envisagé est complexe. C’est quelque chose que j’ai d’ailleurs déjà pu observer au cours de projets santé chez Possible Future ! A cela s’ajoute une question que je me pose beaucoup : comment créer un modèle qui pourra permettre à n’importe qui d’accéder au produit, sans condition de revenus ? Parce que même 5€, pour certaines personnes, c’est déjà trop ! Pour l’instant, on a donc décidé d’écarter un peu le sujet, pour se concentrer sur l’accumulation d’informations et de connaissances sur les comportements et les besoins des utilisateurices.

Ensuite, il y a un sujet sur le temps disponible à allouer au projet. On a plein d’idées, mais il faut les prendre une à la fois, petit à petit, et pouvoir prioriser à l’extrême. Je n’avais jamais imaginé le temps que ça prendrait de gérer une page Instagram par exemple ! Après, il faut caser des rendez-vous, s’occuper de la production des contenus , des interviews, faire les recherches d’études et d’infos à partager, mais aussi élaborer les “” sur lesquels on bosse. , ça remplit très vite les week-ends !

La grosse #PEUR

Le pire, dans le milieu médical en France, c’est sa rigidité et son attachement au statut. Il y a les médecins et il y a les autres. Bien sûr, tou·te·s les professionnel·le·s de santé ne pensent pas comme ça — et heureusement, sinon on n’aurait pas de partenaire ! Mais, quand même, c’est fréquent. En fait, le postulat qui m’a poussé à créer MedFem est aussi ma plus grosse peur : me heurter au statut quo, au “c’est normal que ça fonctionne comme ça !” et au constat que les médecins ne veulent pas transférer une part du pouvoir à leurs patients. Ce secteur, comme tous les autres, est imprégné de sexisme, de classisme, de racisme, etc — et quand on commence à le pointer du doigt, on se fait un peu chahuter. Ce n’est pas toujours évident à gérer.

Maintenant, on va où avec tout ça ?

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En créant des contenus, en parlant à des femmes et en lançant différentes initiatives, on a identifié une opportunité clé, qui nous anime beaucoup : l’accompagnement des personnes qui vivent avec des douleurs vulvaires et sexuelles. C’est un sujet sur lequel on a commencé à travailler en juin à 3, Paul, moi et une autre designeure, Fanny Maurel. On a lancé une étude en ligne, en partenariat avec Baûbo (), pour en savoir plus sur tous ces phénomènes. On vient également de lancer notre première version de produit : un carnet de suivi de douleurs vulvaires. On a déjà 10 testeuses, qui devraient l’utiliser sur plusieurs mois et nous faire des retours, 2 médecins spécialisées qui nous accompagnent dans le lancement — et on a tout juste ouvert les commandes sur notre site ! S’ils se vendent bien, on aura valider l’usage et la proposition de valeur et on pourra enclencher la prochaine étape… Stay tuned ! 💚

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