LES PLATEFORMES: AMIES OU ENNEMIES DU FREELANCE?

février 14, 2019

Les plateformes de mise en relation Freelance-Entreprise poussent comme des champignons depuis quelques années. Généralistes ou plus spécialisées, on en compte des dizaines, concentrées pour la majorité à Paris. Sont-elles réellement intéressantes pour les Freelances; constituent-elles un bon apporteur d’affaires ou un intermédiaire superflu?

Dans cet article, je vais tenter de répondre à ces questions en prenant en compte uniquement les plateformes photographiques.

En effet, pendant près d’un an, j’ai volontairement travailler en étroite collaboration avec certaines d’entres elles afin de me faire mon idée sur la question et savoir ainsi si cette “Ubérisation” de notre métier était profitable à tout le monde, rentable, viable sur le moyen terme et surtout à quelles conditions…

Pour m’aider et pour y voir clair, je listerai, en les développant, les points positifs et négatifs afin d’en tirer une conclusion réaliste et honnête.

LES POURS.

  • Pour prendre confiance lorsqu’on se lance:

Se lancer en tant que freelance peut faire peur. On a l’impression (et ce n’est pas qu’une impression…) que l’on a des milliers de choses à gérer en même temps afin d’insuffler à notre toute nouvelle “entreprise” suffisamment d’énergie pour avancer sur la bonne voie.

Or, une des difficultés majeure durant toute notre vie de freelance (au début, au milieu et à la fin), c’est de trouver-fidéliser les clients. C’est très chronophage, et comme il existe plusieurs manières de le faire (marketing; rdv; publicité etc…), cela prends du temps avant d’avoir son premier client.

Les plateformes règlent ce délicat problème de prospection et de réseau. C’est d’ailleurs un de leur plus gros atout: un réseau solide de prospects au niveau national mais aussi international. Elles s’occupent de la prospection et vous n’avez plus qu’à accepter la mission ou pas lorsqu’elle vous est proposée… Et cela va vous permettre de travailler votre confiance et votre discours vis-à-vis du client; de peaufiner votre travail et d’augmenter votre expérience et donc votre crédibilité.

  • Permet de se faire la main:

Et ce n’est pas rien car lorsqu’on débute, comment paraître crédible auprès de prospects lorsque nous avons peu ou pas de photos à montrer? Il faut bien commencer un jour et tous les photographes connaissent ce début de carrière délicat.

On le règle en général en prenant son mal en patience et en proposant nos services de “débutant” gratuitement ou très peu payé afin d’avoir de la matière à travailler et à montrer à nos prospects. Que ce soit en mariage, en corporate, en portrait, c’est dans la grosse majorité des cas ainsi que ça se passe.

Or, les plateformes sont un formidable tremplin pour les photographes débutants, professionnels comme amateur (car oui les plateformes peuvent aussi faire travailler les amateurs avertis). Il suffit de suivre le cahier des charges, très accessible puisque tout est indiqué (des paramètres de l’appareil à la technique de prise de vue demandée) et de shooter. Comme presque toutes ne demandent pas de post-production (ce sont elles qui gèrent cette partie), cela est un bon moyen de commencer et ainsi de se perfectionner.

  • Fini la galère des impayés:

En effet, chaque freelance s’est frotté de près comme de loin, occasionnellement ou régulièrement au souci des factures impayées, ou du moins payées très en retard…C’est aussi une situation que je connais, peu heureusement, mais j’ai tout de même dû mettre en place un système de paiement avant l’envoi du travail finalisé pour me prémunir de cela.

En tant que freelance, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de se constituer une épargne suffisante pour parer à toutes les situations désagréables qui pourraient arriver tous les mois de l’année.C’est donc un gros avantage des plateformes. Vous êtes assuré d’être payé en temps et en heure une fois le travail envoyé si vous avez respecté la charte photographique.

Certaines vous rémunèrent tous les quinze jours, d’autres à la fin du mois. Sauf une plateforme photographique que j’ai testé payait relativement tard, soit un mois et demi après travail rendu.

  • Permet d’avoir de “vrais” échanges:

Même si la plateforme vous “mâche” le travail de prospection et de rendez-vous, vous devez néanmoins travailler et soigner votre présentation.

Gardez à l’esprit que votre image de marque pour être reconnu en tant que véritable professionnel et non pas seulement en tant que prestataire photographe de telle ou telle plateforme est en jeu et se doit d’être impeccable à chaque intervention.

Croyez-moi, cela ne pourra qu’être bénéfique de faire attention à votre prestation de service et de vous y entraîner pour le jour ou vous évoluerez en solo, sans “filet de sécurité” et donc sans plateformes.

  • Permet d’obtenir des recommandations:

Et vous savez combien un bon avis , une bonne recommandation peut être un levier incroyablement fort. La majorité des internautes se fie et fait confiance aux avis, bons ou mauvais ! De nos jours sur la toile, c’est devenu pratiquement parole d’évangile !

