Upcycling is the new black !

Chez Possible Future, nous pensons que la réutilisation est un véritable terrain de jeu à fort potentiel économique. Et même un concept qui peut révolutionner l’industrie.

Musée d’histoire de Ningbo, Chine - Réutilisation des tuiles des habitats voisins en ruine

On a tous en tête l’exemple d’un canapé inconfortable fait de palettes de bois, ou celui d’une lampe bancale fabriquée à partir d’une vieille conserve de petit-pois.

Voilà l’image de l’upcycling : des objets de « recup’ » anecdotiques loin d’être désirables… et très loin d’être commercialisables et rentables. Pourtant, dans un monde où les ressources se font de plus en plus rares, et les déchets de plus en plus abondants, ce concept de réutilisation de déchets (à ne pas confondre avec le recyclage) est une réponse pertinente face à ces problématiques— à condition qu’il soit intégré dans l’industrie.


Eco-concevoir ou concevoir à partir d’un déchet : de quoi parle-t-on ?

Il y a deux façons (distinctes, mais compatibles) d’aborder le sujet des déchets.

Premier cas de figure : on prend le problème en amont, dès la conception de l’objet, pour qu’il soit durable dans le temps. On anticipe sa fin de vie, on le rend facilement réparable, recyclable et réutilisable. On utilise des matières premières (en bonus, éthiquement sourcées). C’est le cas du fairphone. On appelle ça l’écoconception.

Exemple d’écoconception : le Fairphone

Deuxième cas de figure: on prend le problème en aval, en épongeant un gisement de déchets existant pour le transformer en un nouveau produit. Trois options se présentent alors : Recycler, Downcycler, ou Upcycler, à chaque fois à partir d’un déchet.

  • Recycler : le recyclage donne un nouveau cycle à un matériau, c’est le cas par exemple du verre et du métal qui sont (en théorie) recyclables à l’infini, sous réserve d’un tri hautement sélectif en amont. Cette méthode de valorisation s’applique surtout à des matériaux qui sont recyclables à 100% et dont les filières de collecte, de tri et de recyclage sont très performantes.
  • Downcycler : en pratique et dans la majeure partie des cas, le recyclage nécessite l’ajout d’un liant souvent polluant, ou bien un pourcentage de matière neuve. Si le downcycling est toujours préférable à l’inaction, il déprécie souvent la matière : il “sous-cycle”, c’est-à-dire que la matière recyclée n’est plus elle-même recyclable. Le recyclage et le downcycling consomment beaucoup d’énergie et d’eau, mais toujours beaucoup moins que pour extraire de la matière neuve.
Smile Plastic, plastique recyclé
  • Upcycler : contrairement au downcycling et au recylage, la réutilisation n’a pas besoin d’extraire de nouvelles matières. L’upcycling (le “surcyclage”), présente un meilleur résultat environnemental que le recyclage car il nécessite très peu de transformation de la matière. C’est le cas ici des sacs Freitag en bâche de camion.
Exemple d’upcyling : les sacs Freitag
La réutilisation va plus loin que le recyclage : elle permet de valoriser une matière sans la déprécier.

Contrairement à une conception linéaire qui extrait, fabrique, utilise et jette, l’upcycling peut s’inscrire dans une conception circulaire: on fabrique un objet à partir d’une matière déjà existante, on utilise cet objet, puis on le revalorise… et ainsi de suite. On pense à l’entreprise Le Relais qui collecte, tri et revalorise les vêtements donnés. Un jean donné sera donc revalorisé sur le marché de seconde main, puis finira en fin de vie en isolant acoustique.

La réutilisation peut (et doit) aussi s’inscrire dans l’écoconception que l’on peut définir comme une façon de répondre à un besoin, en diminuant l’impact environnemental dès la fabrication d’un objet, pendant son transport, son utilisation, en incitant sa réutilisation et son recyclage, en prolongeant sa durée de vie, voire en évitant sa production grâce à de nouveaux services.

“Upcycler” ou concevoir un nouveau produit à partir de matériaux usagés présente deux avantages : de la matière considérablement moins chère et un impact environnemental moindre.

Sur le papier, l’upcycling c’est donc la solution miracle. Pourtant, il embarque avec lui son lot de contraintes, notamment logistiques, esthétiques et fonctionnelles.

D’une nécessité économique à un impératif écologique

De fait, la réutilisation a toujours été associée aux pratiques des populations les plus démunies, notamment dans les pays émergents qui manient le mieux l’art de la récupération. Cela a participé à son impopularité dans les couches sociales les plus aisées, ainsi qu’au désintérêt des industriels qui n’y voyaient aucune valeur ni aucun profit économique. Et si on regarde la définition de l’upcycling — le fait de créer un objet à partir d’un déchet— il y a bien ce mot qui fait sourciller: déchet.

Il y a une tension claire entre la perception intrinsèquement négative du déchet et l’enjeu de la valorisation de ces mêmes déchets : il faut réussir à les rendre désirables et fonctionnels.

Une crèche à TAKOUJHT (Maroc) fabriquée avec des bouteilles en plastique usagées
A l’ère de l’épuisement des ressources et de l’abondance des déchets industriels, le challenge est d’enlever les stigmates de l’upcycling et de lui trouver un nouvel écosystème viable.

Chez Possible Future, nous sommes convaincus que écologique ne doit pas rimer avec déplaisant, et que nous pouvons redonner l’envie et les moyens aux utilisateurs de faire des achats responsables.


