Le gestionnaire de demain est-il un robot ?

Depuis quelques années déjà, les métiers traditionnels de la gestion de fortune se font peu à peu bousculer par la montée d’une nouvelle branche d’entreprises de Fintechs, les « Robo-advisors » ou robots conseillers. En quoi ce service robotisé consiste-t-il ?

Des machines conseillent un investisseur sur des questions de gestion de patrimoine, et assurent la gestion de portefeuilles en ligne avec une faible intervention humaine. Née aux Etats-Unis vers la fin des années 2000, cette technologie est aujourd’hui en forte expansion en Europe et en Chine. Cette activité commence progressivement à émerger en France, avec des start-ups comme Wesave ou Yomoni. Voici un exposé des principales caractéristiques, avantages et enjeux apportés par cette nouvelle branche robotisée de conseil.

Le concept

Ces automates proposent différents choix d’investissements aux particuliers, sur la base de l’étude de « big data » et de l’analyse du profil de l’internaute. Un algorithme détermine et propose par la suite des solutions d’investissement à l’utilisateur. Il est construit à partir de nombreuses techniques modernes académiques d’investissement et de gestion de portefeuille. Un grand nombre d’experts provenant des milieux de la finance, de l’économie et des mathématiques, ont activement participé à la construction de ces modèles. Les plus élaborés prennent en compte les différentes contraintes de risque et les objectifs de performance recherchés par l’utilisateur.

En principe, ces robots prodiguent avant tout des conseils d’investissements établis selon le profil de risque et de rendement choisi par le client. Ce dernier choisit parmi les différentes recommandations offertes par l’algorithme, le laissant ainsi libre de ses choix. On s’oriente donc plus vers un conseil purement mathématique et déshumanisé, plutôt que sur l’appréciation de paramètres plus personnels. Heureusement, il y en a pour tous les goûts, puisqu’on peut également trouver des plateformes dîtes « hybrides » qui proposent d’interagir avec des conseillers humains.

A ce jour, les algorithmes ne sont pas suffisamment développés pour permettre une gestion de biens immobiliers ou d’autres domaines spécifiques à la gestion de fortune privée.

Les avantages des « Robo advisors »

Les robots conseillers présentent deux avantages majeurs : une accessibilité augmentée ainsi qu’une transparence et une désintermédiation certaine dans la gestion.

Comparés aux gérants de fortunes traditionnels, qui facturent 1% à 3% de frais sur les montants sous gestion en échange de leurs conseils, les robots conseillers ne prennent quant à eux qu’entre 0.20% et 1% en moyenne… Par ailleurs, les montants sous gestion sont plus bas en comparaison aux grandes banques d’investissements, qui recherchent le rendement et donc des clients plus fortunés. Ainsi, même si vous possédez un patrimoine modeste, vous pouvez vous aussi bénéficier des services d’un conseiller en gestion de patrimoine. Principal bémol, vous risquez d’être déçu par le manque de conversation de ces derniers !

Les raisons de cette émergence

La réduction des coûts de gestion a permis d’atteindre de nouvelles clientèles, dont les générations X et Y. Ces dernières, habituées à Internet et ayant vécu des crises financières majeures, ont un besoin viscéral de transparence. La suppression d’un intervenant humain dans les processus de conseil et de gestion peut laisser plus de liberté de choix à l’investisseur en fondant la décision sur des aspects d’analyse uniquement quantitatifs. Néanmoins l’intervention d’un conseiller humain semble rester indispensable sur des questions plus techniques ou ambigües, faisant appel à une expérience préalable et à des critères purement situationnel. La hausse des régulations relatives aux banques a, par ailleurs, été l’élément déclencheur de l’expansion de ces machines. Même si la somme de leurs actifs sous gestion double tous les trimestres, la taille totale du marché reste relativement faible (20 Mds $) comparée aux actifs sous gestion traditionnelle (17 trillions $). Bien que ces plateformes accèdent à une véritable clientèle et permettent d’éduquer financièrement la population à moindre coût en leur proposant une solution didactique, ces dernières se doivent d’obtenir des montants sous gestion beaucoup plus élevés si elles veulent être profitables. L’enjeu majeur, pour se faire, sera de convaincre les X et Y d’investir chez elles. Ironiquement d’ailleurs, ce sont ces mêmes Millenials (génération Y) qui estiment le plus avoir besoin de contact humain lors d’une prise de décision de gestion de patrimoine, avec plus de 47% nécessitant des conseils d’un gérant de fortune traditionnel, contre 36% pour la génération X et 46% pour les Baby Boomers (étude Saleforce). C’est principalement par manque d’expérience pour les Y, et pour l’aspect dématérialisé pour les X. Le besoin psychologique d’être rassuré par une interaction humaine spécialisée, est en effet une grande barrière au développement des Robo Advisor.[1] D’où l’importante nécessité de fidéliser ces jeunes générations pour assurer la création d’une clientèle durable.

Enjeux

Ne préférons nous pas tout simplement obtenir des conseils d’une figure plus familière même si cela reste une solution plus onéreuse ?

A ce jour, certains aspects cognitifs ne peuvent être reproduits par un robot, et restent des paramètres à prendre en compte dans l’estimation des fluctuations de marchés.

De plus, bien qu’étant une solution abordable, ces automates ont donc bel et bien des limites, en particulier concernant l’accompagnement de certaines clientèles spécifiques, comme les retraités. Les robots en question ont présentés des lacunes en analyse du marché global et ont été incapables de prendre en compte les besoins spécifiques de ce type de clients tel que l’horizon d’investissement ainsi que les aspects fiscaux. Ces robots ne seraient donc pas encore suffisamment adaptés pour prendre en compte des paramètres pertinents et non financiers.[2]

Il existe de réelles opportunités de développement des algorithmes sous-jacents, afin d’augmenter l’étendue de l’offre apportée aux investisseurs. Les fonds de Venture Capital capitalisent sur ces start-ups de la Fintech, avec plus de 300 Millions $ investis l’année passée. Ces dernières ont le mérite de dynamiser les innovations dans les secteurs du conseil financier et de la gestion du patrimoine. Une complémentarité humain-robot est à prévoir, et constituerait un réel progrès. Combiner l’expertise globale et la compréhension cognitive des spécialistes, à l’infaillibilité mathématique des robots conseillers, permettrait la construction de portefeuilles stratégiques offrant des rendements précis selon différents niveaux de risques.

[1] Forbes.com. (2016). Forbes Welcome. [online] Available at: http://www.forbes.com/sites/chancebarnett/2015/09/01/fintech-trends-wealth-management-and-the-rise-of-robo-advisors/4/#702d6dc11702

[2] Daily Fintech. (2016). The other unstoppable Robo-Advisor trend: from Fees to Trust. [online] Available at: http://dailyfintech.com/2016/02/15/the-other-unstoppable-robo-advisor-trend-from-fees-to-trust/

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