Lorsque vous arrivez sur un shooting en étant le prestataire et le représentant de la plateforme qui vous mandate, le client se souviendra surtout de vous, de votre travail; de votre savoir-faire, et non pas de la plateforme photo, car il y aura eu échange; rencontre.

Aussi, efforcez-vous de délivrer du travail impeccable car votre réputation se construit dès le début, même avec des travaux qui pourraient vous sembler insignifiants et peu importants !

Bien sûr, comme toujours, il s’agit d’opérer avec délicatesse et tact, mais sans se mettre à genoux pour accéder à toutes les demandes de votre client ! Etre professionnel jusqu’au bout des ongles ne veut pas dire tout accepter, bien au contraire !

LES CONTRES.

  • Obligations légales du contrat tendancieuses:

C’est une chose que j’ai remarqué très tôt, dans toutes les plateformes avec lesquelles j’ai collaboré: les contrats sont complets (voire trop complets!), et de ce fait on y retrouve à mon sens tout… et surtout n’importe quoi…!!

Un points précis m’a toujours interpellé dans de tels contrats. Il s’agit de l’interdiction d’utiliser les photos pour sa promotion personnelle !

Une aberration complète, ne serait-ce que légalement. A partir du moment ou vous prenez une photo, vous en devenez le “père”comme le stipule le droit français en la matière:

“Les Droits Patrimoniaux sont inaliénables”.

Ce qui veut clairement dire que vous êtes et resterez le propriétaire et l’unique détenteur légal de vos photos, même si vous vendez ces photos dans le cadre d’une prestation, et même si on vous oblige à signer un contrat dans lequel une des clauses stipule que vous cédez de plein droit vos droits patrimoniaux (clause qui n’a aucun sens, qui ne veut rien dire sauf à faire “peur” au professionnel!) .

Un tel contrat avec l’interdiction d’utiliser les photos à des fins promotionnelles n’a donc aucun sens, et s’il y a bien une des deux parties qui pourrait interdire légalement l’utilisation des photos, c’est bien le photographe, et non le donneur d’ordre….. Sachons remettre les choses dans le bon ordre!!

Et en plus, afin de bien montrer la non validité de cette clause, étant donné que vous rendez le travail photographique non traité (ce sont les plateformes en interne qui appliquent leur post-production), rien ne vous empêche de créer votre workflow et de l’appliquer aux mêmes photos afin d’en faire votre promotion et pouvoir ainsi les utiliser sur votre site; sur vos réseaux etc…

Imaginez-vous travailler régulièrement pour des plateformes photographiques et ne JAMAIS pouvoir utiliser toutes ces photos…!!! Non sens et absurdité absolue: vous serez constamment vierge de photos, de matière à montrer; toujours en éternel recommencement…

  • Prix des missions tirés vers le bas:

Forcément, lorsqu’on voit les tarifs que le client peut trouver sur le site de la plateforme pour une prestation photographique, il ne faut pas s’étonner qu’il ne reste pas grand chose au photographe!

Par expérience, le prix moyen d’une mission d’une heure de présence avec 12 photos à la clé, frais de route compris se situe entre 30 et 50 euros TTC. Ajoutez à cela le trajet aller-retour qui, même si la mission n’est pas très loin, se situe tout de même à une vingtaine de minutes de votre domicile le plus souvent, ainsi que le temps passé derrière votre écran pour envoyer les photos (même si cela peut être rapide, il faut tout de même vider la carte SD, redimensionner la plupart du temps les photos avant de les envoyer à la plateforme), et votre temps de travail avoisinera allègrement les 2h30–3 heures d’intervention….

Je vous laisse faire le calcul rapidement: — au mieux 50 euros de rémunération/ 3 heures de votre temps/ Vos charges.

Ca se passe de commentaires……!

  • Travail accompli pas réellement représentatif de votre savoir-faire:

On part du principe que les plateformes sont là pour vous faciliter les choses, de la prospection de clientèle jusqu’au travail finalisé, en passant par le traitement photo ainsi que le cahier des charges de la prise de vue avec tous les paramètres indiqués et souhaités par la plateforme.

Bien sûr cela peut faire gagner du temps car vous devenez rapidement “opérationnel”, mais vous ne développer en aucun cas les automatismes du freelance avec un mindset de gagnant, qui a fait ses recherches pour acquérir sas compétences ainsi que le développement de sa propre technique de post-production; sa patte; sa touche personnelle.

Cela peut contribuer finalement a créer un sentiment assez fort de frustration, surtout si depuis le début votre souhait était de devenir indépendant, pleinement et totalement!

  • Vous devenez un photographe__dépendant !

Ainsi, tout naturellement et si vous continuez sur le long terme à travailler exclusivement avec une ou plusieurs plateformes, vous perdrez petit à petit mais sûrement votre statut si convoité de Travailleur IN-DEPENDANT, celui-là même qui vous fait vous lever tous les matins de si bonne heure pour abattre dans une journée, et la plupart du temps, deux fois plus de boulot qu’un salarié lambda, mais au final pour un sentiment de bien-être et de liberté sans commune mesure !