Le designer a un vrai rôle à jouer dans l’upcycling

Déchet déchu doit retrouver ses lettres de noblesses

On nomme déchets industriels les chutes, les pré-séries, les ratés, les pièces de calibrage, les purges, les déclassés, les excédents…tout ce dont les activités produisent quotidiennement, en grosse quantité et qui n’ont pas de filières de revalorisation autre que l’enfouissement ou l’incinération.

Rebus inhérent au processus de découpe à l’emporte-pièce

On pense par exemple aux chutes de textiles, aux mousses expansées de matelas, aux coquilles d’œufs, à la poussière de cuir, aux pigments de peintures, aux morceaux de verre, de métal etc. S’il convient d’éliminer certains déchets non éligibles en raison de leur nocivité ou de leur toxicité, il y a néanmoins une abondance de matières inexploitées et vouées à la destruction parce qu’elles ne sont pas (encore) rentables.

Le designer ou le magicien de la forme

Pour passer du déchet à l’objet, le challenge est donc d’identifier un lot de déchets inéluctables d’une industries. Les meilleurs candidats à l’upcycling sont des déchets industriels propres et non souillés, sériels et normalisés, c’est-à-dire qui se ressemblent et qui peuvent être réutilisés de manière systémique. Pour passer à une échelle industrielle, il faut du standard, des gisements de déchets utilisables comme matières premières. Il faut donc que les déchets soient générés en quantité suffisante pour alimenter une nouvelle production.

Adidas X Parley, filets de pêche réutilisés

Réutiliser des déchets c’est aussi passer d’une matière indifférenciée, considérée culturellement comme un rebus, à un objet identifiable, utile et désirable. Cela implique donc de les réenchanter. Le designer est le magicien de la forme, il donne corps à la matière et peut transformer une imperfection en une qualité, dessiner sous la contrainte d’un matériau, composer avec un procédé industriel, créer de nouveaux systèmes…

L’exemple du Néoprène 🏄

C’est ce que j’ai essayé de faire lors de ma dernière année à l’ENSCI-Les Ateliers, pendant mon diplôme. Après la rédaction de mon mémoire sur Les Esthétiques du durable, j’ai travaillé sur un projet d’upcycling : comment réutiliser les combinaisons aquatiques usagées en Néoprène, qui ont une durée de vie très faible et un impact environnemental très élevé (extrêmement polluantes dans leur conception) ?

Gisement de déchets, combinaisons en néoprène

Le premier enjeux a été d’imaginer le système de collecte des combinaisons. A suivi la détermination du juste usage et du bon contexte d’utilisation au regard des propriétés du matériau, puis le dessin des objets pour optimiser la matière (un sac, un tapis et du mobilier de plage), et enfin, l’industrialisation et la commercialisation de tels objets. Les objets, une fois en fin de (seconde) vie, ont été conçus pour être retransformés en rembourrage.

Une des voies de valorisation imaginées, tapis d’extérieur — Crédits Pauline Clocher

Avec maintenant un an de recul, un des freins à l’industrialisation de ce projet de fin d’études était sa scalabilité : comment passer d’une échelle quasi artisanale à une échelle industrielle quand le gisement de déchets est réparti chez les particuliers, diffus dans plusieurs endroits géographiques et qu’aucune loi n’impose des points de collectes spécifiques ?

Le designer a certes la capacité de faire sortir les déchets de cette esthétique du “recyclé”… mais pour que ces nouveaux objets voient le jour, il faut réussir à leur trouver un nouvel écosystème, inventer de nouveaux modèles d’affaires, créer une nouvelle logistique, de nouvelles chaînes de productions. Pour ça, il faut une approche pluridisciplinaire : chez Possible Future, les designers, business et ingénieurs travaillent en étroite collaboration pour y arriver.


Innover et inventer de nouveaux business pour révolutionner l’upcycling

Nous ne sommes plus au stade de l’atelier de recup’ de canettes de coca. L’enjeu est de taille : la production de déchets en France représente 345 millions de tonnes, dont 315 millions de tonnes de déchets produites inévitablement par les activités économiques telles que l’industrie, le secteur manufacturier, le BTP (bâtiment et travaux publics), le secteur tertiaire, l’agriculture etc.

Nous sommes à l’âge d’or du déchet. La bonne nouvelle c’est que les industriels peuvent maintenant se saisir de cette opportunité pour réduire la quantité de déchets produits et créer de la valeur à leurs (nouveaux) business.

De plus en plus d’acteurs commencent à innover en la matière. Le studio Maximum travaille en étroite collaboration avec de grandes industries comme A. Schulman (entreprise de plasturgie) pour valoriser leur déchets en les transformant en mobiliers événementiels et d’intérieur.

Mobiliers conçus et fabriqués à partir de déchets industriels, par Maximum

Le dernier né de la maison Hermès, Petit h, en est un bon exemple. Ce lieu dédié à la (re)création d’objets à partir de rebuts et chutes de la maison mère demande d’innover sous la contrainte d’un déchet et non plus à partir d’une feuille vierge.


Le modèle de l’upcycling repose sur la production de déchets collatéraux à une production industrielle. S’il est évidemment indispensable d’optimiser les process industriels pour réduire la quantité de déchets générés et d’éco-concevoir les produits, en attendant, pour amoindrir la quantité gargantuesque de déchets produits chaque jour et dont on ne sait que faire, l’upcycling semble être une solution louable (et déjà un grand pari) pour palier ce problème.

Intégrer des designers dans la réflexion peut permettre de rendre l’économie circulaire désirable ; des profils business, de la rendre viable et des ingénieurs, faisable. Au lieu de voir les déchets, au mieux comme une nuisance, au pire comme un centre de coût, chez Possible Future nous les voyons comme une opportunité vertueuse… et désirable !