  • Totalement contre-productif pour votre business !

Ce dernier point peut être le complément et le prolongement de n’importe lequel des points précédents.

Et cela se comprend aisément !

Dans le cas ou vous travaillez avec plusieurs plateformes (au-delà de deux), et suivant la quantité de missions que vous avez décidé d’accepter, vous n’aurez absolument plus le temps de développer votre propre business correctement.

Entre la prospection, les rendez-vous, la gestion de vos réseaux sociaux, de vos publications, de vos formations régulières dans plusieurs domaines, de la maintenance de votre site et de votre SEO, et j’en passe, vous croyez réellement pouvoir le faire avec un shooting par jour pour le compte d’une plateforme?

CONCLUSION.

Après ce tour d’horizon des points positifs et négatifs (non exhaustifs) du travail en collaboration avec les plateformes photographiques par rapport à mon expérience de plusieurs mois (presque un an pour être exact), de façon très intensive et quasi exclusive, je vais tenter d’en tirer une conclusion honnête et réaliste, sans détours !

Soyons sincères, si ce genre de plateformes et services a pu voir le jour il y a quelques années, c’est clairement qu’il y avait un manque à combler et une forte demande de la part des entreprises. Un vide que la communauté de photographes n’a pas su contenter, soit par ignorance des faits, soit par désintérêt au fait de s’adapter à cette nouvelle demande qui souhaitait quelque chose de nouveau, tant en terme de prix que de service.

Aujourd’hui, que nous le voulions ou pas, les plateformes photographiques sont bel et bien implantées dans le tissu de la photo professionnelle.

Ironie du sort, elle sont à la fois les concurrentes directes et en même temps les alliées par temps de vache maigre des photographes indépendants.

Cependant, gardons bien à l’esprit qu’il s’agit d’une Ubérisation de la photographie professionnelle, ni plus, ni moins !

Alors, dans ce schéma complexe, comment manoeuvrer habillement pour sortir son épingle du jeu? Car d’un côté nous avons ces plateformes qui déshumanisent et automatisent la profession, et d’un autre côté on entends souvent qu’il ne faut pas hésiter à se spécialiser et à ne pas brader ses prix sous peine de vendre son âme au diable !

D’après moi, pour essayer d’y voir plus clair, il faut repartir des bases; du fondement même de votre choix de vie….. Pourquoi avez-vous souhaité être indépendant? Pourquoi avoir voulu quitter le salariat?

Deux questions simples qui nous amènent à la base de la base, à la racine de notre statut:

C’est quoi un INDEPENDANT?

Un travailleur Indépendant, c’est quelqu’un qui travaille à son compte, c’est-à-dire qui n’a pas de patron. En effet, juridiquement, c’est l’existence ou non d’un lien de subordination qui fonde la différence entre Indépendant et salarié. Comme l’explique le site Legalstart.fr:

Le travailleur indépendant n’est pas subordonné à un supérieur hiérarchique, c’est-à-dire qu’il n’exécute pas un travail sous l’autorité d’un employeur qui a le pouvoir de lui donner des ordres et des directives, d’en contrôler l’exécution et de sanctionner tout manquement constaté. A contrario, le salarié est subordonné à son employeur.

Ainsi donc, si l’on en croit cette définition de notre nouveau statut, il ne serait pas bon d’accepter de travailler pour ces plateformes au risque de voir notre précieux sésame (à savoir notre indépendance et notre liberté de choix) fondre comme peau de chagrin.

Néanmoins, comme tout n’est jamais blanc ou noir (car ce serait trop simple), je pense qu’il y a peut-être une troisième approche, moins définitive et qui pourrait servir les intérêts de nombreux indépendants. Celle-ci consisterait à utiliser les plateformes (au même titre que celles-ci utilisent la main d’oeuvre de photographes disponibles) comme tremplin ou du moins comme “béquille transitionnelle” en attendant un meilleur avenir pour un photographe s’installant dans le métier.

Une des facultés qui me semble essentielle en tant que Freelance est la faculté d’adaptation.

Sachons l’utiliser et la développer; sachons mettre à notre actif des réalités à priori contradictoires pour développer notre business dans de meilleures conditions.

Il serait bon d’apprendre à travailler pour une ou deux plateformes maximum, avec un nombre limitées de missions afin de nous dégager suffisamment de temps et d’énergie à la poursuite de notre but principal et à la croissance de notre activité de photographe Indépendant…

Stéphane Mommey Photographe

Articles techniques présentant les problèmes et solutions liés au métier de photographe. Expérience personnelle et constat.

Stéphane Mommey

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Stéphane Mommey Photographe

Articles techniques présentant les problèmes et solutions liés au métier de photographe. Expérience personnelle et constat.